Soyouz-22 | Historique

1. L'origine de la mission

L'Institut de Recherche Spatiale (IKI) de l'Académie des Sciences d'Union soviétique s'est doté en 1967 d'un département de mesures physiques et optiques (OFO), dirigé par Yan ZIMANN. En 1973, il réalise sur les vols Soyouz-12 et Soyouz-13 les premières expérimentations soviétiques en matière d'observation de la Terre en multispectral, à l'aide de l'appareil LKSA-3.

L'IKI souhaite aller plus loin dans ses investigations, et cherche à développer un appareil photo multispectral à haute résolution qui serait monté sur les stations orbitales DOS. L'entreprise est-allemande Carl Zeiss est intéressée par ce projet, et s'engage à fournir à l'IKI l'appareil MKF-6 (Многозональный Космический Фотоаппарат).

Fig. 1.1 : L'appareil multispectral MKF-6 avec ses six cassettes.
Musée Mémorial de la Cosmonautique. Crédit : Nicolas PILLET.

A l'IKI, le projet est sous la responsabilité du directeur adjoint Youri KHODAREV [1]. La coopération germano-soviétique sur ce programme se fera dans le cadre du programme Intercosmos.

Avant de monter le MKF-6 de façon définitive et irréversible sur une station DOS, il est jugé préférable de le tester en conditions réelles à bord d'un vaisseau Soyouz. Compte tenu de l'encombrement de l'appareil, un vol spécialement dédié à cette expérience, baptisée Radouga, est mise sur pieds.

Fig. 1.2 : Le cahier des charges de l'IKI pour Carl Zeiss, signé le 26 juin 1975.
Crédit : Die Deutschen im Weltraum.

Le vaisseau sera équipé, à la place de sa pièce d'amarrage, d'un compartiment spécifique de 250kg pour héberger le MKF-6. Il s'agit d'un cylindre hermétique de 1,3m de diamètre, doté d'un hublot latéral de 420mm de diamètre [3].

Fig. 1.3 : Copie du BO de Soyouz-22, avec le compartiment de l'appareil MKF-6.
Musée de la RKK Energuia. Crédit : Nicolas PILLET.

L'appareil MKF-6, sans ses cassettes de pellicule de 70mm, a une masse de 70kg. Chaque cassette a une masse de 13kg. Le MKF-6 peut photographier dans six canaux entre 480nm et 840nm à l'aide de ses objectifs Pinatar 4/125.

Fig. 1.4 : Les objectifs du MKF-6, vus de dessus et de dessous.
Crédit : Союз-22 исследует Землю.

Fig. 1.5 : Le boîtier de commande et le pupitre de contrôle de secours du MKF-6.
Crédit : Союз-22 исследует Землю.

Fig. 1.6 : Le pupitre de contrôle du MKF-6.
Crédit : Союз-22 исследует Землю.

2. Réutilisation d'un vaisseau d'Apollo-Soyouz

Dans le cadre du programme Apollo-Soyouz, six vaisseaux Soyouz-M (11F615A12) avaient été construits. Les deux premiers (n°71 et 72) ont servi à des essais en vol, et le troisième (n°73) a réalisé une répétition du vol conjoint (Soyouz-16).

Le cinquième exemplaire (n°75), baptisé Soyouz-19, est celui qui a servi pour le véritable vol conjoint. Le sixième vaisseau (n°76) avait été placé sur le pas de tir en secours, en cas de problème avec Soyouz-19. Comme il avait été approvisionné en ergols, il n'est plus utilisable et sera démantelé.

Le quatrième exemplaire (n°74) a servi de seconde réserve, en cas de défaillance cumulée des vaisseaux n°75 et 76. Ses réservoirs n'avaient pas été remplis, et il est donc toujours bon de vol. En revanche, sa garantie expire en 1976. Le projet MKF-6, décidé en 1973, devra donc être mené à son terme en deux ans et demi [1].

Le vaisseau Soyouz-M n°74 va devoir être modifié en profondeur. Son système d'amarrage APAS est démonté, et un compartiment cylindrique spécialement conçu pour cette mission est installé à sa place. Ce compartiment abritera la caméra MKF-6, et un pupitre de commande sera installé dans le Compartiment de Vie (BO).

Fig. 2.1 : La caméra multispectrale MKF-6 dans son compartiment.
Académie Pierre-le-Grand. Crédit : Danila ROMANOV, Konstantin VOUTSEN.

Par ailleurs, un container spécial est installé dans le Compartiment de Descente (SA) afin d'accueillir les cassettes de pellicules que les cosmonautes ramèneront sur Terre [3]. Le vaisseau évoluera sur une orbite inclinée à 64,8°, et non pas à 51,6° comme à l'accoutumée, de façon à pouvoir observer tout le territoire est-allemand et 78% du territoire soviétique [4].

Fig. 2.3 : Schéma de Soyouz-22, avec le compartiment de la caméra MKF-6.
Crédit : Мировая Пилотируемая Космонавтика.

3. Choix des équipages

En janvier 1976, trois équipages sont formés pour la mission MKF-6. L'équipage principal sera commandé par Valeri BIKOVSKI, le vétéran de Vostok-5, qui aura Vladimir AKSIONOV pour ingénieur de bord [2].

Poste Principal Réserve 2ème réserve
Commandant BIKOVSKI MALYCHEV POPOV
Ingénieur de bord AKSIONOV STREKALOV ANDREÏEV
Tableau 1 : Les équipages de Soyouz-22.

L'affectation des cosmonautes est très tardive, et l'examen final devant les valider (ou non) pour le vol a lieu dès le mois de mars 1976, ce qui leur laisse donc à peine deux mois pour se préparer [4]. Yan ZIMANN avait d'ailleurs proposé que le vol soit réalisé avec un cosmonaute allemand, mais les délais ne permettaient pas de le former [1]. Sigmund JÄHN volera deux ans plus tard à bord de Soyouz-31.

Bibliographie

[1] KOTTSOV, V., Вехи космической съёмки, in ZAÏTSEV, Y., 50 лет ИКИ РАН, Обратный отсчет 3, Moscou, 2015, p. 150
[2] BATOURINE, Y., Мировая Пилотируемая Космонавтика, Moscou, 2005, p. 258
[3] SAGDEÏEV, R., Et al., Союз-22 исследует Землю, Moscou, 1980
[4] AKSIONOV, V., Дорогами испытаний, Moscou, 2012