Mir EO-17 | Chronologie1. Lancement du vaisseau Soyouz TM-20Le 69ème lanceur Soyouz-U2 (11A511U-2 n°Я15000-074) décolle du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 3 octobre 1994 à 22h42’29,947" GMT.
Fig. 1.1 : Décollage de Soyouz TM-20. La charge utile est constituée du vaisseau spatial Soyouz TM-20 (11F732A51 n°69), qui est placé avec succès sur une orbite basse (200,0km x 249,6km x 51,65°). Il a une masse de 7170kg, et son équipage est constitué du commandant Aleksandr VIKTORENKO, de l'ingénieur de bord Elena KONDAKOVA et du cosmonaute-expérimentateur Ulf MERBOLD, qui vole dans le cadre de la mission de visite EP-12 « EuroMir-94 ». Le vaisseau réalise un rendez-vous en trente-quatre orbites avec la station orbitale Mir, et accomplit plusieurs corrections d’orbite. La troisième correction est mise en œuvre sans l’aide du TsUP à cause d’une défaillance sur un système de transmission au sol. Le système électrique de Soyouz TM-20 bascule automatiquement sur ses batteries de secours pour une raison inconnue. Le PKhO du Module de Base de la station est occupé par le vaisseau Progress M-24, qui s’en sépare le 4 octobre 1994 à 18h55’52" GMT pour laisser la place à Soyouz TM-20.
L’équipage du Soyouz met le système de rendez-vous automatique Kours en service le 5 octobre 1994 à 22h30 GMT. L’approche initiale se passe bien mais, le 6 octobre 1994 à 00h16’31" GMT, alors que Soyouz TM-20 n’est qu’à 10m de Mir, le Kours cesse de fonctionner. Le problème vient du boîtier situé sur Mir, et il est similaire à celui rencontré lors de l’amarrage de Progress M-24 quelques semaines plus tôt. VIKTORENKO prend les commandes manuelles du vaisseau, et KONDAKOVA monte dans le BO pour le guider. Le commandant réalise l’amarrage sur le PKhO du Module de Base avec succès à 00h28’15" GMT.
Fig. 1.2 : Mir vue de Soyouz TM-20. Les cosmonautes retrouvent l’équipage EO-16 à bord de Mir, constitué de Youri MALENTCHENKO, Talgat MOUSSABAÏEV et Valeri POLIAKOV. Après la traditionnelle conférence de presse télévisée, les cosmonautes échangent les coques des couchettes Kazbek de POLIAKOV et MERBOLD. 2. La période de transitionSur Mir, le système Vozdoukh ne fonctionne pas depuis quelques jours à cause d’un problème sur le deuxième Bloc de Mise sous vide des Vannes, appelé BVK-2 (Блок Вакуумирования Клапанов), qui fait partie du Bloc d’Air Conditionné BKV-3 (Блок Кондиционирования Воздуха) du système SRV-K. Mais les cosmonautes parviennent à le redémarrer avec l’aide du TsUP en n’utilisant que les blocs BVK-1 et BVK-3. Le 7 octobre 1994, MALENTCHENKO et MOUSSABAÏEV remplacent le distillateur du système SRV-U. Le 8 octobre 1994, la pompe à vide VN (Вакуумный Насос) du système de filtration de l’atmosphère SOA tombe en panne du fait de l’hygrométrie très élevée à bord de la station (pression partielle de 15mmHg). Les cosmonautes remplacent la pompe, ainsi que son commutateur APVN (Автоматический Переключатель ВН), le 9 octobre 1994, mais la nouvelle pompe tombe elle aussi en panne, l’hygrométrie n’ayant pas diminué. Le 10 octobre 1994, le SOA est remis en service sans la pompe VN. Les cosmonautes sèchent la pompe en la plaçant pendant deux jours dans le sas ChK. Toujours le 9 octobre 1994, le système Elektron du module Kvant-2 est mis en service. Le 11 octobre 1994, à 00h22 GMT, l’alarme « tension basse » apparaît dans le module Kvant-2, ce qui a pour conséquence de mettre ses actionneurs