Soyouz-22 | Chronologie

Le 35ème lanceur Soyouz-U (11A511U n°Э15000-69) a décollé du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 15 septembre 1976 à 09h48'30,026" GMT.

La charge utile est constituée du vaisseau spatial Soyouz-22 (11F615A12 n°74), occupé par le commandant Valeri BIKOVSKI et l'ingénieur de bord Vladimir AKSIONOV. Il est placé avec succès sur orbite basse (192,6km x 317,9km x 64,76°) [2]. C'est la première fois depuis les vols Vostok et Voskhod qu'un vaisseau habité soviétique évolue sur une orbite autant inclinée.

Fig. 1 : Décollage de Soyouz-22, 15 septembre 1976.
Crédit : INA.

A environ 10h00 GMT, les cosmonautes retirent leurs scaphandres Sokol-K et ouvrent l'écoutille entre le Compartiment de Descente (SA) et le Compartiment de Vie (BO). A 14h03 GMT, BIKOVSKI prend les commandes manuelles du vaisseau afin d'orienter le MKF-6 en direction de la Terre.

Le moteur SKD est mis en service le 15 septembre 1976 à 15h54'14" GMT (dV=11,76m/s) et à 16h37'07" GMT (dV=20,39m/s) afin de circulariser l'orbite (250km x 280km x 64,8°) [1].

Lors des orbites n°6 et 7, ils chargent les deux premières cassettes dans l'appareil MKF-6 et contrôlent son bon fonctionnement. Le 16 septembre 1976, BIKOVSKI oriente le vaisseau moteur vers l'avant, et il ouvre le capot du MKF-6. La première séance d'utilisation de l'appareil est réalisée lors de l'orbite n°16.

Fig. 2 : Valeri BIKOVSKI avec l'appareil MKF-6.
Crédit : Itar-Tass.

Ce même jour, l'équipage entame une série d'expériences sur la croissance des micro-organismes (Rost), sur la génétique (Guenetitcheskie isledovania), ainsi que sur la réfraction de l'atmosphère (Izoutchenie refraktsi i prozratchnosti atmosfery). Lors des orbites 20 et 21, AKSIONOV réalise l'expérience Vspychka, destinée à étudier les flashs que certains cosmonautes et astronautes ont pu observer lors de vols précédents.

Les observations avec Vspychka sont notamment réalisées lors de la traversée de l'anomalie magnétique de l'atlantique sud. Les cosmonautes n'observent aucun flash lors de cette séance de la vingt-et-unième orbite. Ce même 16 septembre 1976, Günter MITTAG, secrétaire à l'économie du Parti socialiste unifié d'Allemagne, visite le TsUP. Le 17 septembre 1976, l'équipage réalise les expériences Embrionalnie razvitie, Bioritm et Gravitatsia. Sur demande de l'IKI, une séance d'observation non prévue au programme est réalisée lors de l'orbite n°34.

Fig. 3 : L'expérience Vspychka.
Musée Mémorial de la Cosmonautique. Crédit : Nicolas PILLET.

Le 18 septembre 1976, l'équipage réalise l'expérience Fotografirovanie Luny, qui consiste à évaluer les caractéristiques optiques de l'appareil MKF-6 et de son hublot en photographiant la Lune, qui sert ici d'étalon. BIKOVSKI doit orienter manuellement le vaisseau, et l'expérience est réaliser lors de l'orbite n°46. Lors de l'orbite n°48, les cosmonautes réitèrent l'expérience Vspychka et, cette fois, ils observent bien des flashs.

Le 19 septembre 1976, les cosmonautes réalisent de nouveau l'expérience Bioritm, qui vise à étudier la sortie d'un être vivant (en l'occurrence, des plantes lemna) de l'état de biostase. Le 20 septembre 1976, les séances d'observation avec le MKF-6 de l'URSS et de la RDA sont annulées, car les zones à observer sont sous une épaisse couche nuageuse.

A la place, l'équipage réalise des essais des instruments VPSO (Визир Планетно-Солнечной Ориентации) et PVKO (Прибор Визуального Контроля Ориентации) qui permettent de baser l'orientation manuelle du vaisseau sur le repérage par rapport au Soleil ou à l'horizon terrestre. Ces systèmes ont vocation à devenir des moyens de secours pour les vaisseaux Soyouz en cas de défaillance des moyens normaux [1][3].

