TsPK | Histoire

1. La création du Centre d'Entraînement des Cosmonautes

Dès 1958, quelques mois seulement après la mise sur orbite du premier satellite artificiel de la Terre, l'Union soviétique lance ses premiers projets d'envoi d'Hommes dans l'Espace. Pour atteindre cet objectif, il va évidemment falloir sélectionner et entraîner les futurs cosmonautes.

Le 5 janvier 1959, le Comité central du Parti communiste d'Union soviétique et le Conseil des Ministres publient un décret (n°22-10) qui donne le feu vert pour des investigations médicales et biologiques sur les vols spatiaux. Le point n°2 de ce document demande l'étude d'un « système d'entraînement dans des conditions terrestres des membres d'équipage pour un vol spatial ».

La question de la responsabilité de l'entraînement des futurs cosmonautes se pose. En 1959, tout est encore à créer en termes d'organisation du secteur spatial. Au sein des Forces armées soviétiques, c'est l'Artillerie qui est responsable des lanceurs, et donc des questions liées à l'Espace. Cela change en décembre 1959, avec la création d'une nouvelle armes, les Forces de Missiles Stratégiques (RVSN), et de sa Direction Principale des Forces de Fusées, le GURVO.

Logiquement, on pourrait penser que c'est donc à ce GURVO qu'incombera la responsabilité d'entraîner les futurs cosmonautes. Toutefois, en mai 1959, une réunion dirigée par Mstislav KELDYCH conclue que le profil le plus adapté aux voyages dans l'Espace est celui des pilotes de chasse [1]. C'est donc naturellement aux Forces aériennes (VVS) qu'est confiée la responsabilité de leur recrutement et de leur entraînement.

Quelques mois plus tard, le 11 janvier 1960, l'Etat-major des Forces aériennes publie la Directive n°321141 qui ordonne la création d'une nouvelle entité, l'unité n°26266, qui aura la responsabilité de l'entraînement des cosmonautes, dont la sélection a d'ailleurs déjà commencé.

Le 24 février 1960, un décret du Chef d'Etat-major des VVS nomme le colonel Evgueni KARPOV à la tête de cette nouvelle unité, qu'on appelle maintenant le Centre d'Entraînement des Cosmonautes, ou TsPK (Центр Подготовки Космонавтов). Le Groupe des cosmonautes sera commandé par le major-général Nikolaï KAMANINE.

Fig. 1.2 : Quelques-uns des premiers cosmonautes
avec Evgueni KARPOV (à gauche de KOROLIOV), Sotchi, mai 1961.
Crédit : RGANTD.

Reste à trouver un site adéquat pour construire le nouveau centre. Les VVS établissent une liste de critère qu'il devra satisfaire [2]: il doit être relativement proche de Moscou, à proximité d'une base aérienne, et desservi par voie routière et par chemin de fer. Il doit cependant être suffisamment éloigné du public, et être agréable à vivre pour les cosmonautes et les instructeurs.

Le site retenu est dans le District de Chtchiolkovo, dans la Région de Moscou, à environ 40km au nord-est de la capitale. Il existe en effet là-bas un ancien terrain militaire, situé près de la base aérienne Tchkalovski.

Fig. 1.3 : L'entrée de la base Tchkalovski, sur la route qui mène au TsPK, avec un Su-7B.
Crédit : Nicolas PILLET.

Le chantier commence en 1960, et le bâtiment de l'Etat-major du TsPK est terminé en 1961. Le 17 janvier 1961, Nikolaï KAMANINE supervise le premier examen des cosmonautes, dans un simulateur du vaisseau Vostok au Centre d'Essais en Vol (LII) [3].

2. La montée en puissance

Le TsPK n'a pas encore la capacité d'entraîner lui-même les cosmonautes, et ses activités se résument principalement à l'entraînement sportif. La préparation technique des cosmonautes a lieu soit directement à l'OKB-1, constructeur du vaisseau Vostok, soit au LII, qui a développé le simulateur TDK-1.

Fig. 2.1 : GAGARINE, TERECHKOVA et NIKOLAÏEV devant l'Etat-major du TsPK, en 1963.
Crédit : RGANTD.

