MKS-15 | Chronologie

1. Lancement du vaisseau Soyouz TMA-10

Le 18ème lanceur Soyouz-FG (11A511U-FG n°Ц15000-019) décolle du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 7 avril 2007 à 17h31'14,194" GMT.

La charge utile est constituée du vaisseau Soyouz TMA-10 (11F732A17 n°220), qui est placé avec succès sur une orbite basse (192km x 237km x 51,65°) à 17h40 GMT.

Fig. 1.1 : Décollage de Soyouz TMA-10.
Crédit : Roscosmos.

Au moment de la mise en orbite, la Station Spatiale Internationale évolue sur une orbite 324,48km x 360,27km x 51,63°. Soyouz TMA-10 doit donc effectuer une série de manœuvres pour corriger sa trajectoire.

La première de ces manœuvres comprend deux allumages du moteur. Le premier intervient le 7 avril à 21h12 GMT et dure 53,3". Il permet de rehausser l'orbite, qui a maintenant les paramètres suivants : 216,5km x 283,4km x 51,65°. Le second allumage a lieu à 22h02 GMT et dure 61,7" (orbite 268,4km x 330,1km x 51,63°).

La deuxième manœuvre ne comprend qu'un seul allumage, qui est effectué le 8 avril à 18h36 GMT pendant une durée de 6,2" (orbite 274,5km x 330,4km x 51,63°).

Le 9 avril, à environ 14h00 GMT, les cosmonautes enfilent leurs scaphandres Sokol-KV-2 en prévision de l'amarrage. Les deux dernières manœuvres ont lieu à 17h10 GMT et 17h55 GMT, pour des durées respectives de 15,0" et 17,2". Après ces corrections, l'orbite est de 291,3km x 355,1km x 51,63°.

Fig. 1.2 : Soyouz TMA-10 approche de la station internationale.
Crédit : NASA.

L'amarrage au module Zaria intervient le 9 avril 2007 à 19h10 GMT en mode automatique, à l'aide du système Kours. Cet équipage est composé de Michael LOPEZ-ALEGRIA, Mikhaïl TIOURINE et Sunita WILLIAMS. Cette dernière restera à bord avec YOURTCHIKHINE et KOTOV, et les trois formeront ainsi l'équipage MKS-15.

Le 21 avril, LOPEZ-ALEGRIA, TIOURINE et SIMONYI embarquent à bord de Soyouz TMA-9 qui se sépare du module Zvezda à 10h11 GMT.

2. Les premières semaines

Le 25 avril 2007, les moteurs KD1 et KD2 du module Zvezda sont allumés pendant trente secondes afin de vérifier qu'ils fonctionnent correctement, étant donné qu'ils n'ont pas été utilisés depuis l'amarrage du module à la station en juillet 2000. Cette opération avait déjà été tentée en avril 2006 par l'équipage MKS-13, mais n'avait pas pu être menée à bien car une antenne (WAL-2) obstruait le couvercle de sécurité du KD2.

Le 26 avril, Sunita WILLIAMS apprend qu'elle rentrera sur Terre à bord de la navette Atlantis STS-117, et non à bord de Endeavour STS-118. Les missions américaines ayant subi de trop nombreux reports, cela ferait une trop longue prolongation de mission pour WILLIAMS.

Fig. 13 : Sunita WILLIAMS à bord du module Destiny, 30 avril 2007.
Crédit : DR.

Le 28 avril 2007, à 10h40 GMT, l'altitude de la station est rehaussée de 4,2km grâce à une mise à feu des moteurs KD1 et KD2 de Zvezda (dt=78,3"). Cette opération permet de requalifier les moteurs qui n'ont pas été utilisés depuis juillet 2000. Dans un avenir proche, il sera important de pouvoir compter sur eux, car avec l'entrée en service de l'ATV européen le port arrière de la station passera de plus longues périodes sans vaisseau amarré.

3. Arrivée de Progress M-60

Le vaisseau Progress M-60 décolle de Baïkonour le 12 mai 2007 et s'amarre au module Zvezda le 15 mai 2007 à 05h10 GMT à l'aide du système automatique Kours. L'antenne 2AO-VKA, qui avait mal fonctionné sur Progress M-58, a été rétractée plus tôt que d'habitude, alors que le vaisseau était encore à 148m de la station, et ce afin de s'assurer que tout se passait bien.

Fig. 14 : Progress M-60 approche de Zvezda.
Crédit : DR.

Le 23 mai 2007, à 23h30 GMT, les moteurs de Progress M-60 sont allumés pendant 146,6" pour rehausser l'orbite de la station de 800m, et ce en prévision de l'arrivée de la navette Atlantis, dont le lancement est programmé pour le 8 juin.

4. Première sortie dans l'Espace

La 22ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le segment russe de la station internationale (VKD-18) débute le 30 mai 2007 à 19h05 GMT, quand les cosmonautes KOTOV (Orlan-M n°26) et YOURTCHIKHINE (Orlan-M n°25) ouvrent l'écoutille VL-1 du module Pirs.

Leur première activité consiste en l'installation de panneaux complémentaires anti-impacts DPP (Дополнительный противоосколочный панели) destinés à protéger la coque du module Zvezda. Ces panneaux, assemblés en un paquet surnommé l'« arbre de Noël » par les Américains, avaient été provisoirement déposés sur le PMA-3 lors de la sortie du 16 décembre 2006.

Fig. 15 : Cette image d'archive montre le chemin que KOTOV
devra parcourir pour rallier Pirs et le PMA-3.

Crédit : DR.

Pour aller les chercher depuis le module Pirs, les cosmonautes vont utiliser le mât de charge GStM-2, conçu spécialement pour ce genre d'utilisation. Ils doivent toutefois lui rajouter une extension de 4m pour pouvoir atteindre le PMA-3, faisant passer la longueur maximale de 14 à 18m.

Fig. 16 : KOTOV, à gauche, est attaché au mât GStM avec les DPP.
YOURTCHIKHINE manipule le bras pour ramener son camarade.
Crédit : DR.

KOTOV s'attache à l'extrémité du bras tandis que YOURTCHIKHINE s'installe au poste de commande et le transporte jusqu'à l' « arbre de Noël ». Une fois sur place, KOTOV détache les panneaux du PMA-3 et les fixe sur le bras GStM-2, que YOURTCHIKHINE manipule pour envoyer son camarade et les DPP sur la section de petit diamètre du module Zvezda, appelée RO1. Ensuite, le commandant rejoint l'ingénieur de bord et les deux hommes arriment l'« arbre de Noël » à un point d'attache.

