Mir EO-28 | Chronologie

1. Lancement du vaisseau Soyouz TM-30

Le 696ème lanceur Soyouz-U (11A511U n°А15000-665) décolle du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 4 avril 2000 à 05h01’28,923" GMT.

La charge utile est constituée du vaisseau spatial Soyouz TM-30 (11F732A51 n°204), qui est placé avec succès sur une orbite basse (192,8km x 239,8km x 51,690°) à 05h10’18,7" GMT. Sa masse au moment du lancement est de 6990kg et son équipage est constitué du commandant Sergueï ZALIOTINE et de l’ingénieur de bord Aleksandr KALIERI. Soyouz TM-30 réalise ensuite plusieurs corrections afin de rejoindre la station Mir selon un profil de rendez-vous en trente-quatre orbites.

Fig. 1.1 : Décollage de Soyouz TM-30.
Crédit : Novosti Kosmonavtiki.

Date Heure
(GMT)
dV
(m/s)
Durée
(s)
Moteur Orbite atteinte
4 avril 2000 08h50’58" 24,47 57,9 SKD
4 avril 2000 09h35’21" 11,81 27,8 SKD 258,8km x 276,4km x 51,673°
5 avril 2000 06h14’58" 0,74 1,73 SKD 257,7km x 276,4km x 51,674°

Le 6 avril 2000, alors que la distance n’est plus que de 40m, le signal « échec SUD » apparaît sur Mir suite à une défaillance de son système d’orientation (SUD), et la station passe en régime d’orientation indicative. Le TsUP demande à l’équipage de Soyouz TM-30 de poursuivre l’approche en mode automatique. A la distance de 9m, l’alignement du vaisseau en tangage sur la cible commence à osciller. A la distance de 3m, l’angle d’approche est de 4° (pour un maximum autorisé de 1°).

ZALIOTINE prend les commandes manuelles du vaisseau à 06h29’48" GMT. Il commence par reculer à 7m de distance de la station, puis corrige l’alignement et, finalement, reprend l’approche. Il réalise l’amarrage à 06h31’22" GMT sur le PKhO du Module de Base. La station est à ce moment inoccupée, et le vaisseau Progress M1-1 est amarré sur le module Kvant. Un problème d’étanchéité perdure depuis plusieurs semaines, et la pression à bord n’est que de 562mmHg. Comme elle est de 680mmHg à bord du vaisseau Soyouz TM-30, les cosmonautes doivent l’égaliser, et ils n’ouvrent l’écoutille qu’à 08h05’14" GMT. Entre temps, le TsUP a rétabli l’orientation de la station.

Fig. 1.2 : Mir vue de Soyouz TM-30.
Crédit : INA.

2. Remise en service de la station

Les cosmonautes commencent par ouvrir les écoutilles des différents modules et du vaisseau Progress M1-1. Ils démarrent le système SRV-K et le système de ventilation, mais ne parviennent pas à remettre en service les toilettes (ASU) du module Kvant-2 et utilisent donc celles du vaisseau Soyouz TM-30. Le 8 avril 2000, ils rehaussent la pression de l’atmosphère à 628mmHg. Le 9 avril 2000, ils tentent de redémarrer le système Elektron du module Kvant-2 ainsi que le système d’air conditionné BKV-3, mais sans succès. La température à bord est très élevée, et la priorité est donnée au redémarrage des différents systèmes de refroidissement.

Le 10 avril 2000, ZALIOTINE et KALIERI démarrent le système TSV-1 pour récupérer la condensation, et ils parviennent à démarrer le système Elektron. Le 11 avril 2000, ils travaillent toute la nuit et parviennent à remettre le refroidissement en service. Le 12 avril 2000, à 02h05’14" GMT, le moteur SKD et huit moteurs DPO du vaisseau Progress M1-1 sont mis en service pour rehausser l’orbite de la station. Le SKD fonctionne 103" et les DPO 124", et l’impulsion donnée est dV=3,31m/s.

Fig. 2.1 : ZALIOTINE à bord du Module de Base.
Crédit : Novosti Kosmonavtiki.

Les tritons que les cosmonautes avaient amenés avec eux à bord de Soyouz TM-30 meurent pour une raison inconnue. Le 14 avril 2000, les cosmonautes redémarrent le système Elektron du module Kvant et rehaussent la pression de l’atmosphère de 610 à 629mmHg. Ils changent aussi le transmetteur TA968 du système BITS. Les moteurs DPO du vaisseau Soyouz TM-30 sont mis en service le 16 avril 2000 à 00h43’42" GMT (dV=1m/s) et le 17 avril 2000 à 01h00’47" GMT (dV=1m/s).

Le 18 avril 2000, ils isolent le PKhO du Module de Base pour tester son étanchéité (ils sont enfermés dans le vaisseau Soyouz TM-30) pendant toute la durée du test), et ils trouvent enfin la fuite d’air ! Elle se situe au niveau de la plaque étanche qui avait été installée par EO-24 sur l’écoutille du module Spektr. Les moteurs DPO du vaisseau Progress M1-1 sont de nouveau mis en service le 23 avril 2000 à 23h10’00" GMT (dt=278,7", dV=2m/s). Le 24 avril 2000, ZALIOTINE et KALIERI mettent en service le réfrigérateur Krioguem-03. La pression de la station est ensuite rehaussée à 687mmHg.

3. Arrivée du vaisseau Progress M1-2

Le vaisseau de ravitaillement Progress M1-2 décolle de Baïkonour le 25 avril 2000 à 20h08’02,001" GMT. Le vaisseau Progress M1-1 se sépare du module Kvant le 26 avril 2000 à 16h32'33" GMT, et Progress M1-2 vient prendre sa place le 27 avril 2000 à 21h28’47" GMT. RKK Energiya annonce ce jour que le vol EO-28 est prolongé de dix jours, et se terminera le 12 juin au lieu du 2 juin 2000.