Toutefois, le 13 mars 1961, le Maréchal VERCHININE, Chef d'Etat-major des Forces aériennes, affecte un avion Tu-104 au TsPK pour effectuer des vols paraboliques afin de simuler l'apesanteur.

Le 12 avril 1961, Youri GAGARINE, l'un des cosmonautes issu de la première promotion, devient le premier Homme de l'Histoire à voyager dans l'Espace. Trois semaines plus tard, le 4 mai 1961, Rodion MALINOVSKI, le Ministre de la Défense d'Union soviétique, visite le TsPK et rencontre les cosmonautes.

Fig. 2.2 : GAGARINE et VERCHININE lors de la visite au TsPK de
Rodion MALINOVSKI, le Ministre de la Défense, le 4 mai 1961.
Crédit : RGANTD.

Le deuxième vol spatial a lieu le 6 août 1961, avec Hermann TITOV. Après cette mission, le LII construit un deuxième simulateur Vostok, appelé TDK-2, et le livre au TsPK.

3. Le bref commandement de Mikhaïl ODINTSOV

Le 24 novembre 1962, KAMANINE propose au major-général Mikhaïl ODINTSOV de remplacer le colonel KARPOV au poste de commandant du TsPK. KAMANINE connaît déjà ODINTSOV qui, en 1942, était lieutenant dans la division qu'il commandait [5]. ODINTSOV s'est particulièrement distingué pendant la Seconde Guerre Mondiale, et a été nommé deux fois Héros de l'Union soviétique. Il accepte le poste de commandant du TsPK sans hésitation, bien que son salaire passera de 330 à 280 roubles [4].

Dans les jours qui suivent, le 11 décembre 1962, une réunion des dirigeants du TsPK décide la création d'une nouvelle ville à côté du centre destinée à loger les cosmonautes, leurs familles, et le personnel. La construction de cette nouvelle ville, baptisée Cité des Etoiles, démarrera en 1963 [17].

ODINTSOV est officiellement nommé commandant du TsPK le 15 janvier 1963, sur décret du Comité Central du Parti communiste.

Fig. 3.1 : Le major-général Mikhaïl Petrovitch ODINTSOV.
Crédit : DR.

Le 19 février 1963, plus d'un mois après cette prise de fonction, ODINTSOV n'est toujours pas allé rencontrer les cosmonautes, et GAGARINE confie à KAMANINE qu'il se sent quelque peu offensé. Le nouveau commandant instaure également des règles plus strictes au TsPK, ce qui est assez mal perçu des cosmonautes [6].

Très rapidement, le général ODINTSOV gagne en impopularité auprès des cosmonautes, notamment en tentant d'imposer une discipline liée au « statut de cosmonaute ». Le 21 février 1963, GAGARINE et BELIAÏEV font une présentation devant des officiers de l'Académie Zhoukovski, qui se transforme en une critique virulente du nouveau commandement. Lors de son discours, ODINTSOV qualifie ces critiques d'inadmissibles, et un haut responsable des VVS, le général KLOKOV, annonce qu'il rendra compte des échanges à l'Etat-major et à la Direction politique [7].

En mai 1963, le général KAMANINE exprime clairement son opinion sur ODINTSOV dans son journal de bord :

Sa "position" sur un certain nombre de questions montre que ODINTSOV est un homme très borné, mais dans ce cas il semble tout simplement stupide. Aujourd'hui, pour la première fois, je doute sérieusement d'ODINTSOV. Il a déjà accumulé beaucoup de signes qui montrent que le choix du nouveau commandant ne s'est pas fait de la meilleure façon.

Colonel-Général Nikolaï KAMANINE
Скрытый космос: Книга 1, article du 22 mai 1963

Le 12 juin 1963, ODINTSOV rencontre le Maréchal Sergueï ROUDENKO, vice chef d'Etat-major des Forces aériennes, et lui exprime ses inquiétudes sur la gestion du TsPK. A l'issue de cette conversation, ROUDENKO dira à KAMANINE que ODINTSOV lui a fait très mauvaise impression, et qu'il doit être remplacé [8].

Suite à ces remontées négatives, l'Etat-major demande au général RITOV de se faire une opinion sur ODINTSOV. Au vu des erreurs de ce dernier, RITOV considère que ODINTSOV est incapable de conserver son poste, et qu'il doit être remplacé [9].

