Mir EP-4 | Chronologie

1. Lancement du vaisseau Soyouz TM-6

Le 28ème lanceur Soyouz-U2 (11A511U-2 n°Е15000-030) décolle du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 29 août 1988 à 04h23'10,888" GMT.

La charge utile est constituée du vaisseau spatial Soyouz TM-6 (11F732A51 n°56), dont l'équipage est constitué du commandant Vladimir LIAKHOV, du médecin-expérimentateur Valeri POLIAKOV et du cosmonaute-expérimentateur afghan Abdul MOHMAND.

Fig. 1.1 : Décollage de Soyouz TM-6.
Crédit : TASS.

Le vaisseau est placé sans incident sur une orbite basse (238km x 262km x 51,6°). Il s'amarre sur le module Kvant le 31 août 1988 à 05h40'43" GMT à l'aide du système automatique Kours. Les cosmonautes retrouvent alors l'équipage EO-3, constitué de Vladimir TITOV et Moussa MANAROV, dont le vaisseau Soyouz TM-5 est amarré sur le PKhO du Module de Base.

2. Le travail avec EO-3

Dès le 31 août 1988, les cosmonautes réalisent des observations du territoire afghan dans le cadre du programme scientifique Shamshad de MOHMAND. Ils utilisent pour cela le système optique KATE-140 ainsi que les spectromètres MKS-M et Spektr-256. Le 1er septembre 1988, ils réalisent des expériences biologiques et, le 2 septembre 1988, ils étudient la croissance de graines de lin dans l'instrument Magnitogravistat, ainsi que le comportement de bactéries dans l'instrument Svietoblok-T. Ils mènent ensuite une visioconférence avec le gouvernement afghan.

Fig. 2.1 : LIAKHOV, TITOV, MOHMAND et MANAROV à bord de Mir.
Crédit : TASS.

Le 3 septembre 1988, POLIAKOV et MOHMAND réalisent l'expérience médicale Labirint, pendant que TITOV et MANAROV réalisent des expériences de physique avec l'instrument syrien Bosra et l'instrument bulgare Terma. Le 4 septembre 1988, les cosmonautes utilisent l'instrument Routcheï puis réalisent des observations astronomiques avec le télescope Rentgen.

3. Atterrissage du vaisseau Soyouz TM-5

3.1. Difficultés lors de l'éloignement

LIAKHOV et MOHMAND embarquent à bord du vaisseau Soyouz TM-5 le 5 septembre 1988, et ils se séparent du PKhO du Module de Base à 22h54'57" GMT. POLIAKOV reste à bord de Mir avec TITOV et MANAROV.

Après la séparation, LIAKHOV doit mettre en service la Commande de contrôle de l'Orientation du Circuit Analogique (RO AK) et la Commande de Contrôle des Mouvements (RUD), puis actionner la RUD pendant 15 secondes pour faire reculer le vaisseau et l'éloigner ainsi de la station. Mais il se trompe et, au lieu de démarrer la commande RO AK, démarre la commande RO DK, celle du circuit tout-ou-rien. Il comprend très rapidement son erreur et la corrige, mais il a aussi oublié de démarrer le Boîtier de Capteurs d'Accélération (BDUS), et le TsUP ne s'en est pas rendu compte.

Ainsi, quand il actionne la manette RUD pour reculer le vaisseau, l'absence des données du BDUS dans la logique de commande provoque une rotation inopinée du vaisseau. Comme il est encore très près de Mir, le risque de collision est important. LIAKHOV en réfère au TsUP, réalise finalement que le BDUS est hors service et le démarre. Soyouz TM-5 se stabilise aussitôt, et LIAKHOV peut poursuivre sa manœuvre d'éloignement.

A 23h35'00" GMT, le commandant envoie l'ordre de largage du Compartiment de Vie (BO) en préalable à la manœuvre de freinage, conformément à la procédure.

3.2. Première tentative de retour

L'allumage du moteur SKD est prévu à 01h24'08" GMT mais, trente secondes plus tôt, à 01h23'38" GMT, l'alarme TA0108 apparaît sur le pupitre du vaisseau pour signaler que l'orientation n'est pas satisfaisante suite à un dysfonctionnement du capteur d'orientation infrarouge. A ce moment, Soyouz TM-5 survole le terminateur, ce qui peut perturber ce type de capteurs. Le signal GSO (Готовность Системы Ориентации), indiquant que le système d'orientation est opérationnel, disparaît. Sans ce signal, l'allumage du moteur ne peut avoir lieu et l'ordinateur de bord passe en mode d'attente. Les cosmonautes sont encore en contact radio avec l'équipage de Mir, et MANAROV tente de les aider en consultant ses procédures.

Une fois le terminateur passé, les capteurs infrarouge redeviennent fonctionnels. Ils fournissent donc leurs données à l'ordinateur de bord, qui peut ainsi orienter le vaisseau. Le signal GSO apparaît de nouveau, et il n'y a donc plus rien qui inhibe le démarrage du moteur SKD, qui s'allume donc automatiquement à 01h31'10" GMT. LIAKHOV ne s'y attendait pas, analyse rapidement la situation et conclue que l'allumage ayant lieu avec sept minutes de retard, l'atterrissage aura lieu dans l'océan Pacifique. Comme cela n'est évidemment pas souhaitable, il arrête manuellement le moteur après six secondes de fonctionnement.

