MKS-6 | Chronologie

1. Lancement de la navette spatiale Endeavour STS-113

La navette spatiale américaine Endeavour STS-113 décolle du Centre Spatial Kennedy le 24 novembre 2002 à 00h49'47,021" GMT. L'équipage est constitué du commandant James WETHERBEE, du pilote Paul LOCKHART et des spécialistes de mission Michael LOPEZ-ALEGRIA, John HERRINGTON, Kenneth BOWERSOX, Donald PETTIT et Nikolaï BOUDARINE.

Ces trois derniers constituent l'équipage MKS-6 et resteront à bord de la station après le départ d'Endeavour, qui ramènera sur Terre l'équipage MKS-5 constitué de Valeri KORZOUN, Peggy WHITSON et Sergueï TRECHTCHIOV.

Fig. 1.1 : Décollage d'Endeavour STS-113.
Crédit : NASA.

A ce moment, deux vaisseaux sont amarrés sur la station :

- Soyouz TMA-1 sur le module Pirs,
- Progress M1-9 sur le module Zvezda.

L'objectif principal de ce vol d'assemblage 11A, outre l'échange d'équipage, est d'apporter le segment P1 de la poutre centrale ITS. Il abrite notamment la système de refroidissement ACTS (Active Thermal Control System), un système UHF et un second charriot CETA (Crew and Equipment Translation Aid).

Fig. 1.2 : Endeavour STS-113 s'approche de la station.
Crédit : NASA.

Endeavour s'amarre sur le PMA-2 le 25 novembre 2002 à 21h58'40" GMT, et les écoutilles sont ouvertes à 23h31 GMT. Les cosmonautes échangent les couchettes Kazbek du vaisseau Soyouz TMA-1, ce qui marque le début officiel de la mission MKS-6.

Fig. 1.3 : BOUDARINE avec l'une des couchettes Kazbek.
Crédit : NASA.

Le 26 novembre 2002, WETHERBEE pilote le bras RMS de la navette pour lever le P1 de la soute à 15h22 GMT. Il le transmet au bras Canadarm2, piloté par BOWERSOX et WHITSON, à environ 17h00 GMT. Le P1 est ensuite placé dans une position d'attente en face du S0, puis une griffe est actionnée et permet de réaliser la liaison mécanique entre les deux segments.

Fig. 1.4 : Levage du P1 et mise en face du S0.
Crédit : NASA.

La première sortie dans l'Espace de la mission STS-113 débute le 26 novembre 2002 à 19h49 GMT, quand les astronautes Michael LOPEZ-ALEGRIA (EMU n°3014) et John HERRINGTON (EMU n°3009) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

HERRINGTON commence par ouvrir les vingt-quatre verrous qui maintenaient le CETA en position pendant le lancement. Pendant ce temps, LOPEZ-ALEGRIA ouvre les coffrets de câbles sur le P1 et sur le S0, puis connecte les câbles du S0 sur le P1. Il installe ensuite six dispositifs SPD (Spool Positioning Devices) sur les raccords d'ammoniac QD, qui permettront d'éviter de créer des surpressions dans les connecteurs en cas de défaillance de l'un des deux joints.

Fig. 1.5 : HERRINGTON lors de la sortie du 26 novembre 2002.
Crédit : NASA.

Les deux astronautes se rejoignent ensuite pour démonter les deux supports qui retenaient le P1 dans la soute d'Endeavour. A l'issue de cette activité, LOPEZ-ALEGRIA va connecter de nouveaux câbles entre le P1 et le S0.

Il retrouve ensuite HERRINGTON pour aller installer le système WETA (Wireless video system External Transceiver Assemblies), qui permettra de retransmettre les signaux des caméras de casque des scaphandres. Les astronautes récupèrent le support du WETA sur le P1, fixent le WETA dessus, puis installent l'ensemble sur Unity. Ils rentrent ensuite dans le sas et referment son écoutille. La sortie se termine à 02h34 GMT le 27 novembre 2002. Elle a duré 6h45.

Fig. 1.6 : Le système WETA sur Unity.
Crédit : NASA.

Plus tard, BOWERSOX et WHITSON remplacent des composants du système CDRA, qui ne fonctionne pas depuis plusieurs semaines. Mais les réparations ne sont pas concluantes. A 17h10'47" GMT, les moteurs RCS d'Endeavour sont allumés à plusieurs reprises pour rehausser l'orbite de la station.