Le 11 juillet 1963, KAMANINE s'entretient avec ROUDENKO et KOROLIOV. Ce dernier reconnaît que nommer ODINTSOV à la tête du TsPK était une erreur, et qu'il faut le remplacer. La question est maintenant de savoir qui pourrait tenir ce rôle. L'ancien commandant, KARPOV, n'est que colonel, et l'Etat-major veut un général à la tête du TsPK. KOROLIOV déclare à ROUDENKO « donnez le grade de général à KARPOV, ou nommez quelqu'un d'intelligent » [10].

KAMANINE a une conversation franche avec ODINTSOV le 16 juillet 1963, et lui dit clairement qu'il ne peut pas commander le TsPK, et qu'il ne peut pas travailler avec lui [11]. Le même jour, le Conseil militaire des Forces aériennes décide que ODINTSOV ne convient pas au poste de commandant du TsPK, et qu'il doit être rapidement remplacé. Les cosmonautes, de leur côté, surnomment ODINTSOV « OGOURTSOV », un personnage burlesque du cinéma soviétique [12].

Il faut dire que ODINTSOV a fait très mauvaise impression en s'exprimant devant le Conseil militaire. Il leur a en effet expliqué que, par le passé, il avait déjà eu des désaccords avec ses subordonnés, mais qu'il avait toujours fini par avoir raison. Il a affirmé que sa mauvaise relation avec les cosmonautes était due au fait qu'il voulait renforcer leur discipline et leur cadence de travail, et que ceux-ci « refusaient de travailler » et « mangeaient comme des chameaux ». Au TsPK. Le Conseil militaire décide de relever immédiatement ODINTSOV de ses fonctions [12].

Le 27 juillet 1963, le Conseil militaire propose le major-général Nikolaï KOUZNIETSOV pour remplacer ODINTSOV [13]. KAMANINE évoque également la possibilité de nommer GAGARINE lui-même, mais le Comité Central pense qu'il n'est pas encore assez mûr pour un tel poste. Une autre option consisterait à nommer KAMANINE comme commandant du TsPK, et KOUZNIETSOV serait son adjoint. Mais cette option ne plaît pas à l'intéressé [14].

4. Les années KOUZNIETSOV

Mais ODINTSOV n'est pas encore parti, car le Ministre de la Défense, Rodion MALINOVSKI, décide de ne pas valider la décision du Conseil militaire [15]. Finalement, cette décision sera appliquée et, le 16 novembre 1963, le général KOUZNIETSOV devient officiellement le nouveau commandant du TsPK.

Fig. 4.1 : Le major-général Nikolaï Fiodorovitch KOUZNIETSOV.
Crédit : DR.

La période de dix mois du commandement de ODINTSOV ne laisse pas de bons souvenirs. Quand il décèdera, le 12 décembre 2011, le TsPK ne publiera même pas un communiqué de presse.

Le jour de son arrivée au TsPK, KOUZNIETSOV est briefé par KAMANINE sur la complexité de son nouveau poste. KAMANINE lui explique qu'il est important de ne pas se mettre les premiers cosmonautes, comme GAGARINE ou TITOV, à dos, car ceux-ci bénéficient d'une très grande autorité morale sur le personnel du centre [16].

Fig. 4.2 : Le général KOUZNIETSOV, en 1965.
Crédit : RGANTD.

La construction d'un nouveau bâtiment, appelé Bâtiment D, destiné spécifiquement à accueillir les simulateurs commence en 1964. Deux nouveaux simulateurs, les TDK-3KV et TDK-3KD seront ensuite livrés par le LII au TsPK afin d'assurer la préparation des cosmonautes des vols Voskhod, qui doivent commencer cette année.

En mars 1965, l'Union soviétique se dote d'un nouveau Ministère du Génie Généraliste (MOM), chargé de superviser l'ensemble des activités spatiales du pays. L'un de ses projets est de créer un centre d'entraînement des cosmonautes civil, indépendant du TsPK, qui est donc rebaptisé « 1er Centre d'Entraînement des Cosmonautes » le 7 octobre 1965. Le projet du MOM ne verra jamais le jour, et le 1er TsPK restera le seul [18].