3.3. Deuxième tentative de retour

Le TsUP analyse la situation et décide de reporter la rentrée dans l'atmosphère deux orbites plus tard. Pour cela, il charge à distance les données nécessaires dans l'ordinateur de bord. Ces données sont génériques et ne contiennent pas d'ordre particulier sur la durée d'allumage du moteur SKD, qui n'est pas censée varier. Or, lors de l'amarrage du vaisseau sur Mir le 9 juin 1988, le commandant de l'époque, Anatoli SOLOVIOV, avait dû utiliser le SKD pour fournir un delta-V de 3m/s, et il avait donc rentré cette valeur dans l'ordinateur. Elle n'a pas été corrigée depuis, et personne ne s'en rend compte. C'est donc toujours sur cette valeur que le SKD se basera.

L'allumage a lieu comme prévu le 6 septembre 1988 à 04h35'34" GMT, mais le moteur s'arrête après sept secondes de fonctionnement, quand il a atteint la valeur de 3m/s. Le fonctionnement du SKD a actionné les capteurs de température qui commandent la séparation du Compartiment des Machines et des Instruments (PAO). Dix secondes après l'arrêt du SKD,  à 04h35'50" GMT, LIAKHOV décide de le redémarrer manuellement. Mais il s'arrête encore à 04h36'04" GMT, après seulement quatorze secondes. LIAKHOV le démarre encore à 04h36'06" GMT et maintient la touche enfoncée. Mais une défaillance des capteurs d'accélération BDUS apparaît, et LIAKHOV relâche la touche à 04h36'39" GMT, ce qui arrête le moteur après seulement 33 secondes de fonctionnement. Le SKD a donc été allumé à trois reprises, pour une durée totale de 54 secondes (7 + 14 + 33).

Le troisième allumage a de nouveau activé les capteurs de température externes, ce qui lance à 04h36'49" GMT la séquence de 20 minutes 58 secondes au terme de laquelle le PAO, et donc l'ensemble des moteurs, seront largués. Une alarme sonore en conforme les cosmonautes, car le largage du PAO rendra leur retour absolument impossible, et ils seront donc condamnés. LIAKHOV et MOHMAND ont 20 minutes et 58 secondes pour agir, sachant qu'ils ne sont pas dans la zone de visibilité radio et qu'ils ne peuvent donc pas communiquer avec le TsUP.

LIAKHOV tente de déconnecter les capteurs de température, mais cela n'interrompt pas la séquence. A 04h57'00" GMT, le contact radio avec le TsUP est établi. La séquence de séparation arrive à son terme comme prévu à 04h57'47" GMT, et le programme de séparation est enclenché. Il dure 2 minutes 14 secondes. L'alarme retentit pour en avertir les cosmonautes, mais LIAKHOV ne réalise pas la situation. C'est MOHMAND qui, en suivant sa procédure, avertit son commandant de l'imminence du largage du PAO. LIAKHOV rend compte au TsUP de la situation, mais les équipes au sol ne lui répondent rien. Il demande l'autorisation de lancer la commande d'abandon des régimes dynamiques ODR (Отбой Динамических Режимов), mais personne ne lui répond, et il prend donc l'initiative de lancer l'ODR à 04h58'42" GMT, c'est-à-dire 19 secondes avant le largage du PAO.

LIAKHOV demande au TsUP « Mais quelles données aves-vous chargées pour la descente ? ». Valeri RIOUMINE, que LIAKHOV connaît bien pour avoir volé avec lui sur Saliout-6, est le directeur de vol. Il annonce à l'équipage qu'il devra attendre une journée, afin de pouvoir atterrir dans la zone prévue. LIAKHOV lui rappelle qu'ils n'ont ni réserve d'eau, ni de nourriture, ni de toilettes. RIOUMINE lui répond « Tu es assez gros, tu t'en sortiras sans nourriture ! ». Il conseille aussi, plus sérieusement, d'utiliser les réserves de survie dans la réserve NAZ. Mais LIAKHOV refuse de recourir à la NAZ, car il sait qu'il peut en avoir besoin en cas d'atterrissage dans une zone non nominale.

3.4. Troisième tentative de retour

Le TsUP envoie de nouvelles données à Soyouz TM-5. LIAKHOV les vérifie. Le delta-V requis sera de 102m/s, compte tenu de ce que le moteur a déjà fourni. Le SKD est mis en service le 7 septembre 1988 à 00h00'54" GMT et fonctionne normalement. La décélération maximale est de 4,5g, et le SA atterrit sans incident à 00h49'38" GMT à 160km au sud-est de Dzhezkazgan, au Kazakkstan. Le vol de LIAKHOV et MOHMAND a duré 8 jours 20 heures 26 minutes 27 secondes. Entre la séparation et l'atterrissage, ils seront restés dans le SA pendant 25 heures 49 minutes 46 secondes.

Fig. 3.1 : MOHMAND et LIAKHOV après l'atterrissage.
Crédit : TASS.

Bibliographie

[1] На орбите станции "Мир", Zemlia i Vselennaïa n°1988-06
[2] FIODOROV, A., История аварийной ситуации, едва не ставшей трагедией, Novosti Kosmonavtiki n°19/20-1998
[3] Герои космоса рассказывают, Novosti Kosmonavtiki n°02-2005
[4] CHRETIEN, J.-L., Sonate au clair de Terre, p. 179


Dernière mise à jour : 5 mars 2025