gyroscopiques hors service et donc de décharger les batteries. Le problème vient du démarrage du distillateur du système de traitement de l’urine SPKU (Система Переработки Урины) qui consomme 650W, alors que les ressources en énergie sont très sollicitées du fait que six cosmonautes vivent à bord. Le distillateur est mis à l’arrêt, et le TsUP redémarre les actionneurs gyroscopiques. Le 12 octobre 1994, l’alarme « tension basse » apparaît de nouveau car la station n’est pas orientée correctement. Les cosmonautes utilisent les moteurs de Soyouz TM-19 pour rétablir l’orientation, et les batteries peuvent se recharger. Huit actionneurs gyroscopiques (SG-1E, 2E, 3E, 4E, 2D, 3D, 5D et 6D) sont redémarrés le 14 octobre 1994. Le 15 octobre 1994, une cartouche de production d’oxygène TGK (Твердотопливный Генератор Кислорода) chauffe et provoque un léger dégagement de fumée. POLIAKOV l’éteint en la frottant contre sa poitrine. Le TsUP recommande aux cosmonautes de porter leurs masques de protection, mais ceux-ci n’estiment pas cette précaution utile et la déclinent. Le 16 octobre 1994, l’équipage tente de redémarrer le système Elektron, mais sans succès car il déclenche automatiquement du fait de la présence de bulles d’air dans le circuit. Avec six cosmonautes à bord, l’indisponibilité du système Elektron est compensée par la consommation de six TGK par jour. Le 18 octobre 1994, MALENTCHENKO installe l’instrument américain SAMS sur le four Gallar afin de mesurer les microaccélérations auxquelles il est sujet lors de la prochaine expérience de cristallisation. Le 20 octobre 1994, les cosmonautes déplacent le congélateur de l’ESA du module Kvant-2 vers le module Kristall, puis ils redémarrent l’actionneur gyroscopique SG-6E. Le 22 octobre 1994, ils doivent utiliser huit TGK au lieu de six, car deux ne fonctionnent pas. Le 24 octobre 1994, VIKTORENKO teste les moteurs DPO du vaisseau Soyouz TM-20, et il s’avère que l’un d’eux ne fonctionne pas correctement. Le 29 octobre 1994, les cosmonautes réparent l’actionneur gyroscopique SG-5E avec succès. Le 2 novembre 1994, MALENTCHENKO, MOUSSABAÏEV et MERBOLD embarquent dans le vaisseau Soyouz TM-19 et se séparent du module Kvant à 10h40'10" GMT. Le but de la manœuvre est de tester le deuxième mode de fonctionnement du système Kours, dans lequel l'antenne rotative 3AO-VKA située sur la station est exclue de la logique. Quand le vaisseau est à 60m de Mir, MALENTCHENKO prend les commandes manuelles et il réalise l'amarrage sur Kvant à 11h14'57" GMT. Soyouz TM-19 se sépare définitivement du module Kvant le 4 novembre 1994 à 07h31'30" GMT, avec MALENTCHENKO, MOUSSABAÏEV et MERBOLD à son bord. Les trois cosmonautes atterrissent sans incident au Kazakhstan. Le 9 novembre 1994, à 05h19 GMT, le signal « tension basse » apparaît et les cosmonautes doivent réduire la consommation d’énergie. Ils commencent ensuite les expériences Ritm-1 et Skorost, qui vise à étudier la combustion des matériaux en microgravité. 3. Arrivée du vaisseau Progress M-25Le vaisseau ravitailleur Progress M-25 décolle de Baïkonour le 11 novembre 1994 et s’amarre sans incident sur le module Kvant le 13 novembre 1994 à 09h04'27" GMT. Le 15 novembre 1994, VIKTORENKO et KONDAKOVA configurent le vaisseau pour que ses moteurs DPO puissent être utilisés pour le maintien de l’orientation de Mir. Le but est d’utiliser au maximum les ergols présents dans ses réservoirs.