Fig. 17 : Schéma du module Zvezda montrant où KOTOV va installer son « arbre de Noël ».
Crédit : DR.

Ils abandonnent momentanément les panneaux anti-impacts pour se consacrer au remplacement d'un câble électrique relié à l'antenne ASN-M, qui sera utilisée pour les manœuvres de rendez-vous de l'ATV, et qui est installée à l'arrière de Zvezda.

Le système de navigation par satellite ASN-M a été développé par la RKK Energuia en collaboration avec l'Institut russe de radionavigation et du temps de Saint-Pétersbourg (RIRV). Son coût est d'environ 1M$. L'antenne avait été installée par les cosmonautes CHARIPOV et CHIAO lors de la mission MKS-10, en mars 2005.

Cela étant fait, YOURTCHIKHINE et KOTOV peuvent se reconcentrer sur l'objectif principal de la sortie, à savoir l'installation des DPP. Ils retournent donc vers le compartiment RO1 du module Zvezda et déballent cinq panneaux.

Chacun d'eux a une largeur de 60cm pour une longueur de 90cm pour une masse de 9kg. Ils ont été amenés sur la station par la navette Endeavour STS-111 en juin 2002, mais la structure qui les assemble n'a été apportée qu'en décembre 2006 par Discovery STS-116.

Fig. 18 : Image d'archive de Zvezda montrant l'emplacement des DPP.
Crédit : DR.

Ils sont destinés à protéger la section conique de Zvezda, c'est-à-dire la zone qui sépare le compartiment de petit diamètre du compartiment de grand diamètre. En août 2002, les cosmonautes de MKS-5 en avaient déjà installés six. L'« arbre de Noël » contient 17 nouveaux panneaux, mais YOURTCHIKHINE et KOTOV n'en installent que cinq. Les douze autres seront mis en place d'ici une semaine lors d'une autre sortie. Une fois l'installation effectuée, les cosmonautes rentrent dans le module Pirs. La sortie aura duré 5h25.

5. Deuxième sortie dans l'Espace

La 23ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le segment russe de la station internationale (VKD-19) débute le 6 juin 2007 à 14h23 GMT, quand les cosmonautes KOTOV (Orlan-M n°26) et YOURTCHIKHINE (Orlan-M n°25) ouvrent l'écoutille VL-1 du module Pirs.

Leur première tâche est d'installer l'expérience russe Biorisk-MSN sur la coque du module Pirs. Ils se dirigent ensuite vers le module Zaria où ils tirent un grand câble destiné à l'Ethernet qui va bientôt entrer en service à bord de la station. Une seconde section de ce câble sera installée lors d'une sortie ultérieure. Lors de l'installation, ils détectent une trace d'impact sur la coque de Zaria.

Fig. 19 : Tracé du câble Ethernet installé par KOTOV et YOURTCHIKHINE.
Crédit : DR.

Les cosmonautes gagnent ensuite le module Zvezda où ils procèdent à l'installation des douze panneaux anti-impacts (DPP) restants. Cela étant fait, ils retournent au module Pirs et le repressurisent. La sortie aura duré 5h38.

6. Arrivée d'Atlantis STS-117

La navette spatiale Atlantis décolle de Cap Canaveral le 8 juin 2007 à 23h38 GMT pour la mission STS-117. Sa principale charge utile est la structure S3/S4 qui abrite de nouveaux panneaux solaires.

Fig. 20 : Décollage de la navette Atlantis STS-117.
Crédit : NASA.

L'équipage d'Atlantis comprend le commandant STURCKOW, le pilote ARCHAMBAULT et les spécialistes de mission REILLY, SWANSON, FORRESTER, OLIVAS et ANDERSON. Ce dernier restera à bord de la station en tant que nouvel ingénieur de bord, en remplacement de Sunita WILLIAMS qui va retourner sur Terre avec Atlantis.

Deux jours après son lancement, la navette arrive en vue de la station. Comme c'est maintenant la coutume, elle effectue une manœuvre de rotation sur elle-même pour permettre à KOTOV et YOURTCHIKHINE de photographier son bouclier thermique. Atlantis s'amarre à la station le 10 juin 2007 à 19h36 GMT.

Fig. 21 : Atlantis approche de la station.
Crédit : NASA.

Peu de temps après, ARCHAMBAULT et FORRESTER saisissent la structure S3/S4 à l'aide du bras manipulateur de la navette (RMS) et la placent dans une position d'attente.

Les écoutilles du PMA-2 sont ouvertes à 21h04 GMT et les deux équipages se retrouvent dans le module Destiny. Plus tard, Sunita WILLIAMS prend les commandes du bras Canadarm2 et saisit le S3/S4 que lui tend le bras de la navette. Elle le place ensuite en vis-à-vis de la structure S1, à quelques centimètres de sa position finale, prêt à être installé lors de la sortie dans l'Espace du lendemain.

Fig. 22 : Schéma de l'installation du S3/S4.
Crédit : DR.

L'opération de prépositionnement prend fin à 00h28 GMT le 11 juin. Après cela, les cosmonautes vont se coucher. En prévision de la première sortie, REILLY et OLIVAS dorment enfermés dans le module Quest afin de se préparer à respirer dans une atmosphère moins pressurisée.

Le 11 juin, peu après 15h00 GMT, ARCHAMBAULT, FORRESTER et KOTOV manœuvrent le bras Canadarm2 afin d'attacher le S3/S4 au S1. Deux paires de boulons sont alors actionnées et le nouvel élément fait désormais partie intégrante de la station. Cet ajout provoque un important déplacement du centre de gravité et les gyroscopes CMG saturent. Les moteurs verniers de la navette Atlantis sont alors utilisés pour les faire revenir à leur point de fonctionnement nominal.

La première sortie dans l'Espace commence ensuite avec une heure de retard. Les astronautes REILLY et OLIVAS sortent du module Quest le 11 juin 2007 à 20h02 GMT et se dirigent immédiatement vers le S3.

Fig. 23 : James REILLY lors de la première sortie de STS-117, 11 juin 2007.
Crédit : DR.

Alors qu'il se positionne en dessous de la structure, REILLY connecte plusieurs câbles électriques reliant le S3 au S1. Il donne ensuite le feu vert aux ingénieurs au sol pour commencer l'activation des nouveaux segments. Il remonte ensuite au-dessus du S3 pour procéder à la connexion d'autres câbles électriques, puis se dirige vers le S4 où il libère les BGA, qui sont les systèmes permettant aux panneaux solaires de tourner suivant leur axe longitudinal. Ils avaient été bloqués le temps de la mise sur orbite.

