Mir EO-14 | Chronologie

1. Lancement du vaisseau Soyouz TM-17

Le 65ème lanceur Soyouz-U2 (11A511U-2 n°Н15000-070) décolle du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 1er juillet 1993 à 14h32’57,834" GMT.

La charge utile est constituée du vaisseau spatial Soyouz TM-17 (11F732A51 n°66), qui est placé avec succès sur une orbite basse (201km x 242km x 51,6°). Son équipage est constitué du commandant Vassili TSIBLIEV, de l'ingénieur de bord Aleksandr SEREBROV et du cosmonaute-expérimentateur Jean-Pierre HAIGNERE.

Fig. 1.1 : Décollage de Soyouz TM-17.
Crédit : TASS.

Heure (GMT) Évènement
14h32’57" Décollage
14h34’50" Largage Blocs BVGD
14h34’52" Largage DU SAS
14h35’40" Largage coiffe
14h37’42" Largage Bloc A
14h41’43" Séparation Soyouz TM-17
Paramètres théoriques : 202km x 240km x 51,6°

Soyouz TM-17 réalise un rendez-vous en trente-quatre orbites avec la station Mir et accomplit pour cela plusieurs corrections d'orbite. L'approche est réalisée avec le système automatique Kours. Le 3 juillet 1993, à 15h32 GMT, Soyouz TM-17 n’est plus qu’à environ 2km de Mir et TSIBLIEV prend les commandes manuelles du vaisseau et réalise un survol de la station. A la distance de 400m, SEREBROV passe dans le Compartiment de Vie (BO) du vaisseau pour photographier Mir, et TSIBLIEV stabilise Soyouz TM-17 à 180m de la station.

Date Heure
(GMT)
dV
(m/s)
Durée
(s)
Orbite atteinte
1er juillet 1993 18h12’53" 14,7
1er juillet 1993 19h05’40" 91,1 219km x 372km x 51,6°
2 juillet 1993 15h19 7 227km x 371km x 51,6°
3 juillet 1993 13h56’19" 23,9 57,5
3 juillet 1993 14h41’50" 23,3 56,1

A 15h54’30’’ GMT, l’équipage de Mir largue un container KBO par le sas ChK et SEREBROV le filme. Ensuite, à 15h58’16" GMT, le vaisseau Progress M-18 se sépare du PKhO de Mir, toujours devant la caméra de SEREBROV. A 16h03 GMT, le TsUP demande au cosmonaute de reprendre sa place dans le Compartiment de Descente (SA) en vue de l’amarrage. Celui-ci est réalisé de façon automatique par le système Kours sur le PKhO du Module de Base à 16h24’03" GMT.

Fig. 1.2 : Observation de la séparation de Progress M-18.
Crédit : RKK Energuia.

Toutefois, quelques instants avant l’amarrage, l’alimentation électrique de la pièce d’amarrage SSVP du PKhO a été perdue. Ainsi, quand le vaisseau vient s’y amarrer, l’ordre de mise hors service du Kours n’est pas envoyé et les verrous côté PKhO ne sont pas refermés. Cela ne remet pas en cause l’intégrité de la liaison, et les cosmonautes retrouvent l'équipage EO-13, constitué de Guennadi MANAKOV et d’Aleksandr POLECHTCHOUK. A ce moment, leur vaisseau Soyouz TM-16 est amarré sur le module Kristall, et le vaisseau Progress M-17 est amarré sur le module Kvant. Plus tard, TSIBLIEV et SEREBROV commandent la fermeture des verrous du PKhO et la mise hors service du Kours. Ils transfèrent ensuite la couchette Kazbek d’HAIGNERE du Soyouz TM-17 vers le Soyouz TM-16, puis ils démarrent l’instrument Rekomb.

2. Réalisation du programme français Altaïr

Le 4 juillet 1993, HAIGNERE lance une expérience dans l’instrument ALICE, qui est déjà présent à bord, puis installe le nouvel instrument Biodosa-2. SEREBROV, de son côté, réalise une expérience avec l’instrument Rekomb. Le système de recyclage de l’urine SRV-U tombe en panne, mais les cosmonautes le relancent rapidement. Le 5 juillet 1993, TSIBLIEV, SEREBROV et HAIGNERE commencent les expériences Diurèse, Synergie, Viminal et Illusion. Ils démarrent ensuite les systèmes d’imagerie MKF-6MA dans le module Kvant-2 et Priroda-5 dans le module Kristall, mais la pellicule de Priroda-5 se déchire.

Le 6 juillet 1993, HAIGNERE poursuit l’expérience Diurèse et commence les expériences Hématocrite, Immunologie et Echographie. Le 7 juillet 1993, avec TSIBLIEV, il poursuit les expériences Diurèse, Hématocrite et Immunologie puis il réalise l’expérience Microaccéléromètre et participe à une visioconférence avec le Premier Ministre Édouard BALLADUR. Le 8 juillet 1993, il réalise l’expérience Echographie dans le pantalon Tchibis, termine l’expérience dans l’instrument ALICE, en débute une nouvelle et réalise l’expérience Tissus. Le 9 juillet 1993, à l’issue d’une nouvelle séance de l’expérience Echographie, HAIGNERE et SEREBROV réalisent les expériences Illusion et Synergie. Ensuite, MANAKOV et SEREBROV prennent des photos avec l’instrument MKF-6MA. Le 10 juillet 1993, HAIGNERE et SEREBROV réalisent une nouvelle session des expériences Illusion et Viminal, et ils prennent des photos du Kazakhstan avec le MKF-6MA.