Fig. 3.1 : VIKTORENKO et POLIAKOV à bord du
Module de Base. Le 17 novembre 1994, les cosmonautes remplacent la pompe à vide VN du système de filtration de l’atmosphère SOA. Le nouvel exemplaire a été apporté par Progress M-25. Le système redémarre, mais déclenche après moins d’une minute de fonctionnement. Le 18 novembre 1994, VIKTORENKO et KONDAKOVA remplacent tout le bloc BVK du SOA, et ils découvrent qu’un joint est absent sur une des vannes. Une fois ce problème corrigé, le système redémarre normalement. Le 21 novembre 1994, VIKTORENKO et KONDAKOVA déconnectent les moteurs du module Kristall du système d’orientation de la station, et connectent à leur place les moteurs du module Kvant-2. Le 23 novembre 1994, ils démontent l’instrument Vika dans le module Kvant-2, car il générait une quantité anormale de condensation. Ils devaient ensuite tourner une publicité pour des vitamines, mais ils indiquent au TsUP qu’ils ne le feront pas sans une demande officielle de l’IMBP. 4. Multiples défaillances de l’ordinateur de bordLe 7 décembre 1994, les cosmonautes installent le nouveau relai UZ-1 sur le convertisseur de courant PTAB de l’une des batteries de la station. Mais ils font une mauvaise manipulation et les PTAB de toutes les batteries qui sont coupés. Les actionneurs gyroscopiques ne sont donc plus alimentés, et la station perd son orientation. Le TsUP les redémarre SG-1E, -2E, -4E, -5E, -6E, -2D, -3D, -5D et -6D le 9 décembre 1994. La manœuvre a coûté 24kg d’ergols. Le 14 décembre 1994, les cosmonautes installent l’instrument Reper, qui sera utilisé pour mesurer les caractéristiques de la station en mode dynamique lors de la correction d’orbite prévue le lendemain. Un programme informatique particulier a été écrit pour commander les moteurs de la station pendant la correction de façon à fournir des données pour l’expérience. Le 14 décembre 1994 à 14h38 GMT, le TsUP réalise un essai des moteurs et lance l’expérience Reper à 17h46 GMT. Mais l’alarme « Vérifier le Système de Contrôle des Mouvements (SUD) » apparaît à 17h47’20" GMT, et les actionneurs gyroscopiques sont arrêtés. Le TsUP conclut que le problème vient de Reper, et les cosmonautes débranchent l’instrument le 15 décembre 1994, puis ils utilisent trois cartouches TGK pour produire de l’oxygène pendant qu’Elektron est à l’arrêt pour économiser la puissance électrique. Le TsUP redémarre les actionneurs SG-1E, -2E, -4E, -5E, -6E, -2D, -3D, -5D et -6D le 16 décembre 1994. Mais trois heures plus tard, l’ordinateur TsVM-1 tombe en panne et les actionneurs sont de nouveau arrêtés. Le 17 décembre 1994, les cosmonautes remplacent le TsVM-1 et le TsUP le teste avec succès. Mir retrouve son orientation, ce qui consomme 150kg d’ergols. Les actionneurs gyroscopiques sont redémarrés le 18 décembre 1994 (SG-1E, -2E, -4E, -5E, -6E, -2D, -3D, -5D et -6D) mais, quelques minutes plus tard, à 15h40 GMT, le TsVM-1 retombe en panne et la station perd de nouveau son orientation. Le 19 décembre 1994, les cosmonautes changent le Module de Mémoire Centrale TsMO (Центральный Модуль Обмена) qui, selon le TsUP, serait la cause du problème. Ils changent également le Boîtier d’Émission des Commandes de Contrôle BVKU (Блок Выдачи Команд Управления). Le TsVM-1 est redémarré le 20 décembre 1994 à 10h43 GMT, et il retombe en panne à 11h55 GMT. Les cosmonautes remettent l’ancien BVKU en place, et le TsUP démarre l’ordinateur de secours TsVM-2 (de type Argon-16). Le 21 décembre 1994, le TsUP démarre le TsVM-1 à six reprises, mais il déclenche à chaque fois. En l’absence d’ordinateur fonctionnel, la station n’est pas orientée correctement et la puissance électrique disponible à bord est très faible. Le 22 décembre 1994, les cosmonautes tentent de déconnecter les seize câbles du BVKU, puis ils démarrent le TsVM-1 avec succès. Ils remplacent ensuite le boîtier MUR-2-1, et il s’avère que le TsVM-1 fonctionne mais qu’il ne reçoit pas le signal de synchronisation en provenance du SUBK. Le 23 décembre 1994, les cosmonautes remplacent aussi le boîtier MUR-2-2. Ils redémarrent le TsVM-1 le 24 décembre 1994 à 06h58 GMT, et il déclenche à 08h13 GMT. La situation énergétique à bord devient critique, et le TsUP démarre le TsVM-2 le temps de rétablir l’orientation de Mir. A 17h52 GMT, les cosmonautes démarrent le TsVM-1 sans la voie C, et tout fonctionne bien. Ils tentent de fonctionner avec les voies A et C à 19h27 GMT, et l’ordinateur déclenche. Le 25 décembre 1994, le TsUP conclue que le module mémoire TsMO de la voie C est la cause du problème. Ils le déconnectent le 26 décembre 1994 et installent un nouvel exemplaire le 27 décembre 1994. Ils démarrent le TsVM-1 à 08h50 GMT, dans un premier temps en déconnectant la voie C du TsMO. Tout fonctionne bien, et le TsUP tente ensuite de connecter le TsMO. L’ordinateur continue de fonctionner, mais il déclenche à 19h56 GMT. Le 28 décembre 1994, les cosmonautes tentent de remplacer une carte du TsMO appelée MBP. Ils redémarrent le TsVM-1, puis déconnectent le PMO, et l’ordinateur se fige. Le 29 décembre 1994, ils le redémarrent et reconnectent les voies A et C du TsMO. Le TsUP peut redonner une orientation correcte à la station. Neuf actionneurs gyroscopiques (SG-1E, -2E, -4E, -5E, -6E, -2D, -3D, -5D et -6D) sont redémarrés le 30 décembre 1994.
