Vostok | Histoire

1. Les premiers projets

Depuis le début du vingtième siècle, et la publication des travaux de Konstantin TSIOLKOVSKI, les savants d'Union soviétique rêvent de pouvoir envoyer un Homme dans l'Espace. Au cours des années 1950, la cosmonautique fait d'énormes progrès, et les premiers projets sérieux de lanceurs capables d'atteindre l'orbite terrestre font leur apparition.

Sergueï KOROLIOV (OKB-1) travaille activement à la mise au point de la fusée R-7, et au printemps 1956, il déclare qu'elle sera à terme capable de placer un vaisseau habité en orbite terrestre. La version militaire de la R-7 est cependant jugée plus urgente, et l'idée d'envoyer un Homme dans l'Espace est laissée de côté. Qu'importe, les ingénieurs de l'OKB-1 commencent à étudier la faisabilité d'un vaisseau habité lancé par la R-7.

Le 30 septembre 1956, un plan concernant l'avenir de la Cosmonautique est rédigé. Il prévoit un vol habité d'une semaine pour l'année 1964. Au mois de novembre 1956, le Conseil des Concepteurs en Chef de l'OKB-1 constate que les travaux ont beaucoup avancé, et que ce qui n'était qu'une vague idée est bel et bien passé au stade de projet sérieux et réaliste.

Quelques mois plus tard, en mars 1957, KOROLIOV crée un nouveau département de son OKB : la « Section Projet n°9 ». Elle a pour tâche d'appliquer le plan de 1956, et donc - entre autres - d'envoyer un Homme en orbite. KOROLIOV place Mikhaïl TIKHONRAVOV à sa tête. En Union soviétique, il s'agit d'un des rares ingénieurs à pouvoir prétendre avoir de l'expérience en matière de vols spatiaux habités. Il avait en effet, au cours des années 1940, proposé un vaisseau habité suborbital et avait étudié la question du vol orbital en profondeur. C'est donc l'homme de la situation.

Ses travaux ayant été commencés avant l'heure, la Section Projet n°9 est en mesure de présenter les résultats de son étude préliminaire dès le mois d'avril 1957. Elle est arrivée à la conclusion que la mise en orbite d'un vaisseau habité entre tout à fait dans les possibilités de la R-7, à la condition qu'elle soit équipée d'un troisième étage lui permettant d'élever sa capacité de lancement en orbite basse à 5 t.

Les ingénieurs pensent aussi qu'il serait préférable de commencer le programme de vols habités par des missions suborbitales. Une fois la maîtrise de celles-ci acquise, on pourra alors envisager des vols orbitaux.

Le 4 octobre 1957, la R-7 place sur orbite le premier satellite artificiel de la Terre : Spoutnik. La faisabilité d'une mission habitée semble alors beaucoup plus grande. En décembre 1957, la Section Projet n°9 se sépare en deux groupes. Le premier s'occupera des sondes lunaires et planétaires (qui sont aussi inscrites au plan de 1956), et le second, dirigé par Konstantin FEOKTISTOV, aura pour tâche la réalisation d'un vaisseau spatial habitable.

Parmi les ingénieurs placés sous le commandement de FEOKTISTOV, on remarque AFANASSIEV, CHOUSTINE, LAVROV, LIOUBINSKI, MAKAROV, MAKSIMIENKO, MOLODTSOV, SOUPROUNE, SOURGOUTCHIEV, TERECHENKOVA ou YAZDOVSKI.

Dès le 1er janvier 1958, la construction du troisième étage qui permettra à la R-7 de placer 5 t en orbite basse (« Bloc E ») est décidée. Pour le vaisseau lui-même, en revanche, plusieurs concepts sont à l'étude : celui de l'avion spatial, celui de l'autogyre (freinage et atterrissage assurés par une hélice) et celui de la capsule.