A cette époque, une très vive concurrence règne entre les différentes organisations du secteur spatial soviétique. En 1966, le bureau d'études TsKBEM (anciennement OKB-1) et l'Académie des Sciences créent leurs propres détachements de cosmonautes, qui participeront aux prochaines missions spatiales avec leurs homologues des Forces aériennes. Ces nouveaux cosmonautes civils doivent passer la même visite médicale que les pilotes de chasse, et seront entraînés au TsPK par les VVS.

Mais le TsKBEM exerce des pressions pour entraîner lui-même ses cosmonautes. Le 2 septembre 1966, le général KAMANINE note le paragraphe suivant dans son journal de bord :

Il y a longtemps que j'ai demandé à KOROLIOV et à KELDYCH de nous transférer leurs cosmonautes, pour que nous ayons suffisamment de temps pour les entraîner. Mais au lieu de nous transférer leurs candidats, MICHINE et KELDYCH  achèvent la construction de leur propre TsPK (...).

Colonel-Général Nikolaï KAMANINE
Скрытый космос: Книга 2, article du 2 septembre 1966.

Finalement, en décembre 1966, un accord entre le TsKBEM et les VVS clarifie la situation : le TsPK sera le seul lieu d'entraînement pour tous les cosmonautes soviétiques, quelque soit leur organisme d'origine.

Hier, MICHINE et TSIBINE ont signé un accord sur la composition et l'entraînements des équipages pour les vaisseaux Soyouz et L-1. Ce document devrait permettre de ne plus attiser les passions pour la sélection des candidats des futurs vols, et d'améliorer les relations entre le [TsKBEM] et les VVS.

On peut supposer que les VVS ont repoussé les attaques du MOM, du Ministère de la Santé et de l'Académie des Sciences qui visaient à construire un nouveau centre d'entraînement des cosmonautes civil.

Colonel-Général Nikolaï KAMANINE
Скрытый космос: Книга 2, article du 9 décembre 1966.

Le 23 mars 1967, un régiment aérien est créé sur la base voisine de Tchkalovski spécialement pour l'entraînement des cosmonautes. Il disposera notamment de l'avion parabolique Tu-104A.

5. La mort de GAGARINE et la réforme du TsPK

Le 27 mars 1968, Youri GAGARINE trouve la mort dans un accident d'avion, alors qu'il s'entraîne en binôme avec le colonel Vladimir SERIOGUINE.

Quatre jours plus tard, le 1er avril 1968, la décision est prise de rebaptiser le TsPK « 1er Centre d'Entraînement des Cosmonautes Youri Gagarine ». Cette décision est effective le 30 avril 1968 suite à un décret du Comité Central et du Conseil des Ministres.

Fig. 5.1 : Inauguration d'une statue de GAGARINE à l'entrée de la Cité des Etoiles, en 1971.
Crédit : RGANTD.

Fin 1968, les Forces aériennes prévoient d'étendre le champ des responsabilités du TsPK. Il ne sera plus en charge uniquement de l'entraînement des cosmonautes, mais sera un véritable institut de recherche sur les vols spatiaux habités.

Cette réforme est effective avec un décret (n°932-331) du Comité central et du Conseil des Ministres publié le 28 novembre 1968. Le TsPK obtient alors le statut de Centre de Recherche et d'Essais (NII) de première catégorie [19], et devient le NII TsPK.

Ce changement de statut s'accompagne d'une nouvelle organisation. Le TsPK sera maintenant constitué de trois Directions (управление), qui couvriront l'ensemble des activités du centre de manière cohérente [20]:

1ère Direction Entraînement des cosmonautes
2ème Direction Simulateurs
3ème Direction Direction médicale

La nouvelle organisation est effective le 1er avril 1969, et le cosmonaute Pavel BELIAÏEV est placé à la tête de la 1ère Direction. Cette dernière est divisée en sept Départements (отдел), les quatre premiers correspondant chacun à l'un des grands programmes en cours en Union soviétique :

1er Département Vaisseaux orbitaux (Soyouz et DOS)
2ème Département Vaisseaux militaires (7K-VI et Almaz)
3ème Département Vaisseaux lunaires (L-1 et L-3)
4ème Département Navette Spirale

6. Les cosmonautes dirigés par l'un des leurs

Le général KOUZNIETSOV est à la tête du TsPK depuis maintenant cinq ans, et la question de son éventuelle succession se pose. L'un des cosmonautes soviétiques, Gueorgui BEREGOVOÏ, a un profil différent de ses camarades. C'est en effet le seul qui, au moment de son recrutement, avait déjà une solide expérience militaire (il était déjà Héros de l'Union soviétique après s'être distingué lors de la Deuxième Guerre Mondiale), et n'était pas un jeune pilote fraîchement diplômé. Il vient de réaliser, en octobre 1968, son premier vol spatial à bord du vaisseau Soyouz-3.