La deuxième sortie dans l'Espace de la mission STS-113 débute le 28 novembre 2002 à 18h36 GMT, quand les astronautes Michael LOPEZ-ALEGRIA (EMU n°3014) et John HERRINGTON (EMU n°3009) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

Ils commencent par raccorder des tuyauteries d'ammoniac entre le P1 et le S0, puis ils installent de nouveaux dispositifs SPD sur le S0 et le P1. Ils démontent ensuite d'autres supports qui retenaient le P1 dans la soute d'Endeavour.

Fig. 1.7 : LOPEZ-ALEGRIA sur le P1, 28 novembre 2002.
Crédit : NASA.

Les deux astronautes installent un second système WETA, cette fois sur le P1. Comme ils sont en avance, ils ouvrent huit des verrous du radiateur du P1, puis ils transfèrent le charriot CETA qui avait été lancé avec le P1 sur le segment S1. Là-bas, ils l'arriment au premier CETA, déjà présent sur place. Ils rentrent ensuite dans le sas et referment l'écoutille à 00h46 GMT le 29 novembre 2002. La sortie a duré 6h10.

Fig. 1.8 : HERRINGTON transfère le CETA, 28 novembre 2002.
Crédit : NASA.

A bord de la station, WHITSON et BOWERSOX parviennent à redémarrer le CDRA en colmatant une fuite. A 16h50'59" GMT, les moteurs RCS d'Endeavour sont allumés à plusieurs reprises pour rehausser l'orbite de la station.

Le 30 novembre 2002, avant la troisième sortie dans l'Espace, le MT est déplacé par les équipes de Houston du WS4 au WS7 pour que le Canadarm2 puisse monter dessus. Mais il se bloque à 17h21 GMT, à plusieurs mètres de sa position finale au WS7.

La troisième sortie dans l'Espace de la mission STS-113 débute le 30 novembre 2002 à 19h25 GMT, quand les astronautes Michael LOPEZ-ALEGRIA (EMU n°3014) et John HERRINGTON (EMU n°3009) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

HERRINGTON commence par inspecter le MT et constate qu'il s'est coincé dans les câbles d'une antenne UHF. Il le débloque, ce qui lui permet de reprendre son déplacement. Le MT arrive au WS7 à 23h11 GMT. Ce problème a fait perdre beaucoup de temps, et Houston décide de réaliser la sortie sans l'aide du Canadarm2.

Fig. 1.9 : HERRINGTON lors de la sortie du 30 novembre 2002.
Crédit : NASA.

HERRINGTON se rend à l'extrémité du P1, où il installe dix-huit dispositifs SPD. Pendant ce temps LOPEZ-ALEGRIA installe d'autres SPD sur le Z1 et sur le module Destiny. Il va ensuite sur le S0 pour modifier la configuration des câbles qui alimentent un boîtier MBSU. A l'issue de cette activité, il se rend sur le réservoir ATA (Ammonia Tank Assembly) du P1 pour raccorder les tuyauteries d'ammoniac. Les deux astronautes rentrent ensuite dans le sas, et referment l'écoutille à 02h25 GMT le 1er décembre 2002. La sortie a duré 7h00.

A 16h38'47" GMT, les moteurs RCS d'Endeavour sont allumés à plusieurs reprises pour rehausser l'orbite de la station. Le 2 décembre 2002, les deux équipages se disent au revoir, et Endeavour se sépare du PMA-2 à 20h04'50" GMT. Elle atterrit Centre Spatial Kennedy le 7 décembre 2002 à 19h37'12" GMT. Le vol STS-113 a duré 13 jours 18 heures 47 minutes 25 secondes, et le vol de KORZOUN, WHITSON et TRECHTCHIOV a duré 184 jours 22 heures 14 minutes 23 secondes.

Fig. 1.10 : La station vue d'Endeavour, avec son nouveau segment P1.
Crédit : NASA.

Le 4 décembre 2002, BOWERSOX, BOUDARINE et PETTIT observent une éclipse totale de Soleil. Le 9 décembre 2002, le système Vozdoukh tombe en panne, et le CDRA est mis en service pour compenser. Le 13 décembre 2002, BOUDARINE remplace le bloc BVK-1 (Блок Вакуумирования Клапанов), ce qui permet de redémarrer Vozdoukh.