Il apparaît rapidement que le premier n'est pas adapté : les alliages existants ne pourraient pas supporter l'échauffement de la rentrée. Pour le second, KOROLIOV demande les conseils du constructeur d'hélicoptères ERLIKH ; il apparaît alors que ce principe est inadapté.

Le principe de la capsule est alors retenu. Les calculs montrent que la forme la plus adaptée serait un cône au bout arrondi et à la base sphérique. Afin de réduire la masse de l'engin, il ne disposerait pas d'un système d'atterrissage en douceur, et le cosmonaute devra s'éjecter avant le contact avec le sol, tandis que la capsule se posera suspendue à un parachute.

Au décollage, le cosmonaute devra supporter une accélération pouvant aller jusqu'à 10G. C'est l'Unité de Recherches Médicales de l'Armée de l'Air qui montre en avril 1958, grâce à des tests en centrifugeuse, que les pilotes sont physiquement aptes à supporter de telles charges. Ces résultats permettent au projet de faire un grand pas en avant, car les ingénieurs ne sont maintenant plus obligés de chercher à adoucir les manœuvres de leur vaisseau, et celui-ci pourra rentrer dans l'atmosphère sur une trajectoire balistique.

Konstantin BOUCHOUÏEV avance alors l'idée d'une capsule sphérique. Cette forme est en effet la plus simple des points de vue mécanique et thermochimique. Si elle n'a pas été retenue dès le départ, c'est parce qu'elle soumet son occupant à de rudes accélérations. Mais maintenant qu'on sait que les pilotes peuvent les endurer, le problème ne se pose plus.

2. Montée en puissance

Le 1er avril 1958, les caractéristiques du futur vaisseau sont avancées. Baptisé OD-2, il aura une masse comprise entre 5,0 et 5,5t, évoluera sur orbite à une altitude de 250km environ et atterrira avec une précision de 100 à 170km. Le cosmonaute devra s'éjecter à 8 ou 10km d'altitude.

Un lourd problème qui se pose aux ingénieurs est celui de la rentrée atmosphérique. Les calculs que sa résolution demande sont extrêmement complexes, et ils demandent l'aide des mathématiciens de l'Académie des Sciences, qui mettent à leur disposition l'ordinateur BESM-1. Utilisé avec les méthodes de calcul mises au point en 1953 par KELDYCH, PETROV et AVDOUÏEVSKI, il permet de déterminer que le vaisseau devra supporter des accélérations de 8 à 9G et des températures comprises entre 2500 et 3500°C. Pour ce faire, il sera équipé d'un bouclier thermique dont la masse sera comprise entre 1300 et 1500kg.

Le 1er mai 1958, KOROLIOV décide de ne pas effectuer de vol suborbital, qu'il juge accessoire, et de passer directement aux vols orbitaux. Plus tard dans le mois de mai, TIKHONRAVOV propose de commencer le développement du vaisseau. Au mois de juin, FEOKTISTOV présente son projet OD-2 à KOROLIOV. Le diamètre de la capsule a entre-temps été fixé à environ 2,30m. FEOKTISTOV a aussi esquissé les plans d'une version inhabitée de l'OD-2 qui, équipée d'appareils photographiques, pourra servir à la reconnaissance spatiale. KOROLIOV est séduit par le projet et il l'entérine.

Au cours du mois de juin, il le présente au Comité des Sciences et des Technologies. Le 1er juillet, il écrit au Politburo pour expliquer l'importance du projet, tant sur les plans scientifique que politique. En août, deux concepts émergent. Ils sont présentés par la figure 1. Les ingénieurs hésitent encore entre les deux.

Le 1er novembre 1958, le conseil des constructeurs généraux signe le décret autorisant le démarrage de la construction de l'OD-2 dans ses versions habitée et de reconnaissance. Le document permet aussi à l'OKB-1 de procéder à un vol habité dès qu'il en sera capable. Cependant, le gouvernement soviétique n'a toujours pas donné son accord. Le programme démarre tout de même, et quatre versions de l'OD-2 sont prévues :

- 1K (11F61) sera un prototype devant tester les systèmes,
- 2K sera la version militaire inhabitée,
- 3K (11F63) sera la version habitée,
- 4K sera une future version militaire inhabitée pour la très haute résolution.