KAMANINE veut depuis longtemps mettre un cosmonaute à la tête du TsPK. A l'origine, il pensait à GAGARINE mais, après sa mort, aucun autre ne semblait lui convenir. Il a pensé à TITOV, NIKOLAÏEV, BELIAÏEV ou LEONOV, mais aucun ne lui semblait prêt [21].

Fig. 6.1 : Le général KOUZNIETSOV fait visiter le TsPK à des officiers, en 1971.
Crédit : RGANTD.

Le seul cosmonaute qui, pour KAMANINE, pourrait prendre le poste est BEREGOVOÏ. Mais il n'a pour l'instant aucune expérience de commandement à un haut niveau, et KAMANINE lui confie donc la direction du programme Soyouz au TsPK [21].

D'autre part, KAMANINE fait remonter à l'Etat-major des VVS que le général KOUZNIETSOV n'est pas le commandant idéal pour le TsPK. Selon lui, il fait beaucoup d'erreurs professionnelles, et il utilise des ressources publiques pour son bien-être personnel. Mais, le 16 décembre 1968, le haut commandement décide de le laisser à son poste pour l'instant [22].

Mais le 10 mars 1969, VERCHININE est remplacé à la tête des VVS par le Maréchal Pavel KOUTAKHOV, nettement moins favorable au programme spatial [23]. Le 20 mars 1969, le Conseil militaire des VVS décide de remplacer KOUZNIETSOV par BEREGOVOÏ [24], mais quelques jours plus tard, KOUTAKHOV refuse de signer l'ordre de remplacement de KOUZNIETSOV, qui conserve donc son poste [25]. Le 9 avril 1969, toutefois, KOUTAKHOV nomme BEREGOVOÏ premier adjoint de KOUZNIETSOV [26].

Le 5 juillet 1969, moins de trois semaines avant que les Américains réussissent à marcher sur la Lune, l'astronaute Franck BORMAN, qui a volé en orbite lunaire quelques mois plus tôt à bord du vaisseau Apollo VIII, est invité à visiter le TsPK. C'est la première fois qu'un cosmonaute étranger est admis dans ce centre ultra-secret.

Fig. 6.2 : Franck BORMAN au TsPK, le 5 juillet 1969.
Crédit : RGANTD.

Fin août 1969, le général KOUZNIETSOV est hospitalisé, et BEREGOVOÏ assure le commandement par intérim. KAMANINE n'est pas satisfait de BEREGOVOÏ dans son rôle d'adjoint. Il écrit dans son journal que, depuis quatre mois qu'il occupe ce poste, il a tout juste travaillé une dizaine de jours [27].

Il pense toutefois que BEREGOVOÏ a le potentiel pour faire un bon commandant du TsPK, et qu'il sera prêt d'ici un à deux ans [28]. Le 10 janvier 1970, le cosmonaute Pavel BELIAÏEV, qui était vu comme un potentiel futur commandant, décède des suites d'une longue maladie. Il est remplacé à la tête de la 1ère Direction par Alekseï LEONOV.

Fig. 6.3 : Les obsèques de Pavel BELIAÏEV, en janvier 1970.
Le Maréchal KOUTAKHOV, à droite, porte le cercueil.
Crédit : RGANTD.

En 1969, un nouveau bâtiment, appelé Bâtiment n°3, est construit afin d'héberger le service médical du TsPK. Une centrifuge de sept mètres de rayon (TsF-7) sera installée dans ce bâtiment en 1973 [2].

Entre temps, le 26 juin 1972, BEREGOVOÏ est nommé commandant du TsPK et remplace KOUZNIETSOV.