Une sortie dans l'Espace devait être réalisée le 12 décembre 2002 par BOWERSOX et BOUDARINE, mais les relevés médicaux de BOUDARINE ne sont pas bons. Il sera remplacé par PETTIT, et la sortie est reportée au 15 janvier 2003. Ce délai permet à PETTIT de se préparer, et permet aux équipes de Houston de modifier le programme de la sortie pour ne pas utiliser le bras Canadarm2 car, contrairement à PETTIT, BOUDARINE n'est pas formé à son utilisation.

2. La première sortie dans l'Espace

La 2ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le Segment américain (EVA-2) débute le 15 janvier 2003 à 12h50 GMT, quand les astronautes Kenneth BOWERSOX (EMU n°3013) et Donald PETTIT (EMU n°3011) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

Le centre de Houston a préalablement positionné le MT, sur lequel sont accrochés les deux charriots CETA, sur le WS4 du S0. La première activité de BOWERSOX et PETTIT consiste à ouvrir les dix verrous qui maintiennent encore le radiateur PVR central du nouveau segment P1 en position fermée. A environ 15h00 GMT, le centre de Houston peut commander l'ouverture du radiateur, qui se déroule normalement.

Fig. 2.1 : PETTIT lors de la sortie du 15 janvier 2003.
Crédit : NASA.

Les deux astronautes se rendent ensuite sur le nadir du module Unity pour nettoyer sa pièce d'amarrage ACBM. Une inspection avec le bras Canadarm2 avait en effet révélé la présence de particules métalliques qui pourraient gêner l'arrimage du module MPLM lors du prochain vol de la navette spatiale, prévu en mars 2003.

BOWERSOX va ensuite dans le sas pour récupérer un projecteur, qu'il part installer sur le CETA2 avec PETTIT. Mais les astronautes ne parviennent pas à débloquer le projecteur, qui reste coincé dans sa position repliée. Ils partent ensuite inspecter le réservoir EAS sur le segment P6, puis ils rentrent dans le sas et referment l'écoutille à 19h41 GMT. La sortie a duré 6h51.

3. Accident de Columbia

Le 27 janvier 2003, à 17h34 GMT, l'équipage réalise une audioconférence avec quatre des astronautes de la navette spatiale Columbia, qui réalise la mission STS-107 avec le module SPACEHAB RDM, de façon complètement indépendante du programme de la Station Spatiale Internationale.

Vidéo 3.1 : Échange entre les équipages de Columbia et de la station.
Crédit : NASA.

Le 1er février 2003, à 14h35 GMT, le directeur du Centre Spatial Johnson, Jefferson HOWELL, informe Kenneth BOWERSOX que Columbia a été détruite lors de sa rentrée dans l'atmosphère. L'ensemble de l'équipage, constitué du commandant Rick HUSBAND, du pilote William McCOOL et des spécialistes de mission David BROWN, Kalpana CHAWLA, Laurel CLARK, Michael ANDERSON et Ilan RAMON a été tué. La destruction de la navette est survenue à 13h59'32" GMT au-dessus du Texas.

Fig. 3.1 : Hommage à Columbia au TsUP de Koroliov.
Crédit : AP.

4. Arrivée du vaisseau Progress M-47

Le vaisseau Progress M1-9 se sépare du module Zvezda le 1er février 2003 à 16h00'54" GMT. Le 2 février 2003, BOWERSOX et PETTIT s'entretiennent longuement avec leurs familles. Vassili TSIBLIEV transmet les condoléances de l'ensemble du Corps des Cosmonautes russes.

Le vaisseau de ravitaillement Progress M-47 décolle de Baïkonour comme prévu le 2 février 2003 à 12h59'39,949" GMT. Le 3 février 2003, l'ancien Président américain George BUSH s'entretient avec l'équipage. Progress M-47 s'amarre sans incident sur le module Zvezda le 4 février 2003 à 14h49'00" GMT.

Fig. 4.1 : Arrivée de Progress M-47.
Crédit : NASA.

A 18h00 GMT, BOWERSOX, BOUDARINE et PETTIT participent à la cérémonie tenue à Houston en hommage à l'équipage de Columbia, en présence du Président George W. BUSH.

L'orbite de la station a toujours été maintenue en-dessous de 400km pour permettre aux navettes américaines de la rejoindre. Maintenant que les navettes sont interdites de vols, le TsUP va rehausser l'orbite de façon à limiter la traînée de la station, ce qui permettra d'économiser les ergols. C'est particulièrement important car les vaisseaux Progress sont maintenant les seuls à assurer le ravitaillement de la station.