Le 11 juillet 1993, HAIGNERE et TSIBLIEV réalisent l’expérience Diurèse et prennent de nouvelles photos avec le MKF-6MA. Le 12 juillet 1993, ils réalisent de nouvelles sessions des expériences Diurèse, Hématocrite, Echographie, Illusion, Synergie et Immunologie, puis ils terminent l’expérience dans l’instrument ALICE. TSIBLIEV et SEREBROV, de leur côté, réalisent l’expérience commerciale Telefon. Le 13 juillet 1993, HAIGNERE et SEREBROV réalisent de nouveau les expériences Illusion, Synergie, Viminal et Tissus, puis HAIGNERE démarre une troisième expérience dans l’instrument ALICE, qui se termine le 14 juillet 1993. Ce jour-là, un des actionneurs gyroscopiques du module Kvant déclenche, mais les cosmonautes le redémarrent rapidement.

Fig. 2.1 : HAIGNERE bord du Module de Base.
Crédit : DR.

Le 15 juillet 1993, POLECHTCHOUK utilise le petit sas ChK pour exposer des matériaux à l’environnement spatial pendant six heures, dans le cadre de l’expérience Elektrotopograf. L’équipage prend ensuite des photos de Koursk et de Voroniezh avec le télescope Glazar-2. Le 16 juillet 1993, les cosmonautes réalisent les expériences Diurèse, Hématocrite, Echographie, Elektrotopograf et Biostoïkost. Le 17 juillet 1993, HAIGNERE réalise les expériences Tissus, Diurèse, Echographie, Microaccéléromètre et Hématocrite, et l’actionneur gyroscopique SG-1 du module Kvant déclenche. Il est redémarré avec succès par l’équipage qui, en revanche, ne parvient pas à démarrer le SG-5 de Kvant-2.

Le 18 juillet 1993, HAIGNERE termine les expériences Diurèse et Hématocrite, ainsi que la troisième expérience dans l’instrument ALICE. Les cosmonautes photographient aussi la Russie avec le MKF-6MA. Le 19 juillet 1993, ils réalisent une nouvelle fois les expériences Elektrotopograf, Echographie, Illusion et Synergie et prennent de nouvelles photos avec le MKF-6MA. Le 20 juillet 1993, les expériences Illusion, Viminal et Synergie sont poursuivies, et les échantillons de l’expérience Elektrotopograf, qui est maintenant terminée, sont placés dans le vaisseau Soyouz TM-16 en vue de leur retour sur Terre.

Le 22 juillet 1993, MANAKOV, POLECHTCHOUK et HAIGNERE embarquent à bord du vaisseau Soyouz TM-16, qui se sépare du module Kristall à 03h01’02’’ GMT et atterrit sans incident au Kazakhstan. A 05h37’50" GMT, l’ordinateur central TsVM de Mir déclenche et la station perd son orientation. Les communications avec le sol deviennent impossibles. Les analyses montrent que les informations issues de l’antenne DKAR, qui permettait de communiquer avec Soyouz TM-16, ont saturé la mémoire de l’ordinateur. Le fonctionnement de l’ordinateur est rétabli à environ 11h00 GMT.

Le 23 juillet 1993, TSIBLIEV et SEREBROV, qui sont maintenant seuls à bord, réparent les circuits électriques de l’actionneur gyroscopique SG-4D du module Kvant-2. Le 26 juillet 1993, ils se lancent dans le remplacement du boîtier de commande du SG-2D, qui devrait durer trois jours, et ils réparent en parallèle le SG-5D. Le 27 juillet 1993, ils réalisent des observations astrophysiques avec les instruments Bouket et Granat. Le 28 juillet 1993, ils lancent l’expérience SMMK. Le 30 juillet 1993 ils redémarrent avec succès les six actionneurs gyroscopiques du module Kvant ainsi que les SG-3D, SG-5D et SG-6D de Kvant-2.

Fig. 2.2 : SEREBROV à bord du Module de Base.
Crédit : DR.

Le 2 août 1993, ils transfèrent les ergols du vaisseau Progress M-17 vers les réservoirs de la station. Le 3 août 1993, ils réparent le système d’imagerie Priroda-5 qui avait des problèmes de pellicule. Le 6 août 1993, ils évaluent l’impact des micrométéorites sur la station, utilisent l’instrument Microaccéléromètre et installent le pupitre du système TORU en prévision de l’arrivée du vaisseau Progress M-19. L’analyseur de gaz du système Elektron du module Kvant-2 tombe en panne. Le 7 août 1993, les cosmonautes redémarrent l’actionneur gyroscopique SG-2D de Kvant-2. Il n’y a plus que les SG-1D et SG-4D qui ne fonctionnent plus.

Le 9 août 1993, les cosmonautes observent l’étoile binaire Circinus X-1 avec le télescope Rentgen. Le 10 août 1993, ils changent les amortisseurs du four Gallar pour mieux comprendre les vibrations auxquelles il est soumis. Le 10 août 1993, en prévision de la pluie de météorite des Perséides qui sera plus intense que d’habitude, le TsUP demande aux cosmonautes de dormir à tour de rôle afin de garder une surveillance permanente, et de libérer l’accès au Soyouz TM-17 en cas d’évacuation d’urgence.

3. Arrivée du vaisseau Progress M-19

Le vaisseau Progress M-19 décolle de Baïkonour le 10 août 1993 à 22h23'44,803" GMT. Le 11 août 1993, l’équipage de Mir remet en service le système d‘imagerie Priroda-5 du module Kristall, et le vaisseau Progress M-17 se sépare du module Kvant à 15h36'42" GMT.