A un moment du vol, l'appareil photo que les cosmonautes utilisent pour certaines de leurs expériences tombe en panne. Ni le TsUP, ni l'usine Arsenal de Kiev qui l'a construit, ne parviennent à trouver le moyen de le réparer. Finalement, l'équipage réussira à le faire fonctionner [3].

Fig. 4 : Valeri BIKOVSKI observe la Terre.
On remarque les portraits de GAGARINE, KOMAROV et BELIAÏEV,
les trois cosmonautes disparus respectivement en 1968, 1967 et 1970.
Crédit : Itar-Tass.

Un incident potentiellement plus grave est également rencontré. Lors du changement des cassettes de pellicule de l'appareil MKF-6 (la raison d'être de la mission), le mécanisme se coince et l'équipage ne parvient pas à extraire la cassette pleine. L'opération doit se dérouler dans l'obscurité, afin d'éliminer le risque de surexposer les pellicules, ce qui n'est pas de nature à simplifier les choses.

Les cosmonautes font une deuxième tentative, tout aussi infructueuse. Ils hésitent à allumer la lumière, mais décident d'essayer une dernière fois dans l'obscurité. Cette fois, la cassette récalcitrante finit par s'extraire ! Cet incident n'est pas évoqué lors des communications avec le TsUP, et les cosmonautes n'en parleront aux ingénieurs de Carl Zeiss qu'après leur atterrissage [3].

Le 22 septembre 1976, l'équipage et le TsUP réalisent une répétition générale du retour sur Terre. Le lendemain, lors de l'orbite n°125, les cosmonautes prennent leur dernier petit-déjeuner en apesanteur. Lors de l'orbite 126, un examen médical confirme la capacité des deux hommes à supporter la descente, et la séquence de retour est amorcée. Les cosmonautes revêtent leurs scaphandres Sokol-K et ferment l'écoutille entre le SA et le BO.

Le moteur SKD est mis en service comme prévu le 23 septembre 1976 à 06h55'20,7" GMT, lors de l'orbite n°127. Lors de la descente, le parachute primaire (OSP) ne s'ouvre pas à l'instant auquel s'y attendaient les cosmonautes. Le parachute secondaire (ZSP) ne s'ouvre pas non plus.

J'attendais le choc... Si certains prétendent que, lors de nos dernières minutes, toute notre vie et ses principaux moments défilent devant nos yeux, il ne m'est rien arrivé de tel. J'ai réfléchi, j'ai pensé : tout s'est passé normalement, et c'est à la dernière étape que... Mais il n'y a eu ni panique, ni perte de la maîtrise de nous mêmes, tous nos sentiments étaient à l'intérieur...

Vladimir AKSIONOV [3]
Traduction Nicolas PILLET

Mais l'OSP finit par s'ouvrir, et le Compartiment de Descente (SA) atterrit sans incident à 07h40'47" GMT à 150km au nord-ouest de Tselinograd (aujourd'hui Astana), à l'endroit prévu. L'équipage est transféré par hélicoptère jusqu'à Astana, puis emmené en avion à Baïkonour [4].

Fig. 5 : Soyouz-22 après son atterrissage au Kazakhstan, 23 septembre 1976.
Crédit : DR.

L'enquête montrera que le parachute s'est ouvert exactement à l'instant prévu, mais que la documentation dont les cosmonautes disposaient à bord était recopiée d'un vol précédent, et n'indiquait pas la bonne séquence [3] !

Le vol de Soyouz-22 aura duré 7 jours 21 heures et 52 minutes. Son Compartiment de Descente (SA) est maintenant exposé au musée d'Izhevskoïe, village natal de Konstantin TSIOLKOVSKI dans la Région de Riazan, d'où AKSIONOV est originaire.

Bibliographie

[1] SAGDEÏEV, R., Et al., Союз-22 исследует Землю, Moscou, 1980
[2] Registre de l'Organisation des Nations Unies
[3] AKSIONOV, V., Дорогами испытаний, Moscou, 2012
[4] AFANASSIEV, I., Et al., Возвращение из Космоса, Moscou, 2012


Dernière mise à jour : 28 août 2016