Les moteurs DPO de Progress M-47 sont mis en service le 8 février 2003 à 15h48 GMT pour réaliser un essai du contrôle-commande. Ils sont de nouveau allumés le 11 février 2003 à 11h34'30" GMT (dt=1200", dV=4,2m/s), mais s'arrêtent de fonctionner plus tôt que prévu à cause d'une défaillance du moteur DPO n°3 (le dV devait être de 6m/s).

Le 17 février 2003, le système Vozdoukh tombe de nouveau en panne, et l'équipage démarre le CDRA. Vozdoukh est redémarré le 18 février 2003 sans incident, mais il retombe en panne le 21 février 2003 à cause d'un problème sur le bloc BVK2. Ce dernier est remplacé le 23 février 2003, et tout rentre dans l'ordre.

Le 2 mars 2003, à 16h16'24" GMT, l'ordinateur TsVM-1 tombe en panne, vraisemblablement à cause d'un conflit entre les données de certains capteurs américains et de leurs homologues russes.

Début mars, la NASA décide d'ajouter une sortie dans l'Espace au programme de la mission MKS-6, du fait qu'elle est prolongée à la suite de l'accident de Columbia.

Le 12 mars 2003, quatre des moteurs DPO du vaisseau Progress M-47 sont mis en service dans le cadre d'un essai programmé par le TsUP. L'objectif est d'allumer les moteurs en n'utilisant qu'une seule des deux voies du système KDU, de façon à déterminer laquelle est défectueuse et a entraîné l'arrêt de l'allumage du 11 février 2003. Les moteurs sont allumés à 22h58'00" GMT (dt=600", dV=1,31m/s, dm=84kg) en n'utilisant que la voie 2 du KDU. Mais le delta-V est inférieur à la valeur attendue (1,63m/s).

Un nouvel allumage des DPO de Progress M-47 est réalisé le 13 mars 2003 à 23h37'30" GMT (dt=240", dV=0,37m/s), cette fois en n'utilisant que la la voie 1 du KDU. Mais le delta-V est supérieur à la valeur attendue (0,31m/s). Le TsUP analyse la situation et déduit que c'est la voie 1 qui ne fonctionne pas correctement.

Le 16 mars 2003, la pompe FCPA (Fluid Control Pump Assembly) du système de refroidissement ITCS (Internal Thermal Control System) du module Destiny tombe en panne. Le 17 mars 2003, BOUDARINE réalise une mise à jour du logiciel du TsVM, mais elle ne fonctionne pas correctement et il réinstalle la version précédente. Il réussit quand même à redémarrer le TsVM-1, et aussi l'un des trois ordinateurs TVM qui était lui aussi en panne. Le 18 mars 2003, le TsUP parvient à installer la nouvelle version (7.01) du logiciel des ordinateurs TsVM et TVM.

Fig. 4.2 : PETTIT avec la FCPA dans le module Destiny, 17 mars 2003.
Crédit : NASA.

Le 20 mars 2003, les États-Unis et plusieurs de leurs alliés attaquent l'Irak sans mandat de l'Organisation des Nations-Unies (ONU). Rosaviacosmos rappelle que la Station Spatiale Internationale ne sera en aucun cas utilisée dans le cadre de ce conflit.

Quatre des moteurs DPO du vaisseau Progress M-47 sont mis en service le 4 avril 2003 à 12h59'20" GMT (dV=1,87m/s, dm=179kg) en utilisant la voie 2 du KDU afin de rehausser l'orbite de la station.

Fig. 4.3 : Allumage des moteurs de Progress M-47, 4 avril 2003.
Crédit : NASA.

5. La seconde sortie dans l'Espace

La 3ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le Segment américain (EVA-3) débute le 8 avril 2003 à 12h40 GMT, quand les astronautes Kenneth BOWERSOX (EMU n°3013) et Donald PETTIT (EMU n°3011) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

BOWERSOX commence par modifier les connexions du tableau électrique BBC (Bus Bolt Controller) des segments S0 et S1. Le but est de permettre certains ordres d'inhibition supplémentaires du système SSAS (Segment-to-Segment Attachment System) qui retient les segments entre eux. Pendant ce temps, PETTIT remplace le boîtier RPCM 3A qui alimente le MT.