Progress M-19, qui apporte notamment une capsule Radouga, s’amarre sur Kvant le 13 août 1993 à 00h00’06” GMT. Ce jour-là, l’une des deux voies du système de télécommunications Antares tombe en panne (la seconde reste opérationnelle).

Le 14 août 1993, les cosmonautes réalisent des essais sur l’actionneur gyroscopique SG-3E du module Kvant, et découvre qu’il ne fonctionne pas normalement. Il doit donc être mis hors service en attendant des réparations. Neuf actionneurs restent opérationnels. TSIBLIEV et SEREBROV tentent aussi de redémarrer le système Elektron, mais sans succès. Ils réalisent des observations du pulsar Centaurus X-3 avec le télescope Rentgen.

Fig. 3.1 : SEREBROV à bord du module Kvant.
Crédit : DR.

Le 15 août 1993, les cosmonautes installent sur un hublot du module Kvant-2 l’instrument Fialka-F, apporté par Progress M-19, pour l’étude des rayonnements ultraviolets. Ils commencent ensuite à purifier l’atmosphère de la station qui a été contaminée par du fréon, puis ils reprennent leurs observations de Centaurus X-3. Le 16 août 1993, ils redémarrent le système Elektron de Kvant-2, mais le système redéclenche au bout de trois heures de fonctionnement. Le 17 août 1993, toujours avec le télescope Rentgen, ils observent le pulsar Vela X-1.

Le 18 août 1993, TSIBLIEV et SEREBROV remplacent un composant du système SRV-U et ils prennent des mesures sonores à l’aide de l’instrument Choumomer-2. Ils poursuivent ensuite les observations de Vela X-1, puis ils remettent en service l’actionneur gyroscopiques SG-3E. Le 19 août 1993, ils prennent des photos avec l’instrument Glazar-2, puis ils poursuivent le nettoyage du fréon. Le 20 août 1993, ils démarrent une expérience de 220 heures dans le four Gallar pour produire des cristaux d’arséniure de gallium, puis ils réalisent une dernière observation de Vela X-1.

Le 23 août 1993, les cosmonautes inspectent le système de contrôle UIVK, qui ne fonctionne pas normalement, mais ne trouvent pas la cause du problème. La nuit suivante, ils sont réveillés par une alarme de contamination de l’atmosphère, mais il s’avère que c’est l’analyseur de gaz qui ne fonctionne pas. Le 24 août 1993, ils remplacement le module mémoire central (TsMO) de l’UIVK, ce qui résout le problème. Le 26 août 1993, ils remplacent un capteur de pression sur le système Elektron de Kvant-2, ce qui permet de le remettre en fonctionnement !

Fig. 3.2 : SEREBROV à bord du module Kvant-2.
Crédit : DR.

Le 27 août 1993, TSIBLIEV et SEREBROV remplacent le transmetteur ChA-294 sur la voie hors service du système Antares, puis ils prennent des photos avec l’instrument Fialka. Le système SRV-K tombe en panne à cause d’un problème sur le bloc de séparation oxygène-eau BRKVS (Блок Разделения Кислородо-Водородной Смеси) de la voie 1. Les cosmonautes basculent sur la voie 3, qui ne fonctionne pas non plus à cause d’un problème sur sa pompe de circulation. Ils basculent donc sur la voie 2, et le système redémarre.

Le 30 août 1993, les cosmonautes testent avec succès les deux voies du transmetteur vidéo SA-319. Ils tentent ensuite de démarrer l’instrument Kristallizator-TchSK du module Kristall, mais sans succès. Le 31 août 1993, ils changent le récepteur ChtchA-003 du système Antares et réalisent des mesures avec le spectromètre Maria. Ils parviennent à démarrer le Kristallizator-TchSK le 1er septembre 1993 (il y avait en fait une erreur dans la procédure), puis ils extraient la poutre Rapana du vaisseau Progress M-19 en vue de son installation lors de la prochaine sortie dans l’Espace. Les 5 et 6 septembre 1993, les cosmonautes observent le pulsar Taurus A avec le télescope Rentgen. Le 7 septembre 1993 ils remplacent un composant du système SRV-K.

4. La première sortie dans l’Espace

La première sortie dans l'Espace de la mission EO-14 débute le 16 septembre 1993 à 05h58 GMT quand les cosmonautes Vassili TSIBLIEV (Orlan-DMA n°25) et Aleksandr SEREBROV (Orlan-DMA n°14) ouvrent l'écoutille du ChSO du module Kvant-2.

L’objectif principal de la sortie est d’installer la structure Rapana sur le module Kvant. Ils commencent par fixer la structure sur le mât GSt-II, puis SEREBROV longe ce dernier pour rejoindre le Module de Base. Il commande alors le GSt-II pour emmener Rapana, sur laquelle s’est accroché TSIBLIEV, sur le module Kvant, puis il longe de nouveau le mât pour retrouver son collègue sur Kvant.

Les deux cosmonautes commencent par démonter la plate-forme de travail qui avait été utilisée lors de l’installation de la structure Sofora, puis ils la larguent dans le vide. TSIBLIEV fixe ensuite Rapana sur Kvant et connecte ses câbles d’alimentation, tandis que SEREBROV fixe sur Sofora l’instrument Indikator, qui permettra de mesurer les paramètres de l’atmosphère à l’extérieur de la station.

Fig. 4.1 : TSIBLIEV sur le module Kvant, le 16 septembre 1993.
Crédit : DR.

