Mir EO-4 | Chronologie

1. Lancement de Soyouz TM-7

Le 30ème lanceur Soyouz-U2 (11A511U-2 n°Е15000-028) décolle du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 26 novembre 1988 à 15h49'33,937" GMT.

La charge utile est constituée du vaisseau spatial Soyouz TM-7 (11F732A51 n°57), qui est placé avec succès sur une orbite basse (194km x 235km x 51,6°).

Fig. 2 : Décollage de Soyouz TM-7, 26 novembre 1988.
Crédit : DR.

Le vaisseau effectue plusieurs corrections d'orbite, puis il s'amarre en mode automatique au module Kvant de la station orbitale Mir le 28 novembre 1988 à 17h15'40" GMT. La jonction se déroule sans incident, mais KRIKALIOV doit user de toutes ses forces pour ouvrir l'écoutille car de la glace s'est formée sur les joints et la bloque.

L'équipage de Soyouz TM-7 retrouve alors MANAROV, TITOV et POLIAKOV. Les deux premiers sont ici depuis près d'un an, alors que POLIAKOV n'est arrivé qu'en août dernier. Six personnes se trouvent maintenant à bord de Mir, ce qui est beaucoup car la station n'est pas encore très grande : le seul module additionnel qui a été installé pour l'instant est le module d'astrophysique Kvant. Le grand nombre d'expériences scientifiques en cours utilise le maximum d'énergie que les panneaux solaires peuvent produire.

2. La première sortie dans l'Espace

La première semaine à bord se passe sans incident. Aleksandr VOLKOV et Jean-Loup CHRETIEN se préparent quotidiennement à leur sortie dans l'Espace en faisant beaucoup de sport. Ce sera la première fois qu'un cosmonaute issu d'une autre nation que l'Union soviétique ou les Etats-Unis sortira dans l'Espace.

L'un des objectifs principaux est le déploiement de la structure en carbone ERA. L'opération est prévue pour le 12 décembre, mais le TsUP décide finalement de l'avancer de trois jours afin de laisser le temps pour une seconde sortie en cas de problème avec ERA.

La première sortie dans l'Espace de EO-4 débute le 9 décembre 1988 à 09h57 GMT, quand les cosmonautes Aleksandr VOLKOV (Orlan-DMA n°6) et Jean-Loup CHRETIEN (Orlan-DMA n°10) ouvrent l'écoutille du PKhO.

Fig. 3 : Jean-Loup CHRETIEN lors de la sortie du 9 décembre 1988.
Crédit : DR.

Le cosmonaute français sort en premier. Sa première tâche est d'installer l'expérience française Echantillons. Il s'agit de cinq instruments (COMES, MAPOL, DIC, DMC et MCAL) qui doivent être fixés à l'extérieur de Mir pour être exposés pendant plusieurs mois au milieu spatial. Jean-Loup CHRETIEN doit tout d'abord installer des mains courantes qui serviront de supports, puis ils fixe dessus les cinq instruments, qu'il doit aller chercher un par un dans le sas. Il procède ensuite à leur connexion au réseau électrique de Mir, puis il jette le container dans le vide.

Les deux cosmonautes vont ensuite s'atteler à installer ERA. Il s'agit d'une structure treillis déployable en carbone de forme hexagonale. Ce type de dispositif pourrait dans l'avenir servir de support pour de grandes antennes ou divers instruments de grandes dimensions. Une fois déployée, ERA a la forme d'un prisme à section hexagonale d'une hauteur de 1m pour un diamètre de 4m.

Elle comprend 24 cellules qui sont chacune composées de 3 barres parallèles et de 12 barres articulées pliables. Chaque barre est faite en carbone et a un diamètre de 3cm pour une épaisseur de 0,4mm. Une fois déployée, ERA sera soumise à des excitations mécaniques qui permettront d'étudier ses modes vibratoires, et notamment de déterminer ses fréquences de résonance.

Fig. 4 : Schéma de la structure ERA une fois déployée.
Crédit : DR.

VOLKOV et CHRETIEN commencent par installer le support d'ERA entre le nœud de jonction de Mir et le compartiment de faible diamètre du module de base (Fig. 4). Ils fixent ensuite la structure ERA, et Sergueï KRIKALIOV commande son déploiement depuis l'intérieur de la station. Mais rien ne se passe. D'autres essais sont réalisés, mais toujours sans succès. Les cosmonautes ont déjà pris une heure et demie de retard, et plutôt que d'attendre les instructions du TsUP lors du prochain passage, VOLKOV décide d'utiliser la manière forte. Il donne deux séries de dix coups de pied dans la structure, qui finit par se déployer.

Pendant que VOLKOV continue de travailler sur ERA, CHRETIEN se dirige vers une autre zone de la station pour mener à bien une nouvelle expérience technologique. Au bout de quelques instants, VOLKOV procède au largage d'ERA.

Le moment est alors venu de rentrer. Le Français demande la permission de rester un peu plus longtemps dehors, le temps de faire quelques photos, mais VOLKOV refuse. A ce moment, une sirène retentit dans le casque de CHRETIEN, signalant un problème avec la ventilation. Le cosmonaute ne s'alarme pas outre mesure et se dirige calmement vers le sas. VOLKOV est déjà rentré, et CHRETIEN lui passe tout le matériel qu'ils doivent ramener à bord.

Quand tout est bien attaché, il rentre à son tour dans le sas, mais doit tâtonner car le heaume de son casque est couvert de buée. Un cadre de protection empêche la porte de se refermer, et il n'arrive pas à l'enlever. Il lui faudra plusieurs tentatives pour y parvenir, mais ces efforts supplémentaires ont totalement embué son casque. Alors qu'il ne voit plus rien, il tente de tourner la manivelle à l'aveuglette, mais elle se bloque au bout de deux tours, indiquant que ce n'était pas la bonne manœuvre à effectuer.