Les deux astronautes se rejoignent ensuite et se rendent sur le Z1 pour modifier là aussi des connexions afin d'augmenter la fiabilité des actionneurs gyroscopiques CMG. La nouvelle configuration garantira en effet qu'une seule défaillance du système électrique EPS ne pourra pas conduire à la perte simultanée de deux CMG. Ils vont ensuite installer deux dispositifs SPD supplémentaires sur le module Destiny, et ils débloquent le projecteur du CETA2 avec un marteau (russe) !

Fig. 5.1 : BOWERSOX et PETTIT lors de la sortie du 8 avril 2003.
Crédit : NASA.

Comme ils sont en avance sur leur programme, ils en profitent pour ranger des outils disposés autour du module Unity et du Z1 dans les sacs disposés sur le module Quest. Ils rentrent ensuite dans le sas et referment l'écoutille à 19h06 GMT. La sortie a duré 6h26.

Le 10 avril 2003, à 10h55'00" GMT, quatre des moteurs DPO du vaisseau Progress M-47 sont mis en service (dV=1,49m/s, dm=140kg) pour corriger l'orbite de la station. Le 12 avril 2003, à l'occasion du Jour de la Cosmonautique, l'équipage s'entretient avec le Président Vladimir POUTINE, en déplacement à l'Académie Mozhaïski de Saint-Pétersbourg.

6. Arrivée du vaisseau Soyouz TMA-2 et retour sur Terre

Le vaisseau Soyouz TMA-2 décolle de Baïkonour le 26 avril 2003 à 03h53'52,087" GMT avec l'équipage MKS-7, constitué de Youri MALENTCHENKO et Ed LU. Il s'amarre sans incident sur le module Zaria le 28 avril 2003 à 05h56'20" GMT.

Fig. 6.1 : MKS-6 et MKS-7 à bord du module Destiny.
Crédit : NASA.

Les deux équipages travaillent ensemble pendant une semaine, puis BOUDARINE, BOWERSOX et PETTIT embarquent à bord de Soyouz TMA-1 et se séparent du module Pirs le 3 mai 2003 à 22h43'00" GMT. Le vaisseau s'éloigne progressivement avec une vitesse de 0,12m/s, puis les moteurs DPO sont mis en service à 22h46 GMT (dV=0,574m/s) pour accélérer l'éloignement.

Les cosmonautes actionnent par erreur le bouton du tableau de bord qui sert à mettre en service la voie 1 du système Kours. Ledit système a été démonté et est resté sur la station, mais personne ne sait comment cette action pourrait être interprétée par l'ordinateur de bord. Le TsUP analyse rapidement la situation (il ne reste que huit minutes avant l'allumage du SKD) et conclut qu'il n'y a pas de danger.

Le moteur SKD est mis en service le 4 mai 2003 à 01h12'16" GMT (dt=258,1", dV=115,2m/s) pour amorcer la rentrée dans l'atmosphère, et les trois compartiments sont séparés à 01h39'59" GMT. A 01h43'02" GMT, le Système de Contrôle de la Descente (SUS) bascule du mode de Descente Automatique Contrôlée (AUS) vers le mode de Descente Balistique (BS). Le Compartiment de Descente (SA) atterrit au Kazakhstan, à 405km à l'ouest d'Arkalyk, à 02h04'25" GMT. L'atterrissage a lieu à 440km du point prévu, et à 12km du point théorique d'atterrissage en cas de retour balistique. Le vol de BOWERSOX, BOUDARINE et PETTIT a duré 161 jours 1 heure 14 minutes 38 secondes.

La décélération maximale subie par le SA a été de 8,1g. Le SA s'est posé dans une position telle que l'antenne ABM-279 du système de communications Rassviett n'a pas pu se déployer complètement, car elle était bloquée par le sol. De plus, le déploiement des trois antennes ABM-274 à l'arrière du SA avait été inhibé l'équipage, conformément à leur procédure, de peur que quelqu'un ne soit à côté du vaisseau et puisse être blessé. Aucune communication n'est donc possible entre l'équipage et le TsUP ou les équipes de récupération. Après être sortis du vaisseau, les cosmonautes ont installé l'antenne HF additionnelle ABM-281 au niveau de l'écoutille, mais elle n'a pas fonctionné car ils ont oublié de la connecter.