Fig. 4.1 : KONDAKOVA et VIKTORENKO fêtent le
Nouvel An. Le 1er janvier 1995, le capteur de vitesse angulaire Omega tombe en panne, et la station perd son orientation. Celle-ci est rétablie en utilisant le capteur Ort. Le 6 janvier 1995, le TsUP tente de reconnecter Omega, mais cela fait déclencher tout le système d’orientation SUD, et la station perd son orientation. Le capteur Ort est reconnecté, et l’orientation est retrouvée. Le 9 janvier 1994, POLIAKOV bat le record de durée du plus long vol orbital, détenu jusque-là par TITOV et MANAROV depuis la mission EO-3. 5. Essai du système KoursSuite aux dysfonctionnements du système Kours rencontrés en 1994, un nouveau mode de fonctionnement avait été développé afin d’exclure l’antenne 3AO-VKA – à l’origine du problème - de la séquence de rendez-vous. Lors de l’essai du 2 novembre 1994, Soyouz TM-19 avait pu contrôler que ce nouveau mode de fonctionnement était opérationnel sur le module Kvant. Le 11 janvier 1995, VIKTORENKO, KONDAKOVA et POLIAKOV embarquent à bord de Soyouz TM-20 dans le but de réaliser un nouvel essai, cette fois sur le PKhO du Module de Base. Ils chargent à bord tout le matériel qui devrait être ramené sur Terre au cas où l’amarrage ne serait pas possible. VIKTORENKO referme l’écoutille à 04h30 GMT, et le vaisseau se sépare du PKhO à 09h00’22" GMT. Il s’éloigne de Mir sous l’action des ressorts (dV=0,12m/s) et, quand la distance est de 40m, les moteurs DPO-B augmentent la vitesse d’éloignement (dV=0,60m/s). Soyouz TM-20 se stabilise ensuite à 190m de la station, mais le système Kours indique qu’il en est à 161m. Ensuite, les cosmonautes doivent se livrer à une petite manipulation. La logique de contrôle n’a pas été prévue pour qu’un Soyouz se réamarre au même module qu’il a quitté. Habituellement, le réamarrage se fait sur le module opposé (soit de Kvant vers le PKhO, soit du PKhO vers Kvant). Vu que Soyouz TM-20 était sur le PKhO, l’ordinateur en déduit obligatoirement que le réamarrage se fera sur Kvant. Les cosmonautes pourraient prendre les commandes en manuel pour contourner le problème mais, dans le cas présent, l’objectif est justement de tester le régime automatique. Ils sont donc contraints de « duper » l’ordinateur, en le laissant dans un premier temps guider le vaisseau vers Kvant puis, quand la manœuvre a à peine commencé (en l’occurrence, quand le vaisseau a seulement pivoté de 14°), VIKTORENKO prend les commandes en manuel le temps que KONDAKOVA rentre de nouveau dans l’ordinateur que la cible est le PKhO. Et là, l’ordinateur comprend qu’il doit viser le PKhO. L’approche se déroule de façon parfaitement nominale en automatique, et l’amarrage sur le PKhO est réalisé à 09h27’55" GMT. La manœuvre a consommé 50kg d’ergols, il en reste 421kg dans les réservoirs du vaisseau. Le 13 janvier 1995, les cosmonautes réalisent des observations astrophysiques avec le spectromètre gamma SPIN-6000. Le 16 janvier 1995, ils font passer un scaphandre Orlan-DMA par l’écoutille du module Kvant pour vérifier si ce serait possible en cas de nécessité d’évacuation après une dépressurisation.