SEREBROV va ensuite inspecter l’antenne radioamateur du Module de Base, mais il ne la trouve pas. Il en profite toutefois pour récupérer un vieil outil qui avait été oublié ici. Il commande ensuite le mât GSt-II pour ramener TSIBLIEV sur le module Kvant-2, puis il longe le mât pour rejoindre son collègue. SEREBROV installe sur un point d’ancrage magnétique du plan IV de Kvant-2 les instruments Plionka-5 et Strakhovka, puis ils rentrent dans le sas. Ils referment l’écoutille du ChSO à 10h16 GMT. Leur sortie a duré 4h18.

A noter que les astronautes James NEWMAN et Carl WALZ ont réalisé une sortie dans l’Espace depuis la navette spatiale américaine Discovery STS-51 de 08h40 GMT à 15h45 GMT, et pendant quelques instants il y a donc eu quatre personnes simultanément en train de réaliser une sortie, ce qui est une première.

Le 17 septembre 1993, les cosmonautes testent le bon fonctionnement de l’instrument Indikator et ne détectent aucune anomalie, puis le TsUP commande le transfert de 142kg de N2O4 des réservoirs de Progress M-19 vers ceux de la station. Le 18 septembre 1993, ce sont 78kg supplémentaires qui sont transférés. Le 19 septembre 1993, TSILIEV et SEREBROV prennent des mesures avec l’instrument Fialka.

5. La deuxième sortie dans l’Espace

La deuxième sortie dans l'Espace de la mission EO-14 débute le 20 septembre 1993 à 03h52 GMT quand les cosmonautes Vassili TSIBLIEV (Orlan-DMA n°25) et Aleksandr SEREBROV (Orlan-DMA n°14) ouvrent l'écoutille du ChSO du module Kvant-2.

L’objectif principal de la sortie est de déployer la structure Rapana qu’ils ont fixée sur Kvant lors de la sortie précédente, puis d’installer sur la structure cinq Plates-formes d’Instruments Scientifiques PNA (Платформ Научной Аппаратуры). En sortant de Kvant-2, SEREBROV commence par accrocher les PNA sur le mât GSt-II, puis TSIBLIEV gagne la base du mât et l’utilise pour emmener SEREBROV et les PNA sur le module Kvant. Il l’y rejoint ensuite, et les deux hommes commandent le déploiement de Rapana, qui se déroule sans incident et dure 95 secondes.

Ils doivent ensuite déconnecter les câbles qui ont permis le déploiement et connecter à la place ceux qui commanderont les PNA. Ils fixent ensuite une à une les cinq PNA sur Rapana, puis ouvrent les instruments SKK sur l’une d’entre elle. Ils larguent dans l’Espace le pupitre qui a permis le déploiement, puis prennent des photos de la structure, mais ils perdent l’appareil photo dans l’Espace.

TSIBLIEV longe le mât GSt-II pour revenir sur le Module de Base, et il s’en sert pour ramener SEREBROV sur le module Kvant-2. Là-bas, le cosmonaute récupère l’instrument Danko-M pour le ramener à bord. TSIBLIEV le rejoint, et les deux hommes rentrent dans le ChSO, dont ils referment l’écoutille à 07h05 GMT. Leur sortie a duré 3h13.

Quand ils ont ouvert la vanne d’égalisation des pressions (KVD) entre le ChSO et le PNO, ils ont remarqué que la pression augmentait. Cela pourrait signifier que l’écoutille entre le PGO et le PNO n’est pas étanche. Le TsUP leur demande de maintenir fermée l’écoutille entre le PNO et le ChSO, pour s’assurer que celle-ci est bien étanche.

Le 21 septembre 1993, les cosmonautes entendent un choc dans le Module de Base, entre les plans II et III. Immédiatement après, ils observent des particules de peinture blanche par un hublot. Depuis le sol, le SKKP détecte deux objets à proximité de la station. Le soir, le TsUP confirme que l’écoutille entre le PNO et le ChSO est étanche, et les cosmonautes la rouvrent.

Le 23 septembre 1993, ils comprennent d’où venait le problème de pression : la vanne KVD n’était pas complètement fermée. Ils la referment donc, mais l’étanchéité entre le PNO et le PGO n’est toujours pas parfaite. Les cosmonautes comprennent que, lors de la dernière sortie, ils avaient déconnecté le câble d’alimentation d’un ventilateur qui se trouvait derrière la KVD, et l’avaient donc légèrement heurtée. Pour éviter que cette situation ne se reproduise, ils déplacent le câble en question. La prochaine sortie devait avoir lieu le 24 septembre 1993 mais, comme les cosmonautes n’ont pas eu le temps de s’y préparer à cause de ce problème de fuite, le TsUP décide de la reporter de quatre jours.

Fig. 5.1 : TSIBLIEV et SEREBROV avec l'un des actionneurs gyroscopiques.
Crédit : DR.

Le 24 septembre 1993, l’azote des réservoirs de Progress M-19 est transférée dans ceux de la station. Lors de cette opération, les équipes du TsUP ferment par erreur les vannes qui alimentent les moteurs d’orientation de Mir en azote. Quelques instants plus tard, les moteurs s’allument de façon routinière pour désaturer les actionneurs gyroscopiques mais, en l’absence d’azote, ils ne fonctionnent pas. La station passe donc automatiquement en mode d’orientation permettant aux panneaux solaires de produire un maximum d’énergie électrique, et la situation redevient normale à 20h45 GMT. Cet incident a entraîné la consommation de 55kg d’ergols.

Le 25 septembre 1993, les cosmonautes testent le télescope Glazar-2 et son système de stabilisation, puis réalisent des mesures avec l’instrument Fialka. Commandé depuis le TsUP, le télescope Rentgen permet d’observer le pulsar GX 5-1. Le 26 septembre 1993, les observations sont reprises mais sur le pulsar GX 4-1.

