Skif | Histoire

1. Des satellites de combat pour Bourane

Le 17 février 1976, le Comité central du Parti communiste et le Conseil des ministres d'Union soviétique publient un décret (n°132-51) historique qui déclenche la réalisation du lanceur super-lourd Energiya et de la navette spatiale Bourane.

Ce nouveau système de transport spatial confèrera à ses utilisateurs, l'Académie des Sciences et le Ministère de la Défense, des capacités dont ils ne disposaient pas jusque-là. Toujours en 1976, un second décret demande à la NPO Energiya d'étudier la possibilité de déployer des systèmes d'arme dans l'Espace dans le but d'abattre des satellites sur orbite, des missiles balistiques pendant leur vol ou même des cibles maritimes ou terrestres [1].

L'entreprise propose une famille de satellites de combat basés sur les stations orbitales DOS et qui seraient déclinés en deux versions. La première est baptisée Kaskad (17F111) et sera équipée de missiles espace-espace pour cibler des objets sur des orbites élevées, voire géostationnaires. La seconde version reçoit le nom de Skif (17F19) et sera munie d'un laser de forte puissance pour cibler les objets sur orbite basse [1].

Fig. 1.1 : Schéma du projet Skif de NPO Energiya.
Crédit : Техника молодежи №1998-04.

Chez NPO Energiya, le projet est placé sous la responsabilité d'Igor SADOVSKI, l'adjoint du constructeur général Valentin GLOUCHKO, et il est mené à bien par le complexe de Guennadi DOLGOPOLOV [3].

Le Bloc de Service dérivé des station DOS est conçu pour pouvoir contenir une grande quantité d'ergols afin de permettre au satellite de changer d'orbite à de multiples reprises. Les satellites seront envoyés sur orbite par des lanceurs Proton-K dans un premier temps, puis dans la soute de la navette Bourane quand celle-ci sera opérationnelle. Ils pourront être ravitaillés sur orbite et visités par des équipages de deux cosmonautes pour des durées allant jusqu'à sept jours [1].

Fig. 1.2 : Maquette du projet Skif de NPO Energiya.
Musée Hermann Oberth. Crédit : Nicolas PILLET.

En juin 1981, le bureau d'études KB Saliout est rattaché à NPO Energiya (il appartenait jusque-là à l'entreprise concurrente NPO Machinostroïenia), et sa nouvelle maison-mère lui délègue la réalisation du projet Skif [2][3]. Vladimir PALLO est nommé chef de ce projet, et Youri KORNILOV en sera le constructeur en chef [2].

2. Le démonstrateur Skif-D, ou l'utilisation de lasers existants

Dans le projet initial, c'est le motoriste NPO Energomach qui devait fournir le laser. Mais intégrer un tel dispositif dans le satellite Skif s'avère beaucoup plus complexe que prévu, et il est impossible pour les équipes de PALLO de respecter la masse maximale autorisée [2].

Le KB Saliout décide en 1984 de lancer le développement d'un démonstrateur appelé Skif-D qui permettra de tester sur orbite deux lasers beaucoup plus lourds que celui d'Energomach, mais dont le développement est plus avancé. Il s'agit du laser RD-0600 (RO-81) du KBKhA, qui fonctionne au monoxyde de carbone, ainsi que d'un laser de KMZ Soyouz qui fonctionne au dioxyde de carbone et qui est dérivé de celui utilisé sur le système aéroporté Dreïf (78T6) [2].

Fig. 2.1 : L'un des deux Il-76MD modifiés (appelés A-60) pour le complexe Dreïf.
Crédit : DR.

Le développement du RD-0600, qui aura une puissance de 100kW, avait démarré officiellement avec un décret (n°414) du Ministère des Machines Générales (MOM) publié le 30 novembre 1982, et deux modèles d'essai avaient été livrés à l'usine Khrounitchev du KB Saliout en 1983 [4].

Avec ces lasers issus de l'aviation, la masse du Skif-D avoisinera les 80 tonnes, et il sera donc bien trop lourd pour pouvoir être mis sur orbite pas un lanceur Proton-K. Le lanceur Energiya, qui est en cours de développement, sera donc utilisé.

Le MOM publie l'ordre lançant officiellement le développement de Skif-D en août 1984, et il approuve le planning du KB Saliout en mai 1985 [2]. Le KBKhA livre le premier exemplaire bon de vol de son laser RD-0600 au second semestre 1985 [5], et le décret du Comité central du Parti communiste qui entérine le développement de Skif-D est publié en janvier 1986 [2].