Le moteur SKD et huit des moteurs DPO de Progress M1-2 sont mis en service le 29 avril 2000 à 18h58’44" GMT (dt=295", dV=8,4m/s, dh=30km) pour rehausser l’orbite de Mir. Une nouvelle correction est réalisée le 30 avril 2000 à 19h59’01" GMT (dt=1150", dV=8,2m/s) avec seulement les huit DPO. Une troisième correction, avec le SKD et les huit DPO, est réalisée le 1er mai 2000 à 19h50 GMT (dt=295", dV=8,4m/s).

Le 3 mai 2000, une partie des ergols de Progress M1-2 est transférée dans les réservoirs du Module de Base. Le 7 mai 2000, à 15h17’17" GMT, les moteurs DPO de Progress M1-2 sont mis en service pour rehausser l’orbite de la station. Le 9 mai 2000, les cosmonautes parviennent à démarrer le système BKV-3.

4. La sortie dans l’Espace

La sortie dans l'Espace de la mission EO-28 débute le 12 mai 2000 à 10h44 GMT quand les cosmonautes Sergueï ZALIOTINE (Orlan-M n°4) et Aleksandr KALIERI (Orlan-M n°6) ouvrent l'écoutille du ChSO du module Kvant-2.

Leur première activité consiste à installer l’expérience Guermetizator à la sortie du sas. Cette opération avait été tentée lors de la sortie du 16 avril 1999, mais sans succès. ZALIOTINE s’accroche ensuite à l’extrémité de l’un des mâts GSt, et KALIERI se rend à sa base puis le manipule pour emmener son collègue sur le module Kvant, puis il l’y rejoint. Une fois au pied de la poutre Sofora, les deux cosmonautes inspectent les connexions du panneau solaire MCSA, qui ne fournit plus d’énergie depuis mars 2000. Ils découvrent que les câbles de puissance et de commande sont tous complètement brûlés ! Ils les déconnectent, rendent compte au TsUP et prennent des photos.

Fig. 4.1 : La sortie du 12 mai 2000.
Crédit : Novosti Kosmonavtiki.

ZALIOTINE et KALIERI inspectent ensuite le vaisseau Progress M1-2 pour s’assurer qu’il n’a pas subi d’impact lors du largage de la coiffe de son lanceur. Pour leur dernière activité, ils utilisent le mât de charge GSt pour se rendre sur le Compartiment d’Amarrage (SO) et y récupérer le panneau solaire expérimental ETBS (Экспериментальной Тонкопленочной Батареи Солнечной), qui avait été placé ici lors de la sortie du 10 novembre 1998.

Les deux cosmonautes se dirigent ensuite vers le module Kvant-2, récupèrent l’expérience Guermetizator, rentrent dans le sas et referment l’écoutille à 15h47 GMT. La dernière sortie réalisée depuis la station Mir a duré 5h03.

Le 13 mai 2000, le TsUP informe l’équipage que la mission pourrait être prolongée de quatre jours pour leur laisser plus de temps pour expertiser l’étanchéité de la station. Le 23 mai 2000, après dix jours de surveillance de la pression, le TsUP considère que l’étanchéité est satisfaisante.

5. Atterrissage du vaisseau Soyouz TM-30

ZALIOTINE et KALIERI embarquent à bord du vaisseau Soyouz TM-30 le 15 juin 2000 et se séparent du PKhO à 21h24’49" GMT. Le moteur SKD est mis en service à 23h51’27" GMT (dt=254,8", dV=115,2m/s) pour amorcer la rentrée dans l’atmosphère. Le Compartiment de Descente (SA) atterrit au Kazakhstan le 16 juin 2000 à 00h43’22" GMT. La mission a duré 72 jours 19 heures 41 minutes 53 secondes.

Fig. 5.1 : Atterrissage de Soyouz TM-30.
Crédit : TASS.

Pendant la descente du SA, les hélicoptères observent une déformation sur le bord du parachute primaire (OSP). Ce défaut ne remet pas en cause la sécurité de l'équipage, mais il est expertisé par RKK Energiya après la récupération du vaisseau. Chaque paire de suspentes est cousue au parachute à une extrémité, et forme une boucle à l'autre extrémité. Les boucles sont rassemblées en groupe et enroulées sur une bobine. Sur Soyouz TM-30, l'une des suspentes était mal positionnée sur la bobine, et s'est retrouvée complètement libre au moment de l'ouverture du parachute.

NII Parachioutostroïenie réalise une enquête qui montre que ce défaut est unique dans l'histoire des vaisseaux Soyouz, mais aussi de tous les autres systèmes qui utilisent un mécanisme similaire. L'entreprise ne recommande même pas de contrôler les parachutes des vaisseaux suivants.

Fig. 5.2 : Schéma du défaut de parachute de Soyouz TM-30.
Crédit : RKK Energiya.

Un autre incident est survenu lors de la descente sous parachute : un dégagement de fumée en provenance du pupitre Neptune-ME. L'équipage a aussi senti une odeur de brûlé, et a mis le pupitre hors service, ce qui a mis fin au problème. Une commission d'enquête est nommée chez RKK Energiya sous la direction de V.A. TIMTCHENKO, démonte l'ensemble des instruments présents à bord du SA mais ne trouve rien d'anormal. Les experts en concluent que la fumée vue par les cosmonautes était en réalité de la vapeur d'eau, et que l'odeur de brûlé provenait des différents systèmes pyrotechniques et de la protection thermique du vaisseau.


Dernière mise à jour : 3 mars 2025