Fig. 5.1 : Un scaphandre Orlan-DMA à bord du
Module de Base. Le 22 janvier 1995, l’équipage constate que le système SRV-K ne fonctionne pas normalement. L’eau récupérée n’arrive pas dans les containers d’eau potable KPV (Контейнер Питьевой Воды) mais part directement dans les containers d’eau technique KTV (Контейнер Технической Воды). Le 25 janvier 1995, POLIAKOV réalise l’expérience Mikrovzor à l’aide d’un microscope. Le 29 janvier 1995, pour la première fois, une séance de communication avec Mir dure 75 minutes. Cela est possible car un second satellite Loutch est maintenant opérationnel. Il faut 18 minutes pour que l’antenne ONA de Mir bascule entre un satellite et l’autre, mais la station était alors dans la zone de visibilité des stations sol, et il n’y a donc pas eu d’interruption. 6. Rendez-vous avec la navette spatiale Discovery STS-63La navette spatiale américaine Discovery STS-63 décolle du Centre Spatial Kennedy le 3 février 1995 à 05h22’03,994" GMT. L'équipage est constitué du commandant James WETHERBEE, de la pilote Eileen COLLINS et des spécialistes de mission Bernard HARRIS, Michael FOALE, Janice VOSS et Vladimir TITOV. L’objectif principal de la mission est de réaliser un rendez-vous avec Mir pour valider les différentes techniques utilisées lors de l’approche en préparation du vol STS-71 prévu quelques mois plus tard. Les autres objectifs de STS-63 sont de larguer, puis de récupérer le satellite SPARTAN-204, de larguer les satellites ODERACS-2 et de réaliser des recherches à bord du module SPACEHAB. Les cosmonautes à bord de Mir sont en mesure d’observer le décollage de Discovery et ils le filment avec l’instrument Fialka. Quelques instants après la mise sur orbite, le centre de contrôle de Houston informe l’équipage de la navette que deux des moteurs RCS, le R1U et le L2D, présentent une anomalie au niveau de la pression dans leur chambre et seront donc inutilisables. Le R1U est aussi l’objet d’une fuite de peroxyde d’azote avec un débit de 0,9 à 1,4kg/h. Pour interrompre la fuite, l’équipage devrait isoler une portion du circuit mais, en faisant cela, il rendrait inutilisable le moteur R1A qui est indispensable pour réaliser le rendez-vous avec Mir. WETHERBEE oriente Discovery de façon que le R1U soit au Soleil, ce qui pourrait aider à fermer sa vanne d’isolement si elle était bloquée par du givre, mais cela ne fonctionne pas. Le 4 février 1995, un essai des RCS fait apparaître une fuite de peroxyde d’azote de 2,7kg/h sur le moteur F1F, qui est également indispensable pour le rendez-vous. Les astronautes isolent le circuit et tournent le moteur vers le Soleil, et des essais d’allumage le 5 février 1995 conduisent à le considérer parfaitement fonctionnel. Le 6 février 1995, la navette arrive à proximité de Mir. Les cosmonautes préparent le vaisseau Soyouz TM-20 pour une évacuation d’urgence en cas de problème. Discovery va d’abord s’approcher de Mir à 121m (400 pieds), puis une autorisation bilatérale sera nécessaire pour poursuivre les opérations. Au début de la journée, la navette est à 1100km de la station, avec un angle de phase de 9,2° qui diminue de 1,33° par orbite. Discovery réalise deux manœuvres à 14h16 GMT et à 15h02 GMT pour rehausser respectivement l’apogée et le périgée de son orbite, de façon à se retrouver à 14,8km de Mir.
Fig. 6.2 : Discovery vue de Mir, avec le module Kristall en premier plan. A 15h25 GMT, la NASA annonce qu’elle considère la fuite sur le moteur R1U comme acceptable tant que les moteurs L1A, L3A et R3A sont opérationnels, et Discovery est donc autorisée à s’approcher de Mir. Si l’un de ces trois moteurs venait à dysfonctionner, ou si l’équipage de Mir détectait quelque chose s’anormal en observant le moteur, la navette se replierait immédiatement à 121m. La manœuvre d’approche finale commence à 16h37 GMT. A la distance de 610m, WETHERBEE prend le contrôle manuel et atteint les 121m à 18h21’07" GMT. Aucune alerte n’étant émise concernant le moteur R1U, il poursuit l’approche et atteint la distance minimale de 11,3m (mesurée sur la cible du PSO module Kristall) à 19h23’20" GMT. La navette commence à reprendre de la distance à 19h32 GMT. Quelques instants plus tard, le Président Bill CLINTON s’entretient avec l’équipage de Discovery.