La construction du premier OD-2 démarre en décembre 1958. Pendant que les ingénieurs s'y affairent, KOROLIOV est en conflit avec les militaires à propos de la version de reconnaissance. Il pense en effet qu'il n'est pas pertinent de développer une deuxième version alors que la version habitée pourrait très bien être adaptée pour ce rôle. En fait, KOROLIOV prévoyait même de construire dès le départ la version habitée de manière à ce qu'elle puisse devenir une capsule de reconnaissance.

Parallèlement, au mois de janvier 1959, l'OKB-1 commence les travaux sur le Bloc E, le troisième étage dont sera équipée la R-7 pour pouvoir lancer l'OD-2. L'OKB-154, lui, commence à concevoir le moteur RO-7 qui équipera le Bloc E. La R-7 équipée de cet étage sera appelée 8K72.

Un autre problème qui se présente aux ingénieurs est celui du scaphandre. Le 17 avril 1959, l'OKB-1 signe le cahier des charges que devra respecter la combinaison.

Le 22 mai 1959, le Comité central du Parti communiste et le Conseil des Ministres signent un décret (n°569-264) qui autorise le développement d'un vaisseau habité. Le décret désigne les contractants et les sous-traitants. Il donne aussi raison à KOROLIOV concernant la version militaire : elle ne sera pas construite spécifiquement mais sera adaptée de la version habitée.

De plus, le programme est rebaptisé Vostok (« Est »), sur proposition des ingénieurs. La version de reconnaissance militaire prend le nom de Zenit. Le 2K devient ainsi le Zenit-2, et le 4K le Zenit-4.

Le programme ayant été entériné, les Forces aériennes commencent à chercher les candidats pour voler sur le Vostok.

Pour ce qui est du scaphandre, c'est l'usine 918 qui emporte le contrat de fabrication. Elle a déjà un tel projet dans ses cartons : le S-10. Deux exemplaires sont construits pour être testés en laboratoire. La combinaison doit être capable d'assurer la survie du cosmonaute, même s'il est inconscient, en cas de dépressurisation du vaisseau, de contamination de son atmosphère, ou encore en cas d'amerrissage. Le S-10 réussit très bien tous les tests.

3. Premiers essais

Pendant ce temps, les travaux sur le Vostok ont considérablement avancé. L'une des phases les plus complexes d'un vol orbital, à savoir la rentrée dans l'atmosphère, a été élucidée. Vostok sera en effet équipé d'un moteur de freinage, qui sera allumé dans le sens opposé au déplacement du vaisseau, avec une poussée bien précise de façon à entamer la descente.

Il apparaît rapidement que les contraintes de masse seront très difficiles à respecter, d'autant plus que les performances du Bloc E ne sont pas aussi bonnes que prévu : il ne permettra de placer que 4,5 t en orbite basse. La taille du vaisseau ne cesse pourtant d'augmenter. Or, plus le vaisseau est gros, plus le système de récupération (parachutes) doit l'être aussi.

La réponse à cette question est apportée : le vaisseau sera construit sur un principe de modularité. Il sera ainsi composé d'un Compartiment de Descente (SA), qui abritera le cosmonaute et le ramènera sur Terre, et d'un compartiment des instruments (PO). Le moteur de freinage (TDU) sera placé à la base du PO. De cette manière, la masse à supporter pour le parachute est grandement réduite.

Il est aussi décidé que le cosmonaute sera installé sur un siège éjectable, dérivé de ceux utilisés dans l'aviation. De cette façon, il aurait un moyen de se sortir sain et sauf d'un accident au décollage. Mais surtout, il pourra s'éjecter du Vostok avant que celui-ci ne touche le sol. Le vaisseau ne nécessitera donc pas de système d'atterrissage en douceur, qui aurait pesé très lourd.

