Soyouz | 14 décembre 1966

Le lanceur Soyouz (11A511 n°У15000-01) devait être lancé du pas de tir n°6 (17P32-6) de la zone n°31 du cosmodrome de Baïkonour le 14 décembre 1966.

La charge utile était constituée du deuxième vaisseau spatial Soyouz (11F615 n°1), qui était en réalité le premier à avoir été construit.

Historique

A l'origine, le programme Soyouz devait débuter fin 1966 par une mission double. Le vaisseau 7K-OK n°2 devait partir en premier le 28 novembre, suivi dès le lendemain par le 7K-OK n°1 qui allait le rencontrer et effectuer un amarrage.

Mais dès son arrivée sur orbite, le premier vaisseau - baptisé Cosmos 133 - rencontre de graves avaries techniques, et il est finalement perdu lors de sa rentrée dans l'atmosphère. Le lancement du second vaisseau et bien évidemment annulé. Il avait déjà été mis sous coiffe et intégré au lanceur, mais il ne sera pas transféré sur le pas de tir n°6.

Suite à l'échec de Cosmos 133, une enquête est réalisée. Elle conclut que l'origine du problème ne vient pas de la conception même du vaisseau, mais d'un très mauvais contrôle qualité durant la phase de fabrication. Le 8 décembre 1966, la commission d'enquête recommande de lancer le second vaisseau pour une mission « en solitaire ». Il semble en effet inutile de chercher à tester une manœuvre complexe d'amarrage alors que le vaisseau lui-même est encore loin d'être qualifié.

Armen MNATSAKANYAN, le constructeur général en charge du système de rendez-vous Igla, insiste pour qu'une nouvelle tentative d'amarrage soit réalisée, mais l'OKB-1 - le bureau d'études responsable du programme Soyouz - refuse catégoriquement. C'est bien une mission en solitaire qui aura lieu, et elle sera lancée entre le 15 et le 18 décembre 1966.

A Baïkonour, le vaisseau est extrait de la coiffe du lanceur et certains de ses systèmes sont contrôlés, afin d'éviter que les problèmes de Cosmos 133 ne se répètent. Finalement, le lancement est fixé au 14 décembre, soit un jour plus tôt que prévu.

L'accident

Le matin du 14 décembre 1966, tout était prêt pour un lancement depuis le pas de tir de la zone 31 à 11h00 GMT. La commande d'allumage des moteurs est envoyée comme prévu, mais un problème survient sur l'un des accélérateurs latéraux.

L'une des quatre chambres de combustion du Bloc G ne fonctionne pas, car l'allumeur se s'est pas déclenché. En conséquence de quoi, toute la séquence est interrompue, et les moteurs s'arrêtent. Par sécurité, l'alimentation électrique du lanceur est complètement coupée, et de l'eau est déversée sur le pas de tir.

Le général Anatoli KIRILLOV, responsable des opérations, envoie une équipe de techniciens inspecter les moteurs. A approximativement 11h27 GMT, la tour de sauvetage (SAS) du vaisseau Soyouz est brusquement mise en service. Ses moteurs sont allumés, le vaisseau est extrait du lanceur, culmine à 700m d'altitude et atterrit à 500m du pas de tir sous son parachute.

KIRILLOV assiste de loin à cette scène, et il comprend très vite que l'allumage de la tour SAS présente un risque très élevé pour le lanceur lui-même, situé dessous, et dont les réservoirs sont toujours remplis d'ergols hautement explosifs. Il donne immédiatement l'ordre à son équipe d'évacuer le pas de tir et de se réfugier dans le bunker.

Et effectivement, quelques instants après l'allumage de la tour SAS, le peroxyde d'hydrogène du système d'orientation SIOS du vaisseau Soyouz s'enflamme. Très vite, c'est tout le lanceur qui prend feu, et qui finit par exploser.

Tout le personnel a alors évacué le pas de tir, à l'exception d'un officier, le major KOROSTILEV, qui s'est réfugié derrière un mur près du lanceur, mais qui meurt asphyxié par la fumée. D'autres personnes sont blessées, certaines gravement.

Environ vingt minutes après l'explosion, les membres de la Commission d'Etat se réunissent en urgence dans le MIK. KERIMOV, MICHINE et KIRILLOV manquent à l'appel, mais on apprendra plus tard qu'ils étaient en sécurité dans un bunker près du pas de tir.

Le lendemain de l'accident, deux soldats trouvent la mort en éteignant l'incendie. Ils ont enlevé prématurément leurs masques à gaz et ont été asphyxiés.

L'enquête

Une commission d'enquête rend ses conclusions dès le 16 décembre 1966. Suivant les sources, la cause du déclenchement de la tour SAS n'est pas claire.

Selon Boris TCHERTOK, les gyroscopes du système de contrôle ont continué à tourner pendant environ quarante minutes après l'annulation du lancement. Pendant ce laps de temps, la Terre a évidemment tourné sur elle-même de quelques dixièmes de degrés. Les gyroscopes ont détecté ce changement anormal d'orientation, ont déduit que le lanceur déviait de sa trajectoire, et ont donné l'ordre d'éjection du vaisseau.

Asif SIDDIQI donne une tout autre hypothèse. Selon lui, l'allumage des moteurs des deux premiers étages ont fait sensiblement basculer le lanceur. Quand la tour de service a été remise en place, elle l'a donc légèrement heurté, ce qui aurait été détecté par les gyroscopes, qui auraient alors envoyé l'ordre d'éjection.

Dans les deux cas, il est clair que le système SAS est en faute. Il est par la suite modifié, pour pouvoir être inhibé manuellement.

De plus, l'origine du non allumage de l'une des chambres du Bloc G serait une vanne défaillante sur la ligne d'alimentation en oxygène liquide.

Bibliographie

KAMANINE, Nikolaï, Скрытый космос, vol. 3
SYROMIATNIKOVs, V., 100 Stories about Docking, vol. 1, p. 271
TCHERTOK, Boris, Ракеты и люди, vol. 3


Dernière mise à jour : 27 août 2011