Fig. 6.4 : Le Président CLINTON (à droite) et le
vice-Président GORE Le 10 février 1995, les moteurs de Progress M-25 sont mis en service à 18h35’42" GMT pour réaliser une correction de l’orbite de la station (dt=74", dV=2m/s, dh=6km, dm=62kg). La navette Discovery STS-63 atterrit sans incident au Centre Spatial Kennedy le 11 février 1995 à 11h50’19,054" GMT. Sa mission a duré 8 jours 6 heures 28 minutes 15 secondes. 7. Arrivée du vaisseau Progress M-26Le vaisseau de ravitaillement Progress M-26 décolle de Baïkonour le 15 février 1995. Le vaisseau Progress M-25 se sépare du module Kvant le 16 février 1995 à 13h02’30" GMT pour lui laisser la place. Progress M-26 s’amarre sans incident sur le module Kvant le 17 février 1995 à 18h21’33" GMT.
Fig. 7.1 : Décollage de Progress M-26. Le 20 février 1995, les cosmonautes installent les dosimètres PRD de l’expérience T-86-1, dans le cadre de la coopération avec la NASA. Ils doivent aussi installer d’autres dosimètres (APD), mais ils ne les trouvent pas. Le 21 février 1995, ils changent les plateaux n°8 et 9 de l’instrument Kristallizator du module Kristall, mais ce dernier ne fonctionne pas. Ils installent ensuite des échantillons de cuir artificiel dans la station dans le cadre de l’expérience Talka. Ensuite, ils parviennent à trouver les dosimètres APD et les mettent en place. VIKTORENKO passe la journée du 22 février 1995 à tenter de réparer Kristallizator, mais sans succès. Pendant ce temps, la plate-forme ASP-G-M du module Kvant-2 est télécommandée depuis l’Allemagne pour réaliser des observations de la Terre. Le 24 février 1995, les trois cosmonautes réalisent l’expérience Saliva-F. 8. Multiples défaillances du système d’orientationLe 25 février 1995, l’alarme « Défaillance SUD » apparaît dans le module Kvant-2, ce qui a pour conséquence de mettre les actionneurs gyroscopiques à l’arrêt. La station n’est donc plus orientée et passe sur batteries. D’après le TsUP, le problème vient du boîtier 4SNB qui sert à encoder les informations des capteurs de vitesse angulaire. Les cosmonautes en trouvent un de rechange, le mettent en place et, le 26 février 1995, ils sont prêts à redémarrer les actionneurs gyroscopiques. Mais le signal « tension basse » apparaît à 10h56 GMT, ce qui provoque de nouveau l’arrêt de tout le système d’orientation SUD. VIKTORENKO, KONDAKOVA et POLIAKOV utilisent l’ordinateur TsVM-2 pour rétablir l’orientation sur le Soleil, et les batteries commencent à se recharger. Ces manœuvres se poursuivent le 27 février 1995 et consomment 25,67kg d’ergols. Le 28 février 1995, les cosmonautes remplacent les boîtiers électroniques G-16-5 sur les actionneurs gyroscopiques SG-2E et SG-4E, qui fonctionnaient mal. Les SG-2E est réparé, mais le SG-4E ne fonctionne toujours pas correctement. Huit actionneurs sont redémarrés avec succès le 1er mars 1995 (SG-1E, SG-2E, SG-5E, SG-6E, SG-2D, SG-3D, SG-5D et SG-6D). Le 2 mars 1995, VIKTORENKO intègre le capteur 256K-2,6 au système d’orientation SUD. Le 3 mars 1995, les cosmonautes remplacent le récepteur et l’émetteur du système de télécommande Kvant-V. A 13h52 GMT, le signal « tension basse » apparaît dans le Module de Base. L’équipage arrête la boucle BKV-3 du système Vozdoukh et le télescope Rentgen, ce qui permet de revenir à l’équilibre. Le 4 mars 1995, pour économiser l’énergie, le TsUP demande à l’équipage de maintenir le système Elektron à l’arrêt et d’actionner des cartouches TGK pour produire de l’oxygène. Le 5 