A la fin de l'année 1959, deux maquettes du Vostok sont construites. Elles comprennent tous les systèmes électriques qui seront présents sur le vaisseau réel, à l'exception du bouclier thermique et du système de support-vie. Elles sont dénommées « 1KP ». Elles sont utilisées pour de très nombreux tests. D'autres maquettes sont utilisées pour tester l'aérodynamique. Certaines sont larguées d'avions An-12 volant à une dizaine de kilomètres d'altitude.

Le ballon stratosphérique Volga est aussi utilisé par les Soviétiques pour tester le siège éjectable. On notera que le futur cosmonaute Vassili LAZAREV fait partie d'un équipage de réserve de ces essais. Le 1er novembre 1962, le colonel Piotr DOLGOV trouve la mort alors qu'il teste le SK-1 sur le Volga.

En février 1960, l'OKB-1 a modifié son cahier des charges concernant le scaphandre qui équipera le cosmonaute. Il ne devra plus permettre la respiration en cas de dépressurisation, mais simplement assurer la survie du cosmonaute après l'atterrissage, quelles que soient les conditions rencontrées.

A l'origine de ce revirement se trouvent les fortes contraintes de masse, ainsi que le scepticisme des ingénieurs de FEOKTISTOV quant à la probabilité d'une dépressurisation. Cet avis n'est cependant pas partagé par tous. Le développement du S-10, bien qu'il ne soit pas arrêté, n'est plus prioritaire. C'est le scaphandre V-3, beaucoup plus léger, qui prend le relais. Il utilise un certain nombre d'éléments issus des combinaisons des aviateurs.

Le 1er mars 1960, le groupe de cosmonautes devant voler sur le Vostok est présenté. Il comprend vingt candidats qui commencent l'entraînement le 14 mars 1960. Le 15 mai 1960, un vaisseau 1KP, baptisé Korabl-Spoutnik, est lancé de Baïkonour. C'est la première fois au monde qu'un engin habitable est envoyé dans l'Espace. Malheureusement, un problème technique ne permet pas la rentrée atmosphérique et il reste coincé sur orbite.

Fig. 3.1 : Le vaisseau 1K à Baïkonour.
Crédit : TASS.

Le 30 mai 1960, six cosmonautes sont désignés pour subir un entraînement accéléré en vue des premiers vols. Il s'agit de GAGARINE, KARTACHOV, NIKOLAÏEV, POPOVITCH, TITOV et VARLAMOV.

Le 4 juin 1960, un décret donne les étapes que le programme de vol habité devra suivre:

- août 1960 : fin de la construction de trois 1K pour tester le matériel destiné à la version militaire,
- de septembre à décembre 1960 : fin de la construction de trois 3K pour des vols habités,
- du 11 octobre à décembre 1960 : premières tentatives de vols habités orbitaux.

Le 18 juin, les six cosmonautes du groupe d'entraînement accéléré sont conviés à l'OKB-1 afin d'y rencontrer KOROLIOV et de se familiariser avec le matériel. L'un des cosmonautes, GAGARINE, fait très bonne impression auprès de KOROLIOV. Le 24 juillet 1960, VARLAMOV se blesse lors d'un entraînement et il est retiré du groupe d'entraînement accéléré.

Le 28 juillet 1960, un vaisseau 1K est lancé avec deux chiennes à bord, mais une défaillance du lanceur provoque l'échec de la mission.

Fig. 3.2 : Échec du lancement du 28 juillet 1960.
Crédit : TASS.