7. L'ère des stations orbitales

En ce début d'années 1970, l'Union soviétique se lance dans l'exploitation de stations orbitales civiles (DOS) et militaires (Almaz), qui sont indifféremment appelées Saliout. De nombreux cosmonautes vont devoir se succéder à leurs bords lors de multiples vols du vaisseau Soyouz.

Cette nouvelle ère du programme spatial implique d'augmenter les capacité de formation du TsPK. La construction du « Bâtiment n°1 », destiné spécialement à accueillir les simulateurs des vaisseaux Soyouz et des stations Saliout, commence en 1971 [2].

En 1972, pour faire face à la montée en puissance du TsPK, un nouveau bâtiment administratif est construit. Appelé « Bâtiment n°2 », il accueillera l'état-major des deux premières Directions du TsPK.

Fig. 7.1 : Début de la construction du Bâtiment n°2, en 1972.
Crédit : TsPK.

Fig. 7.2 : L'entrée du Bâtiment n°2, en 2011.
Crédit : Nicolas PILLET.

C'est également en 1972 que l'Union soviétique s'engage dans un programme de coopération sans précédent avec les Etats-Unis, visant à faire s'amarrer en orbite un vaisseau Apollo avec un vaisseau Soyouz.

Dans le cadre de ce projet, une délégation américaine vient visiter le TsPK en 1973. Le Bâtiment n°1 est fini juste à temps pour pouvoir être montré aux journalistes occidentaux [2].

Fig. 7.3 : L'entrée du Bâtiment n°1, en 2009.
Crédit : Nicolas PILLET.

Fig. 7.4 : Les simulateurs Saliout et Soyouz dans le Bâtiment n°1, en 1976.
Crédit : RGANTD.

En 1977 commence l'exploitation de la station de deuxième génération Saliout-6, qui permet à ses occupants de réaliser des sorties dans l'Espace. La construction d'une piscine d'entraînement est prévue mais, en attendant qu'elle soit terminée, les cosmonautes se prépareront dans la piscine sportive du Centre.

La piscine dédiée spécifiquement à l'entraînement, appelée Hydrolaboratoire, est construite dans un bâtiment construit spécialement pour elle. Elle entre officiellement en service le 18 février 1980. Quelques mois plus tard, en décembre 1980, le TsPK réceptionne une nouvelle centrifuge suédoise, plus performante que la précédente. Appelée TsF-18, elle est installée dans une nouvelle aile du bâtiment n°3, appelée Bâtiment n°3A [2].

Fig. 7.5 : Les bâtiments de la piscine (à gauche) et de la centrifugeuse (à droite).
Crédit : Nicolas PILLET.

Le Centre d'Entraînement acquiert également un planétarium afin d'exercer les cosmonautes à la navigation stellaire. Il est installé en 1981 dans une nouvelle aile du Bâtiment n°2 [2].

Fig. 7.6 : Le planétarium, dans le Bâtiment n°2.
Crédit : Nicolas PILLET.

En 1986, la station orbitale de nouvelle génération Mir est mise sur orbite, et son exploitation commence aussi tôt. Les simulateurs du module de Base, ainsi que des modules Kvant, Kvant-2 et Kristall sont installés dans le Bâtiment n°1.

8. Bourane arrive au TsPK

Le 3 janvier 1987, le cosmonaute Vladimir CHATALOV succède à BEREGOVOÏ à la tête du TsPK.

Dans les années 1980, en parallèle de l'exploitation des stations orbitales, l'Union soviétique réalise le programme de navette spatiale Bourane. Un gigantesque bâtiment, appelé KTOK, est construit afin d'abriter les différents simulateurs. La construction s'achève en 1988, l'année même où Bourane réalise son premier (et dernier) vol spatial [2].

Fig. 8.1 : L'imposant KTOK, construit pour Bourane.
Crédit : Nicolas PILLET.

La construction d'un second bâtiment dédié à Bourane avait commencé, mais n'a jamais été terminée suite à l'abandon du programme.

Fig. 8.2 : Le chantier inachevé du second bâtiment Bourane, en 2009.
Crédit : Nicolas PILLET.

Le KTOK a ensuite servi à héberger les deux derniers modules de Mir, Spektr et Priroda, qui ne tenaient pas dans le Bâtiment n°1. De nos jours, il abrite les modules du Segment russe de la Station Spatiale Internationale (MKS).