mars 1995, VIKTORENKO tente de nouveau de lancer une expérience dans l’instrument Kristallizator, mais celui-ci ne fonctionne toujours pas correctement. Le 6 mars 1995, VIKTORENKO et KONDAKOVA réparent avec succès les actionneurs gyroscopiques SG-3E et SG-4E. A 21h53 GMT, le signal « Défaillance SUD » apparaît, et les actionneurs gyroscopiques s’arrêtent de nouveau. Le problème vient du boîtier mémoire PVU de l’ordinateur TsVM-1. Le 7 mars 1995, le TsUP utilise le TsVM-2 pour rétablir l’orientation de la station. Le 8 mars 1995, le TsUP et les cosmonautes chargent de nouveaux programmes dans la mémoire du TsVM-1, ce qui permet de redémarrer les dix actionneurs gyroscopiques. L’incident aura coûté 55,6kg d’ergols. Le 9 mars 1995, le TsUP arrête le SG-6E car il présente un fonctionnement anormal. Les neuf actionneurs qui restent en service sont les SG-1E, SG-2E, SG-3E, SG-4E, SG-5E, SG-2D, SG-3D, SG-5D et SG-6D. Le 11 mars 1995, à 15h25 GMT, l’alarme « défaillance SUD » apparaît de nouveau, et les actionneurs gyroscopiques sont de nouveau arrêtés. Le 12 mars 1995, les réservoirs de la station sont ravitaillés avec les ergols de Progress M-26 et les cosmonautes remplacent la voie A de l’ordinateur TsVM-1. Les essais menés à l’issue de l’opération montrent qu’il est nécessaire de remplacer le module mémoire de l’ordinateur (TsMO). Après l’avoir fait, les cosmonautes testent de nouveau le résultat, mais sans succès. Ils remplacent alors le BVKU, et le TsVM-1 fonctionne enfin. Dans la nuit, le TsUP commence à redémarrer les actionneurs gyroscopiques. Le 13 mars 1995, le TsVM-1 dysfonctionne de nouveau, et les actionneurs gyroscopiques sont encore arrêtés ! Le TsUP se pose la question de reporter le lancement de Soyouz TM-21, mais des essais montrent que tous les modules de l’ordinateur se comportent normalement. Valeri RIOUMINE, le directeur de vol au TsUP, décide de redémarrer l’ordinateur et de maintenir le lancement du vaisseau de relève. Le TsVM-1 est donc remis en service le matin du 14 mars 1995, et les neuf actionneurs gyroscopiques disponibles sont redémarrés. 9. Arrivée du vaisseau Soyouz TM-21 et retour sur TerreLe vaisseau Soyouz TM-21 décolle de Baïkonour le 14 mars 1995 à 06h11'34,134" GMT avec l’équipage de relève EO-18, constitué des cosmonautes Vladimir DEZHOUROV, Guennadi STREKALOV et Norman THAGARD. Le 15 mars 1995, à 02h26’38" GMT, le vaisseau Progress M-26 se sépare du module Kvant, et VIKTORENKO parvient à redémarrer l’instrument Kristallizator. Soyouz TM-21 s’amarre sans incident sur le module Kvant le 16 mars 1995 à 07h45’25" GMT. Les écoutilles sont ensuite ouvertes, et les deux équipages se retrouvent. Après une semaine de travail en commun, VIKTORENKO, KONDAKOVA et POLIAKOV embarquent à bord du vaisseau Soyouz TM-20 le 22 mars 1995 et se séparent du PKhO du Module de Base à 00h43’08" GMT. Le moteur SKD est mis en service à 03h08’14" GMT (dt=259", dV=115,2m/s). La séparation des compartiments est réalisée à 03h37 GMT, et le Compartiment de Descente (SA) atterrit à 04h03’50" GMT à 54km au nord-est d’Arkalyk, au Kazakhstan.
Fig. 9.1 : POLIAKOV après l'atterrissage de Soyouz TM-20. Le vol de VIKTORENKO et KONDAKOVA a duré 169 jours 5 heures 21 minutes 20 secondes, et celui de POLIAKOV a duré 437 jours 17 heures 58 minutes 17 secondes. Il s’agit encore aujourd’hui du plus long vol spatial jamais réalisé.
Dernière mise à jour : 11 décembre 2024 |
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