Un autre 1K, baptisé Korabl-Spoutnik 2, est lancé le 19 août 1960. Le vol se déroule correctement et les deux chiennes qu'il transporte sont récupérées après avoir passé un peu plus de vingt-quatre heures sur orbite. En revanche, l'une des deux chiennes a ressenti des troubles physiologiques. La durée du premier vol habité, qui devait initialement être de vingt-quatre heures, est en conséquence réduite. Le premier cosmonaute se contentera d'une seule orbite, soit un peu moins de deux heures de vol.

Au cours du mois d'août, KARTACHOV réagit mal à un entraînement en centrifugeuse et est contraint de quitter le groupe d'entraînement accéléré. Ce groupe ne compte plus que quatre cosmonautes. Le 11 octobre 1960, BYKOVSKI et NELIOUBOV sont désignés en remplacement (décret n°00176).

4. Vers le premier vol

Le 19 septembre 1960, un courrier est envoyé au Comité central du Parti Communiste. Il est signé par BARMINE, BOUTOMA, DEMENTIEV, GLOUCHKO, KALMIKOV, KELDYCH, KOROLIOV, KOUZNIETSOV, MALINOVSKI, NEDELINE, OUSTINOV, PILIOUGUINE, RIABIKOV, RIAZANSKI, ROUDNEV et ROUDENKO, et stipule qu'étant donné le succès rencontré par Korabl-Spoutnik 2, il est raisonnable d'envisager un vol habité pour le mois de décembre. Le 11 octobre 1960, le Comité central répond positivement à cette proposition.

Le programme reprend le 1er décembre 1960, lorsqu'un nouveau vaisseau 1K, appelé Korabl-Spoutnik 3, est lancé. Malheureusement, lors de la rentrée, un problème technique place l'engin sur une mauvaise trajectoire et il est détruit pour éviter qu'il ne tombe entre de mauvaises mains.

Le 22 décembre 1960, un quatrième 1K est lancé de Baïkonour, mais un problème sur le nouveau moteur RD-0109 du troisième étage compromet la mission. En revanche, le système de sauvetage fonctionne correctement et les deux chiennes embarquées sont récupérées.

Au tout début de l'année 1961, KOROLIOV décide d'accélérer les préparatifs en vue d'un vol habité, et ce malgré les revers qu'a connus le programme. Il envisage d'effectuer trois vols inhabités du 3KA. De plus, si les deux premiers sont des succès, le troisième pourra emmener un cosmonaute.

Le 25 janvier 1961, les six cosmonautes du groupe d'entraînement accéléré sont déclarés aptes à voler à bord d'un Vostok. Le 18 janvier, ils avaient subi un certain nombre de tests, et voici le classement qui en ressort :

1. GAGARINE
2. TITOV
3. NELIOUBOV
4. NIKOLAÏEV
5. BYKOVSKI
6. POPOVITCH

A partir de là, GAGARINE, NELIOUBOV et TITOV deviennent les trois postulants pour le premier vol. Au cours du mois de février, KAMANINE échange les places de TITOV et de NELIOUBOV dans ce classement (le dernier s'est fait beaucoup d'ennemis au sein de sa hiérarchie). A la fin du même mois, les six hommes sont conviés à l'OKB-1, de façon à ce qu'ils puissent se familiariser avec le Vostok.

Le 9 mars 1961, le premier vaisseau Vostok réel est lancé de Baïkonour sous l'appellation Korabl-Spoutnik 4. Il est occupé par un mannequin vêtu d'un scaphandre SK-1. Ce vol se déroule jusqu'à son terme sans incident.

Le 23 mars 1961, le cosmonaute Valentin BONDARENKO trouve la mort quand l'atmosphère d'oxygène pur de la chambre d'isolement dans laquelle il réalise un test s'embrase. Cet accident conduit les ingénieurs à modifier les plans du Vostok : l'atmosphère ne sera plus constitué d'oxygène pur. A la place il sera installé un système de régénération de l'oxygène respiré.