6. La troisième sortie dans l’Espace

La troisième sortie dans l'Espace de la mission EO-14 débute le 28 septembre 1993 à 00h57 GMT quand les cosmonautes Vassili TSIBLIEV (Orlan-DMA n°25) et Aleksandr SEREBROV (Orlan-DMA n°14) ouvrent l'écoutille du ChSO du module Kvant-2.

Ils commencent par fixer une caméra vidéo qui permettra au TsUP de les voir quand la station entrera dans la zone de visibilité radio. SEREBROV tente d’installer un panneau de détection de micrométéorites SMMK (Система Микрометеоритного Контроля), mais le système de fixation ne fonctionne pas et le cosmonaute finit par le lâcher par inadvertance, et le panneau est perdu dans l’Espace.

Pendant ce temps, TSIBLIEV est resté dans le ChSO de Kvant-2 car il rencontre des problèmes avec son scaphandre. Il n’y a en effet pas de débit d’eau dans le circuit de son système de refroidissement, et il doit donc rester connecté à la station. Le TsUP pense qu’une bulle d’air est restée prisonnière et recommande au cosmonaute d’arrêter et de redémarrer plusieurs fois la pompe de circulation. Cela n’a toutefois pas d’effet, et le TsUP demande à SREBROV s’il se sent capable de réaliser la sortie tout seul. Le cosmonaute répond par l’affirmative et, comme la station sort de la zone de visibilité, le TsUP lui demande de réaliser la prochaine activité et d’attendre.

L’activité en question consiste à aller récupérer l’un des panneaux de l’instrument américain TREK sur le module Kvant-2. SEREBROV installe ensuite le nouvel instrument Danko-M ainsi que de nouvelles cassettes dans l’instrument SKK, puis il se rend sur le Module de Base. Quand la liaison radio revient, le TsUP est mécontent qu’il y soit allé alors qu’il est seul, et décide d’interrompre la sortie. SEREBROV rentre dans le ChSO et referme l’écoutille à 02h48 GMT. La sortie n’a duré que 1h51, et l’expérience Panorama n’a pas pu être réalisée.

Les cosmonautes sortent de leurs scaphandres et comprennent ce qu’il s’est passé sur celui de TSIBLIEV. Un joint en caoutchouc situé entre le connecteur de la tenue de refroidissement KVO et la partie rigide du scaphandre s’était détaché. Le problème est donc facilement résolu.

Fig. 6.1 : SEREBROV dans la douche du module Kvant-2.
Crédit : DR.

Le 29 septembre 1993, le TsUP commande le système d’orientation de Mir pour qu’il passe du système de coordonnées inertiel (ISK) au système de coordonnées de décharge gravitaire (SKGR). Mais une erreur de programmation rend l’opération plus longue que prévu. Le 30 septembre 1993, les cosmonautes changent le Boîtier de Séparation du Mélange Eau-Oxygène BRKVS de la voie 1 du système de régénération des condensats SRV-K. Plus tard, sur commande du TsUP, la station est repressurisée par les ballons d’air du vaisseau Progress M-19.

Le 1er octobre 1993, le système de recyclage de l’urine SRV-U tombe en panne à la suite du déclenchement de son compresseur. Les cosmonautes analysent le problème, puis ils changent le boîtier électronique de l’actionneur gyroscopique SG-2D. Ensuite, ils testent le bon fonctionnement de l’instrument Motomir. A la demande des Américains, TSIBLIEV et SEREBROV prennent des photos des inondations dans le Mississipi à l’aide du système d’imagerie Priroda-5 du module Kristall.

Le 2 octobre 1993, les cosmonautes préparent le photomètre EFO-1 et le TsUP réalise des observations du pulsar GRS1014-45 à l’aide du télescope Rentgen. Le 3 octobre 1993, ils changent le distillateur dans le système SRV-U, ce qui permet de le remettre en fonctionnement. Le SG-2D est lui aussi redémarré, et le télescope Rentgen est utilisé pour observer le pulsar 1Е1740-2942. Le 4 octobre 1993, ils réalisent des mesures avec l’instrument EFO-1 et remplacent le convertisseur PTAB de l’une des batteries. Le soir, ils sont interviewés par la chaîne Viesti et présentent leurs condoléances suite aux évènements survenus quelques heures plus tôt au Parlement russe.

Fig. 6.2 : SEREBROV change une batterie.
Crédit : DR.

Le 5 octobre 1993 à 03h43 GMT, le moteur SKD du vaisseau Progress M-19 est mis en service pour corriger l’orbite de la station. Il devait fonctionner 160’’ pour fournir un dV de 4,5m/s mais s’arrête après environ 100’’, et le dV n’est que de 3,4m/s. Le TsUP s’aperçoit que le programme du système de contrôle n’avait pas été mis à jour et avait toujours en mémoire la configuration de la mission EO-13, où un vaisseau Soyouz était amarré sur le module Kristall. Après cette opération mitigée, les cosmonautes testent la caméra Atlas de la plate-forme ASP-G-M du module Kvant-2.

Vladimir SOLOVIOV s’entretient avec les cosmonautes et les informe que le lancement de l’équipage de relève (EO-15) est reporté du 16 novembre 1993 au 4 janvier 1994, car aucun lanceur Soyouz-U n’est prêt du fait des conditions économiques particulièrement difficiles en Russie.