Une deuxième tentative ne donne pas plus de résultat, et le cosmonaute français imagine qu'il est possible qu'un cordon se soit enroulé autour de la manivelle. Il se trouve que c'est effectivement le cas, et il n'a qu'à le casser pour pouvoir fermer complètement l'écoutille, à 15h57 GMT.

La sortie ne devait durer que 3h30, mais les deux cosmonautes ont finalement passé 6h00 dans le vide, battant involontairement le record de durée.

3. Arrivée de Progress-39

Après la sortie de VOLKOV et CHRETIEN, tout l'équipage se consacre aux expériences scientifiques.

Le 19 décembre 1988, le vaisseau Soyouz TM-6 est activé et Vladimir TITOV permute ses sièges avec ceux de Soyouz TM-7. Le 20 décembre, TITOV, MANAROV et CHRETIEN préparent leurs bagages (MANAROV a un sac d'une bonne douzaine de kilos qu'il devra supporter sur son ventre lors de la rentrée).

L'équipage EO-3 et Jean-Loup CHRETIEN quittent le PKhO le 21 décembre 1988 à 03h32 GMT. VOLKOV, KRIKALIOV et POLIAKOV se retrouvent seuls sur Mir.

Dès le lendemain, le 22 décembre 1988, ils embarquent à bord de leur vaisseau Soyouz TM-7, à 06h44'50" GMT ils le séparent du module Kvant où il était arrivé un mois plus tôt, puis l'amarrent au PKhO, qui vient d'être libéré par Soyouz TM-6, à 06h59'02" GMT. Cette manœuvre permettra aux ravitailleurs Progress de s'amarrer sur Kvant, ce qui est préférable.

Justement, un premier ravitailleur, Progress-39, est lancé de Baïkonour le 25 décembre. Il rejoint le module Kvant le 27 décembre 1988 à 05h35 GMT. Il est utilisé par la suite pour rehausser l'orbite de la station, qui a chuté anormalement vite à cause d'une activité solaire particulièrement intense. Progress-39 se sépare de Mir le 7 février 1989.

Fig. 5 : Aleksandr VOLKOV et Sergueï KRIKALIOV lors d'un moment de détente.
Crédit : DR.

A la mi-février, le TsUP met l'équipage au courant d'un changement majeur de son plan de vol. Initialement, EO-4 devait recevoir le nouveau module Kvant-2 et procéder à son installation. Peu de temps après, un module supplémentaire, Kristall, devait être ajouté à son tour. Mais ce dernier rencontre des problèmes de développement et son lancement doit être reporté. Le décollage de Kvant-2 doit donc être lui aussi repoussé, car lancer Kvant-2 sans être sûr qu'il sera suivi par Kristall imposerait de laisser Mir dans une configuration asymétrique pendant une longue durée, ce que les ingénieurs ne souhaitent pas.

EO-4 ne recevra donc aucun module additionnel. De plus, la mission de relève, EO-5, subit elle aussi quelques problèmes. Son vaisseau Soyouz TM-8 (11F732 n°58) est préparé pour un lancement en avril 1989, mais le vaisseau de secours, le 11F732 n°59, est endommagé lors d'un essai au sol.

Le décollage de Soyouz TM-8 est donc reporté à une date ultérieure, et VOLKOV, KRIKALIOV et POLIAKOV devront rentrer sur Terre en avril 1989 en laissant Mir inhabitée.

4. Arrivée de Progress-40 et Progress-41

Au cours du mois de février, les cosmonautes déploient une perche de 10 m de long par le petit sas du module de base. Elle dispose de plusieurs capteurs qui vont permettre de mieux connaître l'environnement dans lequel évolue la station. Cette expérience est appelée Diagrama.

Le 12 février 1989, le vaisseau de ravitaillement Progress-40 s'amarre au module Kvant. Il y reste deux semaines et s'en sépare le 3 mars 1989.

Un nouveau vaisseau ravitailleur, Progress-41, vient prendre sa place à l'arrière de Kvant dès le 18 mars 1989. Lorsqu'il est utilisé pour rehausser l'orbite de Mir, une fuite de carburant apparaît dans l'une de ses canalisations. Il n'y a pas de conséquences dans l'immédiat, mais quand le vaisseau essaiera de freiner pour rentrer sur Terre, il n'y aura plus assez d'ergols et il devra attendre de retomber naturellement.

A la mi-avril, les trois hommes commencent à préparer la station Mir pour son vol sans équipage, notamment en remplaçant des batteries qui arrivent en fin de vie. Ils utilisent également les moteurs de leur Soyouz TM-7 pour relever l'altitude moyenne de l'orbite, qui atteint 410km.

5. Retour sur Terre

Le 26 avril 1989, VOLKOV, KRIKALIOV et POLIAKOV embarquent à bord de Soyouz TM-7 et se séparent à 23h28'01" GMT. Ils atterrissent au Kazakhstan le 27 avril 1989 à 02h57'58" GMT. Lors de la descente, KRIKALIOV s'est légèrement blessé au genou quand celui-ci a heurté le tableau de bord.

Pour la première fois depuis le début de son exploitation, la station Mir est inhabitée. Le prochain équipage n'arrivera qu'en septembre 1989.

Aujourd'hui, le Compartiment de Descente de Soyouz TM-7 est exposé au Musée Mémorial de la Cosmonautique de Moscou.

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