9. La réorganisation de 1995

Le 12 septembre 1991, CHATALOV passe le commandement du TsPK à Piotr KLIMOUK, un autre cosmonaute, vétéran de trois missions spatiales. Quelques semaines plus tard, l'Union soviétique est dissoute et laisse la place à la Fédération de Russie.

Le 15 mai 1995, un décret (n°478) du Gouvernement russe, signé par Viktor TCHERNOMYRDINE, réforme le TsPK, qui devient le Centre National Russe d'Essais et de Recherche Scientifique d'Entraînement des Cosmonautes Youri Gagarine (RG NII TsPK) [29]. Cette nouvelle entité regroupe le NII TsPK et le Régiment aérien qui possède les avions d'entraînement.

Avec cette réforme, le TsPK dépend à la fois du Ministère de la Défense, comme c'est le cas depuis sa création, mais aussi de l'Agence Spatiale Fédérale [18]. Le centre d'entraînement fait donc un premier pas dans le monde civil.

Fig. 9.1 : Le général KLIMOUK avec le Président POUTINE au TsPK, 2 mars 2000.
Crédit : Kremlin.

Le 9 septembre 2003, selon le décret présidentiel n°1053, le général Vassili TSIBLIEV, qui a réalisé deux vols dans l'Espace, remplace KLIMOUK à la tête du TsPK. Ce sera le dernier commandant militaire du centre.

10. Le TsPK tombe l'uniforme

Constatant que les Forces aériennes n'ont plus (pas ?) grand chose à voir avec le programme spatial contemporain, la volonté de faire du TsPK une institution civile devient de plus en plus forte au fil des années.

Le 1er octobre 2008, un décret (n°1435-r) du Président du Gouvernement, Vladimir POUTINE, marque la fin de l'existence du RG NII TsPK Youri Gagarine, et la création de l'Institution Nationale Fédérale Budgétisée (FGBU) « NII TsPK Youri Gagarine ».

Le Centre d'Entraînement des Cosmonautes, quarante-huit ans après sa création, devient donc une entité civile, dépendant de Roscosmos, l'agence spatiale fédérale. Le décret n°97k du directeur de Roscosmos, daté du 27 mars 2009, nomme le cosmonaute civil Sergueï KRIKALIOV à la tête du TsPK.

Il réussit la délicate mission d'accompagner le changement de statut du centre. Le 7 avril 2014, il arrive à la fin de son poste, et le cosmonaute Youri LONTCHAKOV le remplace.

Bibliographie

[1] SIDDIQI, A., Sputnik and the Soviet Space Challenge, p. 243
[2] VIS B., HALL R., SHAYLER D., Russia's Cosmonauts
[3] KAMANINE, N., Скрытый космос: Книга 1, article du 17 janvier 1961
[4] Ibid., article du 24 novembre 1962
[5] Ibid., article du 8 décembre 1962
[6] Ibid., article du 19 février 1963
[7] Ibid., article du 28 février 1963
[8] Ibid., article du 12 juin 1963
[9] Ibid., article du 27 juin 1963
[10] Ibid., article du 11 juillet 1963
[11] Ibid., article du 16 juillet 1963
[12] Ibid., article du 17 juillet 1963
[13] Ibid., article du 27 juillet 1963
[14] Ibid., article du 31 juillet 1963
[15] Ibid., article du 7 septembre 1963
[16] Ibid., article du 16 novembre 1963
[17] Ibid., article du 11 décembre 1962
[18] CHAMSOUTDINOV, S., 40 лет РГНИИ ЦПК имени Ю.А.Гагарина, NK n°04-2000
[19] Хронология событий Центра, sur le site du TsPK
[20] CHAMSOUTDINOV, S., Ibid.
[21] KAMANINE, N., Скрытый космос: Книга 3, article du 26 novembre 1968
[22] Ibid., article du 17 décembre 1968
[23] KAMANINE, N., Скрытый космос: Книга 4, article du 15 mars 1969
[24] Ibid., article du 20 mars 1969
[25] Ibid., article du 28 mars 1969
[26] Ibid., article du 9 avril 1969
[27] Ibid., article du 30 août 1969
[28] Ibid., article du 1er octobre 1969
[29] Novosti Kosmonavtiki n°10-1995


Dernière mise à jour : 21 octobre 2016