Le 7 octobre 1993, le télescope Rentgen est utilisé pour observer le pulsar GRS1716-24, découvert il y a quelques jours par le satellite Granat. Le 8 octobre 1993, les cosmonautes chargent la capsule Radouga du vaisseau Progress M-19 avec les pellicules de Priroda-5, MKF-6MA, Fialka et EFO-1. A trois reprises ce jour-là l’actionneur gyroscopique SG-1E déclenche. Le 9 octobre 1993, TSIBLIEV et SEREBROV tentent de lancer une expérience dans l’instrument Kristallizator, mais celui-ci ne fonctionne pas. Ils examinent ensuite les hublots du Module de Base avec le spectromètre Skif. Le 10 octobre 1993, ils installent la capsule Radouga dans le vaisseau Progress M-19 et le TsUP utilise le télescope Rentgen pour observer le pulsar Cir X-1.

7. Arrivée du vaisseau Progress M-20

Le vaisseau de ravitaillement Progress M-20 décolle de Baïkonour le 11 octobre 1993. L’équipage tente de redémarrer le système Elektron du module Kvant, qui est toujours à l’arrêt, mais sans succès.

Le vaisseau Progress M-19 se sépare du module Kvant le 12 octobre 1993 à 17h59'06" GMT, et sa capsule Radouga atterrit sans incident. Les cosmonautes observent et filment la rentrée dans l’atmosphère et le largage de la capsule avec l’instrument Fialka.

Le vaisseau Progress M-20, qui apporte une nouvelle capsule Radouga, approche de Mir le 13 octobre 1993. L’équipage doit commander manuellement la mise en service du système Kours, qui ne s’est pas lancé automatiquement à cause d’une erreur dans la programmation. L’amarrage sur le module Kvant est réalisé sans incident à 23h24’46” GMT.

Fig. 7.1 : TSIBLIEV fait de l'exercice dans le Module de Base.
Crédit : DR.

Dès le 14 octobre 1993, les cosmonautes extraient du vaisseau les expériences biotechnologiques qu’il transportait. Il s’agit de quatre bioréacteurs pour étudier le développement de protéines en microgravité (un pour Boeing, les trois autres pour Payload). Le 15 octobre 1993, le TsUP demande à l’équipage d’arrêter l’actionneur gyroscopique SG-3E pour l’économiser, car il y en a suffisamment en fonctionnement. Le 16 octobre 1993, le SG-4E déclenche, mais il est redémarré avec succès. Le 19 octobre 1993, les cosmonautes transfèrent 100L d’eau des réservoirs de Progress M-20 vers ceux du système Rodnik du module Kristall, et 55L vers ceux du module Kvant-2. Le 21 octobre 1993, ils changent le séparateur du système SRV-K.

8. La quatrième sortie dans l’Espace

La quatrième sortie dans l'Espace de la mission EO-14 débute le 22 octobre 1993 à 15h47 GMT quand les cosmonautes Vassili TSIBLIEV (Orlan-DMA n°25) et Aleksandr SEREBROV (Orlan-DMA n°14) ouvrent l'écoutille du ChSO du module Kvant-2.

Après que le scaphandre de SEREBROV avait été basculé sur son alimentation autonome, le TsUP avait constaté que le débit d’air en sortie du réservoir principal ne s’établissait pas. Le Premier Ministre Viktor TCHERNOMYRDINE est en visite au TsUP ce jour-là, et l’équipe a demandé aux cosmonautes de sortir quand même en utilisant uniquement le réservoir de secours, afin de le saluer. Après leur sortie de Kvant-2, les cosmonautes installent une caméra qui permet au TsUP de les voir en direct, puis échangent quelques mots avec TCHERNOMYRDINE.

Fig. 8.1 : Viktor TCHERNOMYRDINE au TsUP, le 22 octobre 1993.
Crédit : TASS.

Ensuite, sur la paroi externe du ChSO, ils mettent en place un nouveau panneau de l’instrument SMMK (SEREBROV avait perdu l’autre panneau lors de la sortie précédente). Ils déplacent ensuite légèrement l’instrument SKK qui est devant l’un des hublots et qui gêne la visibilité, puis ils rentrent dans le sas et referment l’écoutille à 16h25 GMT. La sortie aura duré 38 minutes.

Après analyse du scaphandre de SEREBROV, il s’avère qu’un joint fuyait sur la vanne d’oxygène, ce qui avait permis à une petite quantité d’eau de s’y infiltrer, et cette eau avait gelé, empêchant l’oxygène de circuler. Suite à cet incident, le TsUP décide d'ajouter une sortie au programme. Elle aura lieu le 29 octobre 1993.

Le 24 octobre 1993, l'actionneur gyroscopique SG-2E du module Kvant fonctionne de façon anormale et il est arrêté sur demande du TsUP. Le 26 octobre 1993, les cosmonautes tentent de redémarrer le four Optizon-01 du module Kristall, qui est à l'arrêt depuis deux ans, puis ils redémarrent le SG-2E. Le 27 octobre 1993, la pression à bord est relevée de 10mmHg à l'aide des réserves d'air de Progress M-20.

9. La cinquième sortie dans l’Espace

La cinquième sortie dans l'Espace de la mission EO-14 débute le 29 octobre 1993 à 13h38 GMT quand les cosmonautes Vassili TSIBLIEV (Orlan-DMA n°25) et Aleksandr SEREBROV (Orlan-DMA n°18) ouvrent l'écoutille du ChSO du module Kvant-2.

L'objectif principal de la sortie est de réaliser le programme Panorama, qui consiste à inspecter l'état extérieur des modules de la station, dont l'exploitation est envisagée jusqu'à la fin de l'année 1997. Après avoir installé une caméra pour donner de la visibilité au TsUP sur leurs activités, les cosmonautes inspectent et filment certains éléments sensibles comme les radiateurs, les antennes, les structures Sofora et Rapana et les protections thermiques.