Pendant ce temps, OLIVAS s'attelle à enlever les cales des SABB (Solar Array Blanket Box), les boîtes qui renferment les panneaux solaires encore repliés en accordéon, et à retirer les sangles qui retiennent le radiateur photovoltaïque PVR (Photovoltaic Radiator).

Il doit ensuite déployer et rigidifier les quatre AJIS (Alpha Joint Interface Structure), les structures qui font la transition entre le S3 et le S4. Ensuite, OLIVAS et REILLY se retrouvent et ensemble ils ouvrent les deux SABB.

Fig. 24 : OLIVAS (à gauche) et REILLY sur le nouveau segment de la station internationale.
Crédit : DR.

Cela étant fait, REILLY se rend près du SARJ (Solar Alpha Rotary Joint), le dispositif qui permet aux panneaux solaires de tourner, et installe deux des quatre systèmes DLA (Drive Lock Assembly) qui servent de transmission pour le contrôler.

Simultanément, OLIVAS retire les protections de l'unité de distribution de l'électricité générée par les panneaux solaires (SSU, Sequential Shunt Unit). Puis les deux astronautes se retrouvent à nouveau et ils commencent à ôter les cales du SARJ. Ils rentrent ensuite dans le module Quest, qu'ils repressurisent à 02h17 GMT le 12 juin. La sortie aura duré 6h15.

Alors que les astronautes s'apprêtaient à rentrer, ARCHAMBAULT et SWANSON ont procédé au déploiement du radiateur PVR. Après la sortie, les ingénieurs de Houston activent le S4 et vérifient que tous ses systèmes fonctionnent correctement. Le 12 juin, à 15h43 GMT, le JSC commande le début du déploiement des deux ailes solaires du S3/S4. La première aile est intégralement déployée à 16h29 GMT, et la seconde à 17h58 GMT.

7. Panne informatique

Pendant la sortie de REILLY et OLIVAS, le segment russe de la station a subi une panne informatique. En temps normal, il y a deux ordinateurs qui fonctionnent ensemble : le TVM (terminal) et le TsVM (central).

  • Le TVM gère les opérations de navigation et contrôle toutes les fonctions, telle que la génération d'oxygène ou l'élimination du dioxyde de carbone. Il permet aussi de gérer les ARCU, qui rendent possible le transfert d'énergie électrique du segment américain vers le segment russe. Le TsVM, quant à lui, est à un niveau hiérarchique supérieur et gère le fonctionnement global de la station.

Ces ordinateurs sont redondés deux fois chacun, et il y a donc six machines en permanence. Il y a quelques mois, l'un des TsVM avait cessé de fonctionner, et il n'y avait donc plus qu'une redondance.

Fig. 25 : KOTOV pose avec deux scaphandres Orlan dans le module Pirs, 12 juin 2007.
Crédit : DR.

Le 11 juin 2007, à 21h25 GMT, un TsVM et un TVM cessent de fonctionner. Il n'y a donc plus qu'un seul TsVM et deux TVM. Ensuite, les machines restantes s'arrêtent puis redémarrent à plusieurs reprises. Suite à ces interruptions, le contrôle d'orientation de la partie russe est perdu, et il est transféré à Atlantis.

Dans une telle configuration, les ailes solaires de la station ne sont plus autorisées à tourner afin d'éviter une contamination des cellules photovoltaïques par les jets de gaz de la navette. En conséquence, la production d'électricité n'est plus assurée et les batteries se déchargent.

A 23h42 GMT, le JSC commande le transfert du contrôle d'orientation de la navette vers les CMG. Mais ces derniers saturent très rapidement et la station dérive. Les moteurs de la navette reprennent le contrôle, stabilisent l'ensemble, puis repassent le relais aux CMG qui, cette fois, parviennent à remplir leur rôle.

Mais vers 01h50 GMT (le 12 juin), les gyroscopes saturent à nouveau et les moteurs d'Atlantis sont à nouveau sollicités. Plus tard, la station est laissée volontairement à la dérive afin de laisser les ailes solaires se tourner en direction du Soleil et ainsi recharger les batteries. A 05h20 GMT, les CMG reprennent le contrôle et se stabilisent.

Fig. 26 : KOTOV, YOURTCHIKHINE et OLIVAS travaillent
sur un ordinateur dans le module Zvezda, 12 juin 2007.

Crédit : DR.

L'origine de cette panne est inconnue, et pourrait être liée à l'installation du nouveau segment S3/S4. Peut-être que la puissance électrique qu'il fournit n'est pas d'une qualité suffisante et perturbe le fonctionnement des ordinateurs. En tout cas, la panne ne permet pas de mettre en service les systèmes Elektron et Vozdoukh, ainsi que les ARCU.

Tout au long de la journée du 12 juin 2007, les ordinateurs de la station sont redémarrés de nombreuses fois mais ne parviennent pas à fonctionner correctement. Cela n'empêche pas les opérations au programme de la mission d'Atlantis de se poursuivre.

Fig. 27 : Lee ARCHAMBAULT dans le module Destiny, 12 juin 2007.
Crédit : DR.

Le 13 juin, à 10h47 GMT, le JSC commence à rétracter l'aile solaire 2B du segment P6. En effet, s'ils la laissaient déployée, elle empêcherait la nouvelle aile solaire du S4 de tourner librement. L'autre aile du P6 avait été rétractée au cours de la mission STS-116 en décembre 2006, et les astronautes avaient alors rencontré de grosses difficultés.

Cette fois, la NASA a décidé de commencer la rétractation avant la sortie dans l'Espace, et de l'effectuer section par section. Les ingénieurs parviennent à rétracter 7,5 des 31,5 sections de l'aile. A 14h42 GMT, les astronautes STURCKOW et REILLY prennent le relais mais ne parviennent pas à aller plus loin.

Ensuite, le 13 juin 2007 à 18h28 GMT, FORRESTER et SWANSON débutent la deuxième sortie dans l'Espace de la mission. Ils se dirigent immédiatement vers le P6 et s'occupent de continuer la rétractation de l'aile solaire. Ils parviennent à replier 5,5 sections supplémentaires (il en reste donc 18,5) et à 20h50 GMT ils se tournent vers d'autres activités.

Fig. 28 : Steven SWANSON lors de la sortie du 13 juin 2007.
Crédit : DR.

En effet, il fallait laisser déployé un maximum de 19 sections pour permettre à l'aile du S3/S4 de tourner librement, le reste n'est donc pas urgent. Les deux astronautes s'attellent ensuite à installer quatre poutres de renforcement sur le SARJ du S3/S4 ainsi que les deux DLA restants.