7. Récupération de l'équipage

Depuis quelques années, par mesure d'économie, aucune équipe de récupération n'est préventivement dépêchée vers la zone de retour balistique. On rappelle que le dernier vaisseau à avoir dû utiliser ce profil de rentrée est le Soyouz-33, en 1979.

Les équipes sont donc toutes regroupées autour du point d'atterrissage nominal. A 01h50 GMT, l'un des avions An-12, commandé par SOKOLIOUK, établit le contact radio avec l'équipage et le maintient pendant douze minutes. Les cosmonautes pensent que les sauveteurs savent que le vaisseau a suivi une trajectoire balistique, et à aucun moment de la conversation ils ne le mentionnent. Mais en réalité, ils ne le savent pas ! Ils cherchent donc le vaisseau, sans succès.

Ne le trouvant pas, l'An-12 remonte vers l'ouest, en direction de la zone d'atterrissage balistique. Ce n'est qu'à 04h21 GMT qu'il repère le signal très faible de l'antenne ABM-279 du SA. Il établit peu après le contact visuel. A peu près au même moment, la balise COSPAS-SARSAT du vaisseau est repérée par satellite. Quinze minutes plus tard, SOKOLIOUK établit le contact radio avec les cosmonautes. Deux hélicoptères Mi-8, pilotés par MIKHAÏLOV et TCHEPAK, décollent alors de l'aéroport de Kraïnyi, à Baïkonour.

En les attendant, BOUDARINE ouvre lui-même l'écoutille à 04h35 GMT, et les trois cosmonautes sortent du vaisseau à 05h46 GMT. Les deux Mi-8 atterrissent près du vaisseau à 06h45 GMT. Un troisième Mi-8, piloté par MIKHALICHTCHEV, les rejoint peu après. Il avait été envoyé à l'origine vers la zone d'atterrissage principale, et avait dû refaire le plein. C'est dans cet hélicoptère que l'équipage décolle pour Astana quelques instants plus tard. BOUDARINE, BOWERSOX et PETTIT sont ensuite emmenés à Tchkalovski à bord d'un Tu-154, où ils atterrissent à 14h40 GMT.

Le SA, quant à lui, est emmené par le Mi-8 de MIKHAÏLOV à Arkalyk. Là, il est emmené par un hélicoptère Mi-6 vers la base d'Ouproun, dans la Région de Tcheliabinsk, où il est chargé à bord d'un An-12 et emmené à Tchkalovski. Il est aujourd'hui exposé au Musée Mémorial Andrian Nikolaïev de Chorchely.

8. Les causes de l'incident

Une commission d'enquête est nommée, et placée sous la direction de Nikolaï ZELENCHTCHIKOV. Le dépouillement des données du système SZI commence le 7 mai 2003, et la commission présente ses conclusions au public le 26 juillet 2003.

Les analyses montrent que l'angle de lacet du SA n'a pas pu être régulé par l'actionnement des moteurs SIOS car le boîtier BUSP-M qui les commande ne leur a envoyé aucun ordre de mise en service. En l'absence d'action des moteurs, l'angle a augmenté progressivement, à environ 0,3°/s, pour atteindre la valeur limite de 54°. L'atteinte de ce seuil a provoqué le basculement automatique vers le mode balistique.

La cause de la défaillance du BUSP-M n'a pas pu être établie avec certitude. Cet exemplaire avait déjà volé en 1999 à bord de Soyouz TM-29, et il avait fonctionné correctement. Une fois de retour chez RKK Energuia après l'atterrissage de Soyouz TMA-1, il a été soumis à plus de vingt tentatives de reproduction du défaut, toutes infructueuses. A une seule occasion, son fonctionnement a été altéré, et c'était dans une configuration où l'une de ses trois voies avait été volontairement inhibée (ce qui n'était pas représentatif des conditions vécues lors de la descente de Soyouz TMA-1).

Des simulations mathématiques ont permis de conclure que l'évènement rencontré était probablement dû à une particularité du circuit électrique du Bloc d'Élaboration des Commandes BFK (Блок Формирования Команд), qui fait partie du BUSP-M. La probabilité d'occurrence d'un tel évènement st évaluée à 1/7000 et n'avait jamais été rencontrée. Les BUSP-M seront modifiés à partir de Soyouz TMA-3 pour éviter que l'incident ne se reproduise, et le Soyouz TMA-2 est déclaré apte pour sa rentrée dans l'atmosphère.

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