SKV | Histoire

1. L'origine du premier projet de scaphandre

A la fin des années 1950, l'Union soviétique a déjà réalisé de grands projets dans le domaine spatial, avec par exemple la mise sur orbite des premiers satellites artificiels et l'envoi des premières sondes vers la Lune. Le Comité Central du Parti communiste et le Conseil des Ministres publient le 23 juin 1960 un décret (n°715-296) absolument fondamental qui définit les grandes orientations du programme spatial soviétique.

Le document donne deux ans aux ministères concernés pour réaliser les premières études en vue de la réalisation « dans les prochaines années » d'un certain nombre de grands projets. Parmi ceux-ci, trois concernent directement les vols habités : un vaisseau pour survoler la Lune, un autre pour rejoindre Mars et Vénus, ainsi qu'une station orbitale.

Pour chacun de ces trois projets, l'annexe 3 du décret demande à l'Usine n°918 du Comité National des Techniques Aéronautiques (GKAT) de développer un « scaphandre spatial ». Cette organisation démarre donc un projet de scaphandre de sortie appelé SKV (Скафандр для Выхода) qui, en avril 1961, est placé sous la responsabilité d'Anatoli STOKLITSKI. Les recherches sur le système d'habitabilité sont dirigées par Isaak ABRAMOV. Le GKAT fixe l'échéance du développement à 1965 [1].

Fig. 1.1 : Anatoli Youdelevitch STOKLITSKI.
Crédit : Космический мемориал.

2. Le développement

Le bureau d'études OKB-1 de Sergueï KOROLIOV, qui est le maître d'ouvrage pour le projet de station orbitale, transmet son cahier des charges à l'Usine 918 en décembre 1961. Le scaphandre devra pouvoir fonctionner quatre heures en autonomie, ou huit heures relié à la station. Sa masse ne devra pas excéder 85kg et il devra pouvoir être équipé d'un système de déplacement (UPMK), qui sera lui aussi développé par l'Usine 918 [1].

Après plusieurs mois d'études, basées notamment sur le livre Wege zur raumschiffahrt de Hermann OBERTH, les équipes de STOKLITSKI concluent qu'un scaphandre souple ne serait pas optimal. Ils lui préfèrent une architecture dite semi-rigide, c'est-à-dire constituée d'un tronc métallique avec un système d'habitabilité intégré [1].

Un scaphandre de type souple serait plus difficile à enfiler, serait sujet à davantage de déformation une fois soumis à une différence de pression, ne pourrait pas être facilement ajustable en fonction des dimensions de chaque cosmonaute et il impliquerait de placer le système d'habitabilité dans un sac à dos qui sera relié par des connexions externes. Les ingénieurs étudient le projet de scaphandre Mark 1 de l'entreprise américaine Litton, mais ces travaux ne leur apportent aucune aide [1].

Fig. 2.1 : Le projet de scaphandre Mark 1 de Litton.
Musée de l'US Air Force. Crédit : Sven KNUDSON.

Le premier prototype est construit en 1962 et permet de déterminer les dimensions optimales du scaphandre et de la trappe qui permet d'y rentrer. Plusieurs types de joints sont testés pour relier les quatre membres au tronc métallique [1].

Le développement du système d'habitabilité commence lui aussi, et plusieurs de ses composants sont construits pour être évalués. Plusieurs sous-traitants sont sélectionnés : l'entreprise SKB-KDA (aujourd'hui appelée KAMPO) fournira les équipements liés à l'oxygène, l'institut SKB-AP de l'Académie des Sciences fournira le système de mesure des différents paramètres et le NII Plastmass produira le matériau composite pour le tronc [1].

Fig. 2.2 : Le scaphandre SKV.
Crédit : Космические скафандры России / RGANTD.

La conception préliminaire est validée en 1963. Dans l'année, le Conseil Espace (MNTS po KI) de l'Académie des Sciences, présidé par Konstantin BOUCHOUÏEV de l'OKB-1, valide le projet. Trois nouveaux prototypes sont construits en 1964 : les deux premiers servent à valider la résistance du scaphandre aux efforts et à la pression, et le troisième devient le premier modèle d'essai fonctionnel du SKV [1].

3. Conclusion

Un second prototype fonctionnel est produit en 1965, et le rapport complet de l'étude est transmis à l'OKB-1 en décembre 1965, conformément à la demande initiale [1]. Le projet de station orbitale décrété en 1960 ne verra jamais le jour, mais le SKV servira de base aux futurs scaphandres russes Kretchet et Orlan. Ses principaux concepts sont donc toujours utilisés aujourd'hui.

Un total de cinq prototypes ont été construits par l'Usine 918 [2], devenue depuis la NPP Zvezda. L'un d'eux (celui fabriqué en 1965, d'après l'étiquette) s'est retrouvé en vente sur le site eBay en 2017. Le sort des quatre autres est inconnu.

Fig. 3.1 : Le scaphandre SKV en vente sur eBay.
Crédit : eBay.

Bibliographie

[1] ABRAMOV, I., et al., Космические скафандры России, Moscou, 2005, pp. 111-117
[2] Ibid., p. 328


Dernière mise à jour : 24 juillet 2022