FORRESTER met alors le nez sur un petit problème technique : il apparaît que quand on sollicite l'un des deux nouveaux DLA, c'est en fait l'un des deux précédemment installés qui répond. Les ingénieurs de Houston devront régler ce problème ultérieurement. De leur côté, les deux astronautes ôtent les différentes cales qui retenaient le SARJ durant le lancement, à l'exception d'une qui refuse de bouger. Ne parvenant pas à en venir à bout, ils rentrent dans le module Quest, qu'ils repressurisent à 01h44 GMT le 14 juin 2007. La sortie a duré 7h12.

Fig. 29 : Patrick FORRESTER lors de la sortie du 13 juin 2007.
Crédit : DR.

Le 14 juin 2007, STURCKOW, ARCHAMBAULT, WILLIAMS et ANDERSON parviennent à rétracter trois sections supplémentaires du P6. Il en reste donc 15,5.

Le problème des ordinateurs TVM et TsVM du segment russe n'est toujours pas résolu, et les différentes machines continuent de redémarrer et de s'arrêter régulièrement. Les cosmonautes de MKS-15 utilisent un oscilloscope pour contrôler la qualité de l'électricité générée par l'aile solaire du S4, et ne trouvent pas de problème. Cette cause possible de la panne est donc écartée.

Le matin du 15 juin 2007, le TsUP parvient à redémarrer pendant quelques instants une machine de chaque ordinateur, ce qui permet de remettre en fonctionnement un ARCU. En conséquence, le segment russe et le vaisseau Soyouz TMA-10 peuvent recharger leurs batteries. La température à bord de Zvezda se stabilise autour de 4°C.

8. Poursuite de STS-117

Le 15 juin 2007, à 17h24 GMT, REILLY et OLIVAS débutent la troisième sortie dans l'Espace de la mission STS-117. En premier lieu, OLIVAS se dirige vers l'arrière d'Atlantis afin de retirer un élément étranger coincé dans la protection thermique d'une nacelle de moteur OMS.

Fig. 30 : John OLIVAS à proximité d'un des OMS d'Atlantis, 15 juin 2007.
Crédit : DR.

Pendant ce temps, REILLY installe une valve à hydrogène sur le module Destiny, destinée au nouveau système OGS de génération d'oxygène, qui sera bientôt opérationnel. Ces deux tâches étant terminées, les astronautes se rendent auprès de l'aile solaire 2B du P6 et travaillent à sa rétractation. L'aile est complètement repliée à 00h31 GMT (le 16 juin). La sortie se termine à 01h22 GMT; elle a duré 7h58.

Pendant ce temps, au TsUP, les ingénieurs continuent de travailler activement à la réparation des ordinateurs et identifient l'origine du problème ! Il provient d'une alimentation électrique secondaire située dans le module Zvezda. YOURTCHIKHINE et KOTOV la court-circuitent et quelques instants plus tard, autour de 20h00 GMT, le TsUP parvient à redémarrer deux unités de chaque ordinateur (TVM1, TVM3, TsVM2 et TsVM3).

La cause en aval de la panne pourrait être une différence de potentiel qui serait apparue entre la structure de la station et le plasma qui l'entoure, éventuellement à cause de l'ajout du S3/S4.

Fig. 31 : Tous les membres d'équipage réunis dans le module Destiny, 16 juin 2007.
En rouge, de gauche à droite : FORRESTER, ARCHAMBAULT, REILLY, STURCKOW, SWANSON et OLIVAS.
En bleu, de gauche à droite : ANDERSON, WILLIAMS, YOURTCHIKHINE et KOTOV.

Crédit : DR.

Avec quatre machines opérationnelles, la station retrouve ses fonctions. Au matin du 17 juin, les six machines fonctionnent à nouveau, mais une de chaque ordinateur est arrêtée afin de servir de réserve en cas de problème sur les quatre autres.

Tous les systèmes du segment russe sont remis en route, à l'exception d'Elektron. En effet, Progress M-59 va bientôt quitter la station et il faut utiliser tout l'oxygène présent dans ses réservoirs. D'autre part, il est décidé d'avancer le lancement du vaisseau Progress M-61. Celui-ci devait décoller le 6 août, mais partira en fait dès le 23 juillet avec des ordinateurs de rechange.

Le 17 juin 2007, à 16h25 GMT, FORRESTER et SWANSON commencent la quatrième et dernière sortie dans l'Espace de la mission STS-117. Leur première tâche est d'aller chercher une caméra vidéo ETVCG (External TV Camera Group) sur la plate-forme ESP-2 et de l'installer sur un emplacement prévu à cet effet du segment S3.

Fig. 32 : Patrick FORRESTER lors de la quatrième sortie, 17 juin 2007.
Crédit : DR.

Pendant qu'ils sont sur l'ESP-2, ils en profitent pour contrôler six points d'attache que les ingénieurs de Houston soupçonnent d'être défaillants. Ils ont ensuite vérifié que les DLA précédemment installés sont dans la bonne configuration et ils ôtent les six attaches qui retiennent encore le SARJ.

Les deux astronautes sont en avance sur leur programme, et ils peuvent donc se permettre de réaliser une tâche qui n'était pas initialement au programme : déplacer deux cale-pieds APFR du S3 vers le S4, en prévision de l'installation du S5 au mois d'août prochain, lors de la mission STS-118.

Fig. 33 : FORRESTER (à gauche) et SWANSON lors de la quatrième sortie, 17 juin 2007.
Crédit : DR.

Après cela, ils libèrent la voie du Transporteur Mobile (MT) en retirant différents éléments qui gênent sa translation le long du S3/S4, et ils tirent un câble de Zvezda vers Unity destiné au nouveau réseau LAN de la station. Ils rentrent dans le module Quest à 22h54 GMT. La sortie aura duré 6h29.

Plus tard, le JSC de Houston teste le bon fonctionnement du SARJ en faisant tourner l'aile solaire du S4 d'environ 5° dans les deux directions.

Le 18 juin, autour de 13h00 GMT, la navette Atlantis prend le contrôle de l'attitude du complexe et l'oriente de manière à pouvoir procéder à un largage d'eaux usées. Cette manœuvre, considérée habituellement comme routinière, constitue cette fois-ci un test intéressant de la stabilité des ordinateurs russes TVM et TsVM.

Fig. 34 : Soyouz TMA-10 et Atlantis, 17 juin 2007.
Crédit : DR.