Le 25 mars 1961, un nouveau 3KA (Korabl-Spoutnik 5) décolle de Baïkonour. A nouveau, la mission est un succès total. Certains cosmonautes sont là pour assister à l'évènement. C'est la première fois qu'ils se rendent au cosmodrome, et GAGARINE, TITOV et NELIOUBOV en profitent pour s'entraîner à certaines procédures. Ils enfilent leurs scaphandres et sont emmenés en bus vers le pas de tir; là, ils simulent les préparatifs d'un tir réel.

Suite au succès de Korabl-Spoutnik 5, l'ordre est donné de préparer la troisième capsule 3KA pour un vol habité au mois d'avril.

5. Aboutissement

Le 30 mars, BOUTOMA, DEMENTIEV, IVACHOUTINE, KALMIKOV, KAMANINE, KELDYCH, KOROLIOV, MOSKALENKO, OUSTINOV, ROUDNEV et VERCHININE signent un mémo stipulant que tout est prêt pour procéder à la mission.

Le 3 avril, l'approbation finale est donnée : KAMANINE annonce que le gouvernement a décidé d'envoyer un Homme en orbite. Le 4 avril, KOROLIOV se rend à Baïkonour pour faire un rapport à une commission gouvernementale spécialement venue de Moscou. Il est accompagné par les six cosmonautes du groupe d'entraînement accéléré.

Le 5 avril 1961, KAMANINE écrit dans son journal qu'il est indécis quant au choix du cosmonaute assigné à la mission. GAGARINE et TITOV sont les deux favoris depuis un certain temps déjà, mais il est très difficile de trancher entre les deux. Le 6 avril, il réunit le Conseil des Concepteurs en Chef afin de mettre au point les derniers détails techniques.

Le 8 avril, une commission se réunit. Elle est notamment composée de  BARMINE, GLOUCHKO, KOROLIOV, KOUZNIETSOV, PILIOUGUINE et ROUDNEV. KAMANINE propose à la commission de nommer GAGARINE comme titulaire du commandement de la première mission, TITOV comme son suppléant et NELIOUBOV comme le suppléant de TITOV. La commission a approuvé ce choix à l'unanimité.

Le 12 avril 1961, à 06h07 GMT, le troisième vaisseau 3KA, baptisé « Vostok », décolle. Il emmène Youri GAGARINE dans l'Espace.

Le vol se déroule sans incident grave. La prochaine mission - Vostok-2 - est prévue pour durer vingt-quatre heures. Les questions d'ordre médical surgissent alors, car personne ne sait comment un organisme humain réagira à une si longue exposition à la microgravité. TITOV est désigné pour effectuer la mission, et NIKOLAÏEV sera son suppléant.

Le lancement a lieu le 6 août 1961. Lors du vol, TITOV se dira malade. Il expérimente en effet ce qui sera plus tard appelé le "mal de l'Espace". Rien de grave toutefois. Le retour se déroule sans encombre.

En septembre 1961, le groupe d'entraînement accéléré accueille VOLINOV et CHONINE (en remplacement de GAGARINE et TITOV). Ils seront peu de temps après rejoints par KOMAROV.

Après le vol Vostok-2, les responsables soviétiques commencent sérieusement à envisager l'envoi d'une femme à bord d'un prochain Vostok. Le 30 décembre 1961, le Comité central du Parti communiste donne son feu vert pour la sélection de cinq candidates-cosmonautes.

Le 20 février 1962, Les États-Unis réussissent à leur tour à envoyer un Homme, John GLENN, sur orbite à bord du vaisseau Mercury.

Le 3 avril 1962, le groupe de cosmonautes féminines est présenté. Il est composé de Tatiana KOUZNIETSOVA, Valentina PONOMARIOVA, Irina SOLOVIOVA, Valentina TERECHKOVA et Zhanna YORKINA.