Ils inspectent aussi le panneau solaire tribord du Module de Base, qui a vraisemblablement été heurté par une micrométéorite le 21 septembre 1993. Ensuite, ils récupèrent l'expérience SKK-3 sur le Module de Base. Leur dernière tâche est de larguer dans l'Espace le scaphandre Orlan-DMA n°14, qui ne sera plus utilisé. Ils referment l'écoutille du ChSO à 17h50 GMT. La sortie a duré 4h12.

Fig. 9.1 : Largage du scaphandre Orlan-DMA n°14.
Crédit : DR.

Le 1er novembre 1993, à 15h03 GMT, les moteurs de Progress M-20 sont mis en service (dt=215", -1m/s) pour abaisser l'orbite de la station en vue de la séparation du vaisseau et du largage de sa capsule Radouga. Le 2 novembre 1993, les cosmonautes réparent avec succès l'actionneur gyroscopique SG-3E du module Kvant, et il est redémarré. Le 4 novembre 1993, TSIBLIEV et SEREBROV démarrent une expérience française dans l'instrument autrichien Migmas.

Le 5 novembre 1993, les cosmonautes devaient mettre en service pour la première fois le système VDU, mais l'essai est annulé par le TsUP car le contrôle de l'orientation de la station est parfaitement assuré par les actionneurs gyroscopiques et les moteurs, et NPO Energuia préfère ne pas perturber un système qui fonctionne. TSIBLIEV et SEREBROB réalisent l'expérience Akoustika.

Les 8 et 9 novembre 1993, les cosmonautes changent des éléments sur les deux voies du système de régulation thermique STR et testent les cartes mémoire des modules Kvant (PMO-E) et Kvant-2 (PMO-D). Ils découvrent des défauts et, le 11 novembre 1993, changent le PMO-D mais sans succès. Le 13 novembre 1993, les actionneurs gyroscopiques SG-1E et SG-3E déclenchent, mais sont remis en service avec succès par l'équipage.

Le 14 novembre 1993, TSIBLIEV et SEREBROV réalisent une expérience dans le four Optizon-01. Le 15 novembre 1993, ils réalisent des observations avec le télescope Glazar-2 et font une erreur de manipulation et commencent à fermer la paroi étanche alors que l'instrument est encore en rotation. Il n'y a heureusement pas de conséquence, mais le télescope aurait pu être dépressurisé et serait devenu inutilisable.

Le 16 novembre 1993, des ergols sont transférés des réservoirs de Progress M-20 vers ceux de la station. Les moteurs du vaisseau sont mis en service le 17 novembre 1993 à 08h44'26" GMT (dt=62", 1,7m/s) pour corriger l'orbite de la station (388km x 410km x 51,63°). Progress M-20 se sépare du module Kvant le 21 novembre 1993 à 02h38'43" GMT, et sa capsule Radouga est récupérée avec succès. Les cosmonautes filment la séparation de la capsule avec les instruments Fialka, LIV et la plate-forme ASP-G-M de Kvant-2. Le 22 novembre 1993, ils poursuivent les réparations du module mémoire de Kvant-2. A partir de ce jour, l'orientation de Mir sera modifiée trois heures par jour pour limiter l'échauffement du vaisseau Soyouz TM-17.

Le 23 novembre 1993, l'actionneur gyroscopique SG-3E déclenche. Le 24 novembre 1993, les cosmonautes observent le Soleil avec le spectromètre ITS-7D de la plate-forme ASP-G-M de Kvant-2. Le 25 novembre 1993, des impuretés dans l'eau produite par le système SRV-U sont détectées. Le 29 novembre 1993, ils utilisent les capteurs placés sur la structure Sofora pour réaliser l'expérience Indikator qui consiste à étudier l'atmosphère. Ils nettoient ensuite la pompe d'évacuation des condensats du SRV-U, ce qui permet de retrouver une qualité optimale de l'eau.

Le 30 novembre 1993, TSIBLIEV et SEREBROV étalonnent le spectromètre MKS-M2 de la plate-forme ASP-G-M du module Kvant-2, puis ils lancent une expérience dans l'instrument Kristallizator. Le 3 décembre 1993, ils lancent une autre expérience dans le four Gallar du module Kvant. Le 4 décembre 1993, l'actionneur gyroscopique SG-2E déclenche (il en reste huit en fonctionnement). Le 6 décembre 1993, c'est le système Elektron du module Kvant-2 qui déclenche à plusieurs reprises, et celui du module Kvant est donc démarré. Le 8 décembre 1993, les cosmonautes réalisent des observations avec le télescope Glazar-2, puis ils parviennent à redémarrer le SG-2E.

Le 9 décembre 1993, ils changent le séparateur BRKVS du système SRV-K, et ils commencent les séances dans le système Tchibis en vue de leur retour sur Terre. Le système Elektron de Kvant-2 est redémarré avec succès le 10 décembre 1993, et celui de Kvant est donc remis à l'arrêt. Le 11 décembre 1993, l'orientation de Mir est modifiée pour réchauffer l'antenne ONA. Le 14 décembre 1993, ils s'entretiennent avec le Vice-Président américain Al GORE, en visite au TsUP. Le 16 décembre 1993, ils remplacent une batterie défaillante, et le 17 décembre 1993 ils lancent une nouvelle expérience dans le four Gallar.