Quelques instants plus tard, à 14h28 GMT, les moteurs de Progress M-60 sont allumés un bref instant pour s'assurer que les ordinateurs fonctionnent tout à fait correctement et sont capables d'assumer à nouveau de telles manœuvres.

Suite à ces deux succès, les responsables russo-américains décident d'autoriser la navette Atlantis à quitter la station dès le lendemain. Les écoutilles sont fermées à 22h51 GMT.

Fig. 36 : Cette photo a été prise lors de la séparation d'Atlantis STS-117, le 19 juin 2007.
On voit bien la nouvelle aile solaire sur le S3/S4 ainsi que le panneau replié du P6.
Crédit : DR.

Atlantis se sépare du PMA-2 le 19 juin 2007 à 14h42 GMT. Elle y sera restée amarrée 8 jours 19 heures et 6 minutes. Après la séparation, elle tourne autour de la station afin d'effectuer une inspection visuelle. L'équipage MKS-15, maintenant composé de YOURTCHIKHINE, KOTOV et ANDERSON, se retrouve seul à bord.

Le 21 juillet 2007, à 01h17 GMT, les moteurs de Progress M-60 sont allumés pendant 294" afin de tester le comportement de la station équipée de sa nouvelle aile solaire. L'altitude du complexe augmente à l'occasion de 1,7km.

9. Troisième sortie dans l'Espace

Le 23 juillet 2007, YOURTCHIKHINE et ANDERSON effectuent la troisième sortie dans l'Espace de la mission. Il s'agit d'une opération américaine qui utilise des scaphandres EMU et qui prend son départ dans le module Quest. Oleg KOTOV reste à l'intérieur et manipule le bras Canadarm2. La sortie commence à 10h24 GMT.

La première tâche des cosmonautes est d'installer un support de caméra vidéo à l'interface entre les segments S0 et P1 de la structure ITS.

Fig. 39 : Clayton ANDERSON lors de la sortie du 23 juillet 2007.
Crédit : DR.

Ensuite, YOURTCHIKHINE part sur le S0 pour remplacer un boîtier RPCM défaillant qui gênait les opérations avec le MT. Simultanément, ANDERSON reconfigure l'alimentation d'une antenne (bande S) et monte sur le bras Canadarm2. Les cosmonautes récupèrent ensuite environ 96kg d'équipements divers qui ne sont plus utilisés, et ANDERSON les jette dans le vide à 13h21 GMT.

Pendant ce temps, YOURTCHIKHINE commence la principale tâche de la mission : se débarrasser du réservoir EAS. Ce système de 630kg avait été installé le 16 août 2001 par les astronautes de la navette spatiale Discovery STS-105 et devait servir à faire le niveau en ammoniac dans les conduites du système de refroidissement EETCS au cas où celui-ci devait subir une fuite.

Fig. 40 : Schéma montrant l'emplacement de l'EAS sur le P6.
Crédit : DR.

Mais l'EETCS n'est plus utilisé depuis que les cosmonautes de MKS-14 ont reconfiguré les systèmes de refroidissement de la station en janvier 2007, et par conséquent l'EAS n'est plus d'aucune utilité. Et comme l'ammoniac est une substance très dangereuse pour les cosmonautes qui réalisent des sorties, il est préférable de s'en débarrasser. De plus, l'EAS est installé sur le segment P6 et il gênera le déplacement de ce dernier, qui doit intervenir dans les prochains mois.

YOURTCHIKHINE, dans un premier temps, se rend sur le Z1 et s'occupe de déconnecter des câbles électriques reliés à l'EAS et de les ranger. Ensuite, les deux cosmonautes se rendent sur le P6 et finissent d'ôter les dernières liaisons. Quand cette tâche est terminée, ANDERSON se saisit de l'EAS et le bras l'emmène un peu plus loin. De là, à 14h36 GMT, il jette le dispositif dans le vide.

Fig. 41 : L'EAS qui vient d'être larguée par ANDERSON, 23 juillet 2007.
Crédit : DR.

Avant la sortie, les propulseurs russes avaient fait passer la station du mode d'orientation du mode +XVV au mode -XVV, c'est à dire qu'ils l'ont fait tourner de 180°, mettant ainsi le vaisseau Progress M-60 et le module Zvezda "en avant". Cette orientation permet à ANDERSON de jeter l'EAS dans la direction opposée au vecteur vitesse de la station, ce qui est nécessaire pour éviter la collision. Une fois l'EAS suffisamment loin, les moteurs remettent la station « dans le bon sens ».

La dernière tâche au programme de YOURTCHIKHINE et ANDERSON est de nettoyer le port d'amarrage CBM du module Unity en prévision de l'amarrage à cet emplacement du PMA-3 lors de la prochaine mission STS-118.

Fig. 42 : Fiodor YOURTCHIKHINE lors de la sortie du 23 juillet 2007.
Crédit : DR.

Comme il leur reste du temps, les deux cosmonautes en profitent pour récupérer l'antenne GPS n°4, située sur le Z1, qui ne fonctionne plus. Ils déplacent également un sac d'équipement du P6 vers le Z1 et retirent les attaches de deux cuves qui seront placées sur le nouveau module Harmony quand celui-ci sera acheminé sur la station.

YOURTCHIKHINE et ANDERSON réintègrent le module Quest à 18h05 GMT, après une sortie qui aura duré 7h41.

10. Arrivée de Progress M-61

Peu après, à 22h06 GMT, les moteurs de Progress M-60 sont allumés pendant 1265" et rehaussent l'orbite de 7,9km. Cette manœuvre est destinée aussi bien à réduire les risques de collision avec l'EAS qu'à préparer la station pour l'arrivée de Progress M-61 le 5 août et d'Endeavour STS-118 quelques jours plus tard.

Le 1er août 2007, à 14h07 GMT, le vaisseau Progress M-59, qui s'était amarré au module Pirs en janvier 2007, se sépare et brûle dans l'atmosphère. Le nouveau vaisseau Progress M-61 est lancé du cosmodrome de Baïkonour le 2 août 2007 et rejoint la station trois jours plus tard, le 5 août 2007.

Fig. 43 : Progress M-61 approche de Pirs, 5 août 2007.
Crédit : DR.

L'amarrage se déroule sur le module Pirs sans incident à l'aide du système automatique Kours à 18h40 GMT. Progress M-61 apporte notamment des ordinateurs TVM et TsVM de rechange.

11. Arrivée d'Endeavour STS-118

La navette spatiale américaine Endeavour STS-118 décolle de Cap Canaveral le 8 août 2007 à 22h36 GMT.

Fig. 44 : Décollage d'Endeavour, 8 août 2007.
Crédit : DR.