Pendant ce temps, les Soviétiques réfléchissent à leur prochaine mission. KOROLIOV envisage au départ de faire voler trois vaisseaux Vostok simultanément, mais ce nombre est réduit à deux de manière à limiter la complexité du projet. Vostok-3 décolle le 11 août 1962, commandé par NIKOLAÏEV. Il est suivi par POPOVITCH dès le lendemain (Vostok-4). Les deux vaisseaux se rapprochent jusqu'à quelques kilomètres l'un de l'autre, et ils atterrissent sans encombre.

Après ces deux vols, il ne reste que deux vaisseaux 3KA. Au printemps 1963, le Comité central du Parti communiste autorise la construction de quatre engins supplémentaires. Le premier emmènera des animaux, et le deuxième sera commandé par un cosmonaute pour une mission de huit jours. Les deux derniers effectueront un vol simultané de dix jours. Ces vols ont été abandonnés.

Le 14 juin 1963, BYKOVSKI décolle à bord de Vostok-5. Il est suivi deux jours plus tard par Vostok-6, commandé par Valentina TERECHKOVA, la première femme envoyée dans l'Espace. Les deux vaisseaux volent ensemble et atterrissent sans problème.

Après Vostok 6, plusieurs vols sont prévus :

- Vostok-7 devra, en avril 1964, voler durant 10 jours au cœur des ceintures de radiations de Van Allen. Une autre idée pour cette mission est d'envoyer Boris EGOROV (un médecin) sur un vol de sept jours afin de mener des études biomédicales.

- Vostok-8, prévu pour le mois de juin 1964, devra mener la même mission que Vostok-7 (études des ceintures de Van Allen).

- Vostok-9, prévu pour le mois d'août 1964, devra voler en haute altitude durant 10 jours. L'objectif de la mission est d'étudier la couronne solaire, ainsi que de mener d'autres recherches géophysiques, astronomiques et biomédicales.

- Vostok-10 devra, en avril 1965, mener une mission similaire à celle de Vostok-9.

- L'équipage de Vostok-11 devra, en juin 1965, mener à bien une sortie dans l'Espace. Le vaisseau sera pour cela équipé d'un sas. Celui-ci nécessitera l'abandon du siège éjectable, et donc l'installation de rétrofusées pour atterrir en douceur.

- Vostok-12, prévu pour le mois d'août 1965, aura le même plan de vol que Vostok-11.

- Vostok-13 effectuera en avril 1966 la même mission que Vostok-9 et Vostok-10.

Ces sept missions n'ont jamais été menées à bien, et il est même vraisemblable qu'aucun équipage n'ait jamais été désigné à cette fin. Ceci est notamment dû aux militaires, qui jugeaient inutile de continuer à envoyer des Hommes dans l'Espace sur le Vostok.

Le programme Vostok est officiellement terminé le 4 février 1964.

6. Évolutions

A la fin des années 1950, alors que le vaisseau 3K n'a même pas encore volé, l'OKB-1 a déjà plusieurs projets pour sa succession.

- Le vaisseau 5K, pesant 5,6t, pourrait emmener un équipage de deux hommes vers la station spatiale militaire Sever,
- Les vaisseaux 5KA et 5KB seraient des modules d'habitation et de service (respectivement) pour cette station Sever,
- Le 6K serait une évolution des satellites militaires Zenit,
- Le 7K, aussi appelé Vostok-J, pèserait 5,8t et aurait un rôle analogue à celui du 5K,
- Le 8K serait encore une évolution des satellites Zenit,
- Enfin, le vaisseau 9K servirait de remorqueur pour des missions vers l'orbite géostationnaire ou vers la Lune. Plusieurs 9K pourraient ainsi constituer un train spatial capable de déplacer de grosses charges.

Il va sans dire qu'aucun de ces projets ne sera mené à bien. Après le vol de Valentina TERECHKOVA, Vostok laisse la place à Voskhod. Toutefois, certains des projets listés ci-dessus ne seront pas totalement vains et serviront de base à ce qui deviendra le vaisseau Soyouz.