L'actionneur gyroscopique SG-1E déclenche le 19 décembre 1993, et le TsUP ne parvient pas à le redémarrer. Le 20 décembre 1993, c'est le système SRV-K qui tombe en panne suite au colmatage de la tuyauterie d'évacuation des condensats. Les cosmonautes parviennent à le remettre en service. Avec l'aide du TsUP, ils redémarrent le SG-1E le 21 décembre 1993, mais le SG-3E déclenche à son tour dès le 22 décembre 1993. Le 23 décembre 1993, c'est le système SRV-U qui ne fonctionne plus. Le SG-3E est remis en service avec succès le 24 décembre 1993.

10. Arrivée du vaisseau Soyouz TM-18 et retour sur Terre

Le vaisseau Soyouz TM-18 décolle de Baïkonour le 8 janvier 1994 avec l'équipage EO-15, constitué de Viktor AFANASSIEV, Youri OUSSATCHIOV et Valeri POLIAKOV. Il s'amarre sur le module Kvant le 10 janvier 1994 à 11h50'20" GMT, puis les deux équipages se retrouvent.

Après seulement quatre jours de relève, TSIBLIEV et SEREBROV embarquent à bord du vaisseau Soyouz TM-17 le 14 janvier 1994. Il se sépare du PKhO du Module de Base à 04h37'11" GMT.

A la demande de la NASA, ils vont devoir se déplacer en vis à vis du module Kristall afin de photographier sa cible d'amarrage, dans le cadre de la préparation de la première mission de la navette spatiale américaine sur Mir, prévue l'année prochaine. Aleksandr POLECHTCHOUK avait déjà pris des photos lors du départ de Soyouz TM-16, mais elles étaient de mauvaise qualité et ne pouvaient être exploitées.

SEREBROV est donc dans le Compartiment de Vie (BO) et TSIBLIEV prend les commandes manuelles à 04h42'15" GMT. Il éloigne le vaisseau du PKhO et le tourne de 135° selon l'axe de roulis. Puis, à 04h43'59" GMT il pivote de 30° en direction de Kristall et commence à s'y diriger. SEREBROV avertit TSIBLIEV que le vaisseau se rapproche rapidement d'un panneau solaire. Le TsUP demande à quelle distance ils se trouvent, et TSIBLIEV leur répond qu'ils sont à 25m. Mais SEREBROV rétorque que la distance est inférieure à cela. « Freine ! », dit-il à TSIBLIEV.

A bord de Mir, AFANASSIEV ordonne à l'équipage de se replier à bord du Soyouz TM-18, ce que font OUSSATCHIOV et POLIAKOV. TSIBLIEV freine autant qu'il peut, mais Soyouz TM-17 heurte la station à 04h47'29" GMT. C'est précisément à cet instant que Mir sort de la zone de visibilité radio, et le TsUP ne sait donc rien de la suite des évènements. Le contact est rétabli à 04h52 GMT. Vladimir SOLOVIOV, qui est le directeur du vol, ordonne d'abandonner l'opération de prise de photographies et de préparer le retour sur Terre.

A bord de la station, l'équipage n'a pas ressenti l'impact. La seule conséquence  de la collision est le déclenchement des capteurs de vitesse angulaire Omega, qui ont été perturbés, et le passage de l'orientation en mode libre. D'après l'équipage de Soyouz TM-17, l'impact n'était pas violent. C'est le côté tribord du Compartiment de Vie (BO) du vaisseau qui a touché Mir.

Le moteur SKD est mis en service à 07h23'46" GMT (dV=115,2m/s) pour amorcer la rentrée dans l'atmosphère. Les communications avec le sol sont perdues à 07h45 GMT suite au dysfonctionnement du système de transmission. La séparation des compartiments du vaisseau intervient à 07h51'52" GMT et le Compartiment de Descente atterrit à 08h18'20" GMT à 240km au sud-ouest de Tselinograd, au Kazakhstan.

Fig. 10.1 : TSIBLIEV après l'atterrissage.
Crédit : TASS.

Les conditions météo sont mauvaises, avec une température de -24°C et des vents de 5m/s. Le SA se pose sur le côté et les cosmonautes s'en extraient par eux-mêmes. Les hélicoptères les rejoignent très rapidement, et ils sont évacués vers Karaganda. Pendant le vol, TSIBLIEV prend les commandes de l'hélicoptère afin de tester ses capacités cognitives. Un avion emmène les cosmonautes à la Cité des Étoiles le jour-même. Leur vol a duré 196 jours 17 heures 45 minutes 22 secondes.

11. Les causes de la collision

NPO Energuia analyse la cause de la collision et comprend rapidement ce qu'il s'est passé. Lors de son arrivée sur Mir en juillet 1993, Soyouz TM-17 a réalisé une manœuvre inhabituelle pour observer la séparation du vaisseau Progress M-18. Pour faciliter la tâche de l'équipage, un pupitre de commande supplémentaire avait été installé dans le BO afin de permettre à SEREBROV de diriger le vaisseau depuis son poste d'observation.

Fig. 11.1 : Emplacement de l'impact.
Crédit : Novosti Kosmonavtiki.

Un panneau de commutation permettait d'orienter les commandes soit vers le pupitre principal dans le SA, soit vers ce pupitre additionnel. Le panneau avait été positionné près du siège de droite dans le SA et gênait SEREBROV. Avec l'autorisation du TsUP, les cosmonautes l'avaient donc déplacé au niveau des jambes du commandant. A un certain moment de la mission, l'un des commutateurs du panneau a été basculé sur la mauvaise position, et les cosmonautes ne s'en sont pas rendus compte. La Conséquence était que le joystick de gauche était inhibé, ce qui empêchait TSIBLIEV de freiner.


Dernière mise à jour : 12 mai 2024