A la tête de son équipage est placé le commandant Scott KELLY. Les autres astronautes sont le pilote Charles HOBAUGH et les spécialistes de mission Dafydd WILLIAMS, Barbara MORGAN, Richard MASTRACCHIO, Tracy CALDWELL et Benjamin DREW.

Dans la soute de la navette se trouvent l'élément S5, qui viendra étoffer l'ITS, un module logistique SPACEHAB et la plate-forme ESP-3.

Fig. 45 : Endeavour approche de la station, 10 août 2007.
Crédit : DR.

Endeavour arrive en vue de la station internationale le 10 août 2007 et l'amarrage au PMA-2 a lieu à 18h02 GMT. Les écoutilles sont ouvertes à 20h04 GMT et les deux équipages se livrent à une rapide cérémonie de bienvenue.

Ensuite, CALDWELL et MASTRACCHIO s'installent aux commandes du RMS, le bras manipulateur de la navette, saisissent le segment S5 et le passent au Canadarm2, le bras manipulateur de la station, commandé par ANDERSON et HOBAUGH.

A 21h17 GMT, les astronautes connectent pour la première fois le système SSPTS, construit par Boeing, qui permet d'allonger la durée des missions de la navette en l'autorisant à utiliser de la puissance électrique provenant de la station.

Le 11 août 2007, HOBAUGH prend à nouveau les commandes du bras Canadarm2 et place le S5 à seulement 6,75cm du S4, qui sera son emplacement final. A 16h28 GMT, les astronautes MASTRACCHIO et WILLIAMS (Canada) débutent la première sortie dans l'Espace de la mission.

Fig. 46 : L'extrémité du S3/S4, où le S5 vient d'être arrimé, 11 août 2007.
Crédit : DR.

Ils se dirigent immédiatement vers le S5, retirent ses protections et guident HOBAUGH qui lui fait parcourir les derniers centimètres. Ils ferment ensuite les verrous et le S5 est officiellement intégré à la station à 18h26 GMT.

Les astronautes déplacent ensuite le PVRGF du S5 afin de laisser de la place aux panneaux solaires pour tourner librement. Il s'agit d'un système permettant aux bras manipulateurs de s'accrocher, ce qui est inutile maintenant que le segment est en place.

Fig. 47 : Le Canadien Dafydd WILLIAMS, 11 août 2007.
Crédit : DR.

MASTRACCHIO et WILLIAMS s'occupent ensuite de superviser la rétraction du radiateur photovoltaïque (PVR) avant du segment P6. Cette manœuvre est indispensable pour permettre au P6 d'être déplacé sur le P5 lors de la prochaine mission de la navette (STS-120). Les deux hommes terminent la sortie à 22h45 GMT. Elle aura duré 6h17.

Fig. 48 : MASTRACCHIO supervise la rétractation du PVR, 11 août 2007.
Crédit : DR.

Pendant que MASTRACCHIO et WILLIAMS étaient dehors, à 19h52 GMT, l'ordinateur américain de commande et de contrôle est tombé en panne. Comme il est redondé deux fois, cette panne n'a pas eu de conséquence immédiate, mais les ingénieurs de la NASA se penchent sur la question pour essayer de déterminer les causes de l'incident.

Le 13 août 2007, à 15h32 GMT, MASTRACCHIO et WILLIAMS commencent la deuxième sortie dans l'Espace de la mission STS-118. L'objectif principal de cette opération est le remplacement du gyroscope américain CMG-3 qui ne fonctionne plus depuis le mois de septembre 2006.

Il avait commencé à montrer des signes de faiblesses peu après le retour sur Terre du vaisseau Soyouz TMA-8 et avait été retiré du système d'orientation le 29 septembre 2006.

Les deux astronautes se dirigent donc vers l'élément Z1 où sont installés les gyroscopes. Ils retirent le CMG-3 défaillant à 16h26 GMT et l'arriment provisoirement à un support sur le Z1. Ils se rendent dans la soute d'Endeavour et récupèrent le nouveau CMG-3, qui est arrimé à la plate-forme de stockage externe ESP-3.

Fig. 49 : WILLIAMS ramène le nouveau CMG, 13 août 2007.
Crédit : DR.

Lui-même attaché au bras Canadarm2, WILLIAMS ramène le CMG-3 sur la plate-forme ESP-2, à côté du module Quest, à 18h22 GMT. Là, les deux astronautes le préparent, puis ils le saisissent, l'emmènent sur le segment Z1 et procèdent à son installation à 19h26 GMT.

Fig. 50 : WILLIAMS arrime le nouveau CMG sur l'ESP-2, 13 août 2007.
Crédit : DR.

Ils ramènent ensuite le vieux CMG-3 sur l'ESP-2 et l'arriment solidement. Il sera ramené sur Terre ultérieurement, lors de la mission STS-122 de février 2008. MASTRACCHIO et WILLIAMS regagnent le sas de Quest à 22h00 GMT, après une sortie réussie de 6h28.

Le 14 août, CALDWELL et MORGAN utilisent le bras RMS de la navette Endeavour pour sortir la plate-forme ESP-3 de la soute. Elles le passent ensuite au bras Canadarm2 de la station manipulé par HOBAUGH et ANDERSON, qui l'amènent jusqu'à son point d'ancrage final sur le segment P3.

Fig. 51 : Le RMS (à gauche) passe l'ESP-3 au SSRMS, 14 août 2007.
Crédit : DR.

L'arrimage a lieu à 16h18 GMT et l'ESP-3 devient alors le premier élément de la station à être installé uniquement par les bras robotiques, sans l'aide d'astronautes en scaphandre. Les ESP-1 et -2, mises en place respectivement lors des missions STS-102 de mars 2001 et STS-114 de juillet 2005, avaient nécessité une sortie dans l'Espace chacune.

Le 15 août 2007, à 14h38 GMT, MASTRACCHIO et ANDERSON débutent la troisième sortie dans l'Espace de STS-118.

La première tâche est de superviser le déplacement par le bras Canadarm2 du support d'une antenne en bande S appelé SASA (S-Band Antenna Sub-Assembly). Le SASA était précédemment disposé sur le P6, et il est maintenant sur le P1.

Fig. 52 : Clayton ANDERSON lors de la sortie du 15 août 2007.
Crédit : DR.

Les astronautes ont également installé un transpondeur bande S sur le P1 et ont démonté celui qui était sur le P6 (qui sera ramené sur Terre, amélioré et réutilisé lors d'une mission ultérieure). Ces opérations sont destinées à améliorer les communications audio entre la station et le sol.

Aux commandes du Canadarm2, HOBAUGH et KOTOV ont ensuite déplacé deux CETA d'un côté du MT vers l'autre, et ce afin de laisser de la place au Canadarm2 pour qu'il puisse déplacer le P6 lors de la prochaine mission de la navette spatiale (STS-120).

Peu après la fin de cette opération, à 18h54 GMT, Rick MASTRACCHIO réalise que son scaphandre est endommagé au niveau de son pouce gauche. Il reçoit l'ordre de rentrer immédiatement dans le sas du module Quest.

Fig. 53 : ANDERSON (à gauche) et MASTRACCHIO lors de la sortie du 15 août 2007.
Crédit : DR.

Clayton ANDERSON, quant à lui, reste dehors pour terminer ce qu'il est en train de faire. Il rentre à 19h51 GMT, et le sas est repressurisé à 20h05 GMT. La sortie aura duré 5h27, et la seule tâche qui n'aura pas pu être effectuée est la récupération des expériences MISSE 3 et MISSE 4.

La quatrième et dernière sortie dans l'Espace de la mission STS-118 débute le 18 août 2007 à 13h17 GMT. Elle est effectuée par ANDERSON et WILLIAMS, qui commencent par installer l'antenne EWIS (External Wireless Instrumentation System), qui fait partie d'un dispositif destiné à évaluer les contraintes que subit la structure de la station.

Fig. 54 : Clayton ANDERSON lors de la sortie du 18 août 2007.
Crédit : DR.

Ensuite, ils mettent en place sur le S1 un système qui permettra à l'équipage de STS-123 de fixer l'OBSS destiné à inspecter le bouclier thermique de la mission suivante, STS-124. En effet, la soute de cette navette sera déjà tellement remplie qu'elle ne pourra accueillir l'OBSS lors du décollage.

Fig. 55 : Dafydd WILLIAMS lors de la sortie du 18 août 2007.
Crédit : DR.

Les astronautes retournent ensuite vers le module Quest, récupèrent les expériences MISSE 3 et 4, et rentrent dans le sas et le repressurisent à 18h19 GMT. La sortie a duré 5h02; elle a dû être écourtée car les responsables de la mission préfèrent faire rentrer Endeavour un peu plus tôt, de manière à lui éviter de traverser le cyclone Dean.

Finalement, Endeavour se sépare de la station le 19 août 2007 à 11h56 GMT. Elle atterrit à Cap Canaveral le 21 août à 16h32 GMT. YOURTCHIKHINE, KOTOV et ANDERSON sont à nouveau seuls à bord de la station.

Fig. 56 : La station internationale vue d'Endeavour, 19 août 2007.
Crédit : DR.

YOURTCHIKHINE passe la journée du 22 août à travailler sur les ordinateurs TsVM et TVM, en collaboration avec le TsUP. Il les éteint et les connecte au nouveau boîtier de contrôle BOK-3 qu'Endeavour a apporté.

Le BOK-3 reçoit trois signaux et ressort en conséquence un signal On/Off qui permet de commander chacun des six ordinateurs TsVM et TVM.

12.Déplacement du PMA-3

Le 27 août 2007 commence l'opération de déplacement de l'adaptateur PMA-3. Apporté en octobre 2000 par STS-92, il est installé sur la pièce d'amarrage (CBM) bâbord de Unity. Mais c'est ici que sera amarré le nouveau module Harmony lors du vol STS-120. Les cosmonautes de MKS-15 doivent donc l'enlever pour faire de la place.

Fig. 57 : La configuration actuelle du segment américain (image prise le 10 août 2007).
La flèche montre le futur emplacement du PMA-3.
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Le 27 août, donc, ANDERSON place le bras Canadarm2 dans une position adéquate, débarrasse l'intérieur de Unity des équipements qui y étaient stockés et connecte le système vidéo CBCS (Centerline Berthing Camera System) qui est utilisé pour l'amarrage.

Le lendemain, YOURTCHIKHINE et KOTOV s'entraînent à la manipulation du Canadarm2. ANDERSON procède à la dépressurisation du PMA-3 le 29 août.

Le 30 août 2007, à 09h35 GMT, le TsUP déconnecte le système de contrôle d'attitude de Zvezda. Ensuite, ANDERSON allume le CBCS et, aidé par KOTOV, il attrape le PMA-3 avec le Canadarm2.

Fig. 58 : La Canadarm2 saisit le PMA-3, 30 août 2007.
Crédit : DR.

Mais trois des boulons du CBM envoient des signaux d'alarme, et les opérations sont interrompues. Les ingénieurs découvrent que le problème vient des capteurs de couple dont les boulons sont équipés, et les cosmonautes reprennent le travail.

Ils emmènent le PMA-3 jusqu'au CBM situé sous Unity, et quand il y est YOURTCHIKHINE actionne les boulons qui permettent la capture.

13. Opérations de routine

Le 29 août, la pompe N1 du dispositif 4SPN1 de la boucle KOB2 du système de régulation thermique russe SKV-2 est tombée en panne. Le 4SPN2 (redondant) s'est alors automatiquement enclenché.

Le 31 août, l'eau potable du réservoir BV1 de Progress M-61 est transférée dans le réservoir BV1 du module Zvezda. Quelques jours plus tard, c'est l'eau du réservoir BV2 de Progress qui est transférée dans ce même réservoir BV1 de Zvezda. Mais les mesures indiquent une possible fuite dans le réservoir BV2 de Progress.

Fig. 59 : Clayton ANDERSON devant un hublot du module Destiny, 3 septembre 2007.
Crédit : DR.

Le 7 septembre, la pompe N2 de la boucle KOB2 du système SKV-2 tombe en panne à son tour, exactement de la même manière que la pompe N1 le 29 août. Des pompes de rechange devraient être embarquées sur le vaisseau Soyouz TMA-11 qui va bientôt rejoindre la station.

Le 10 septembre, KOTOV démonte certains composants du système de navigation SUD du module Zaria, qui ne sert plus à rien depuis que Zvezda est venu rejoindre la station.

Les 12 et 13 septembre, des ergols sont transférés des réservoirs BG1 et BG2 du système KDU de Progress M-61 vers les réservoirs BO2 (oxydant) et BG2 (carburant) de Zvezda.

KOTOV passe plusieurs heures dans la journée du 14 septembre à démonter des pièces réutilisables de Progress M-60 en vue de sa séparation prochaine. Deux jours plus tard, aidé par YOURTCHIKHINE, il installe le dispositif StM.

Fig. 60 : YOURTCHIKHINE travaille dans le module Unity, 18 septembre 2007.
Crédit : DR.

Le 17 septembre, les deux cosmonautes russes verrouillent l'écoutille et activent le vaisseau. Progress M-60 se sépare de Zvezda le 19 septembre 2007 à 00h37 GMT. Le lendemain, 20 septembre, Progress M-61 est utilisé pour faire le plein des réservoirs d'UDMH de Zvezda.

Justement, les moteurs KD1 et KD2 de Zvezda sont utilisés le 24 septembre 2007 pour rehausser l'orbite de la station. Ils sont allumés à 19h34 GMT et fournissent un dV de 2,9m/s, ce qui remonte l'altitude moyenne de 4,9km.

14. Déplacement de Soyouz TMA-10

La prochaine opération importante est le déplacement de Soyouz TMA-10 de Zaria vers Zvezda, afin d'éviter à l'équipage de relève d'avoir à s'amarrer sur Zvezda. Le vaisseau se sépare le 27 septembre 2007 à 19h20 GMT et s'amarre à 19h47 GMT.

Fig. 61 : Soyouz TMA-10 lors de son bref vol autonome, 27 septembre 2007.
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Le lendemain de ce transfert, le TsUP procède à la rétractation du panneau solaire bâbord du module Zaria. En effet, lors du prochain vol de la navette américaine (STS-120), les deux radiateurs photovoltaïques (PVR) du segment P6 vont être déployés, car le segment américain a besoin d'eux pour pouvoir supporter l'ajout des modules Columbus et Kibo.

Or, dans leur position actuelle, les panneaux solaires de Zaria ne permettraient pas aux PVR de tourner librement. Sans panneau solaire, le module russe dépendra exclusivement de la puissance électrique fournie par le segment américain par l'intermédiaire des ARCU.

Le panneau tribord (SB4) est donc rétracté le 28 septembre 2007 à 14h09 GMT. Le panneau bâbord l'est également le 29 septembre à 12h59 GMT. La rétractation dure environ quinze minutes.

Fig. 62 Rétractation du panneau tribord de Zaria, 28 septembre 2007.
Crédit : DR.

Le système américain de génération d'oxygène, OGS, va bientôt être activé (pour la deuxième fois : il l'avait déjà été en juillet 2007). Dans cette perspective, le 1er octobre 2007, Oleg KOTOV éteint le système russe Elektron-VM. L'OGS est activé dès le lendemain par Clayton ANDERSON à 14h20 GMT.

Le 3 octobre, YOURTCHIKHINE remplace la pompe défaillante du 4SPN1 par une autre qu'il a démontée sur le 3SPN1 de la boucle KOB1. La KOB2 a donc ses quatre pompes qui marchent, et la KOB1 n'en a plus que deux.

Le système Elektron est redémarré le 5 octobre, quand l'OGS est arrêté. Ses trois jours d'essais auront été un succès.

Le 8 octobre, KOTOV procède à un essai sur le vaisseau Progress M-61. Il met en marche les six compresseurs qui permettent de pressuriser la membrane du réservoir BV1, et il constate une fuite. Le BV1 devait être rempli de l'urine stockée à bord depuis plusieurs semaines, mais ce transfert est annulé.

15. Atterrissage de Soyouz TMA-10

L'équipage de relève MKS-16 décolle du cosmodrome de Baïkonour le 10 octobre à bord du vaisseau Soyouz TMA-11. Peggy WHITSON et Youri MALENTCHENKO sont accompagnés du premier cosmonaute malaisien. L'amarrage au module Zaria a lieu le 12 octobre 2007 à 14h50 GMT.

Fig. 63 : MUSZAPHAR-SHUKOR, KOTOV et YOURTCHIKHINE.
Crédit : DR.

Dans le vaisseau Soyouz TMA-10, les couchettes Kazbek-UM de MUSZAPHAR-SHUKOR et d'ANDERSON sont échangées. Les cosmonautes entament alors une semaine d'activités communes.

Les moteurs de Soyouz TMA-10 sont allumés brièvement le 16 octobre afin de vérifier leur bon fonctionnement. Pour cette manœuvre, le contrôle d'orientation de la station a été temporairement confié au système russe.

Le lendemain, 17 octobre, KOTOV, YOURTCHIKHINE et MUSZAPHAR-SHUKOR réalisent une simulation de leur rentrée atmosphérique dans le Soyouz TMA-10. Ils ne doivent démarrer aucun système à l'exception du panneau de contrôle du SA.

Le 19 octobre, YOURTCHIKHINE stocke du matériel usagé et des déchets dans le Compartiment de Vie (BO) du Soyouz, tandis que KOTOV range du matériel à ramener sur Terre dans le SA. Soyouz TMA-10 se sépare du module Zvezda le 21 octobre 2007 à 07h14 GMT. Le moteur SKD est allumé à 09h47 GMT (dt=262", dV=115,2m/s).

Fig. 64 : Soyouz TMA-10 s'éloigne de la station, 21 octobre 2007.
Crédit : DR.

Soyouz entame alors sa descente et, à 10h11 GMT, alors qu'il se trouve à 140km d'altitude, les trois modules sont séparés. La phase de rentrée atmosphérique débute à 10h14 GMT. Le système de contrôle de la descente AUS (Автоматика управления спуском) contrôle l'orientation du vaisseau de manière à ce qu'il suive une trajectoire bien définie permettant de réduire la charge.

Le vol se déroule ainsi sans incident pendant environ 12 secondes, la charge ne dépassant pas 1,8G. Mais ensuite, à 10h18 GMT, l'ordinateur passe en mode de secours, qui consiste à faire revenir le vaisseau selon une trajectoire balistique.

La charge augmente brutalement jusqu'à atteindre 8,5 ou 8,6G, et finalement Soyouz TMA-10 atterrit à 10h36 GMT à 340km à l'ouest du point prévu à l'origine. Le site d'atterrissage est situé à 10km du village de Tolibaï, au Kazakhstan.

Fig. 65 : Atterrissage de Soyouz TMA-10, 21 octobre 2007.
Crédit : DR.

Les équipes de récupération des FPSU parviennent rapidement sur place et les cosmonautes sont extraits du vaisseau à 10h55 GMT. Ils sont alors emmenés à Koustanaï pour la traditionnelle cérémonie de bienvenue, puis un avion les conduit à la Cité des Etoiles.

A la RKK Energuia, une commission d'enquête est formée pour déterminer les causes du retour balistique. Le 29 janvier, elle annonce que ce serait un câble défaillant reliant le panneau de contrôle aux équipements du SA qui serait à l'origine du problème.

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