Fig. 2.2 : Le prototype de laser EK00 de NPO Astrofizika.
Il n'a pas de lien avec le projet Skif-D.
Crédit : DR.

Le défi à relever est énorme pour le KB Saliout, qui doit développer une multitude de systèmes entièrement nouveau pour ce satellite qui est beaucoup plus imposant que tout ce qui a été fait jusque là. L'une des nouveautés est l'utilisation de fibre de verre à la place des alliages traditionnels pour la structure du satellite et la coiffe. La mise en œuvre des lasers RD-0600 et Dreïf s'avère particulièrement complexe du fait que l'environnement spatial est très différent de l'atmosphère terrestre [2].

Le Skif-D ne sera pas conçu pour accueillir un équipage et fonctionnera de façon entièrement automatique. Il sera constitué d'un Bloc Fonctionnel de Service (FSB) dérivé du module de service du vaisseau TKS, déjà développé par le KB Saliout, ainsi que d'un Module d'Application (TsM) qui hébergera les lasers.

3. Une version simplifiée Skif-DM

Parallèlement au projet Skif, le développement du lanceur Energiya avance bien et son vol inaugural est prévu pour le mois de septembre 1986. La navette Bourane, en revanche, ne sera pas prête à temps. En juillet 1985, le Ministre du MOM Oleg BAKLANOV demande au KB Saliout de développer en un an une version simplifiée à l'extrême du Skif-D afin de servir de charge utile à la place de Bourane pour le premier vol d'Energiya [2].

BAKLANOV se déplace personnellement à Fili pour rencontrer les équipes du KB Saliout, et il précise que qu'il se contentera d'un satellite avec une durée de vie sur orbite d'à peine une semaine. Le KB Saliout se met au travail et commence le développement de ce satellite, qui est baptisé Skif-DM (Демонстрационно-Макетный) et pour lequel le KB Saliout impose une durée de vie d'un mois [2].

Pour tenir les délais, les équipes utilisent des éléments et des systèmes déjà construits pour les essais du Skif-D, ainsi que des modèles d'essais du TKS. Le 19 août 1985, le MOM officialise l'ordre de construire le Skif-DM et nomme les sous-traitants du KB Saliout, qui seront notamment NPO Elektropribor, NPO Radiopribor, NPO TP, KB KhimMach, NIIMach, les usines ZIKh, ZEM, Progress et Krasmach. Les travaux sur le Skif-DM ont pour effet de ralentir considérablement le développement du Skif-D [2].

La ZIKh est l'usine où sera construit le Skif-DM. Son directeur adjoint, A. TSIMMERMAN, inspecte l'avancée des travaux chaque semaine. Le directeur Anatoli KISELIOV supervise personnellement le projet [2].

A un certain moment, le Skif-DM est baptisé Poliouss (le pôle) afin de ne pas divulguer sa véritable identité au public au moment du lancement. Le nom est peint sur le satellite dans le MIK à Baïkonour. Toutefois, et pour une raison inconnue, l'inscription Mir-2 avait été peinte à la ZIKh où il a été construit [2]. Il décollera donc avec les deux noms.

Poliouss aura une masse totale de 80 tonnes, et le lanceur Energiya ne sera pas capable de le satelliser. Le satellite sera donc placé sur une trajectoire balistique, et ce sera à lui d'atteindre la vitesse de satellisation à l'aide de ses propres moteurs. Mais il devra avant cela effectuer une manœuvre de retournement à 180° car, pour des raisons de centre de gravité, il sera monté « à l'envers » sur le lanceur, moteurs dirigés vers l'arrière.

Le satellite est livré à Baïkonour en juillet 1986 et sa préparation commence dans le MIK-92A-50 du lanceur Proton-K. Tous les systèmes ne sont pas encore prêts, et leur intégration est réalisée d'août 1986 à janvier 1987. La préparation du satellite est placée sous la direction d'E. RADTCHENKO du KB Saliout et d'I. BORODOULINE de l'usine ZIKh. Poliouss est arrimé sur le lanceur Energiya le 6 février 1987, puis transféré sur le pas de tir le 11 février 1987 [2].

 

Le Premier Secrétaire Mikhaïl GORBATCHIOV visite le cosmodrome de Baïkonour du 11 au 13 mai 1987 et observe le lanceur et son satellite sur le pas de tir.

 

Dreïf a été développé avec un Il-76/A-60 et un laser à CO2 de 1 MW réalisé par Almaz avec KMZ de Kazan (OKB-16 de P.F.Zoubetz, devenu l'OKB Soyouz de la holding Almaz-Anteï).

Le département des lasers d'Almaz travaillait avec le TRINITI de E.P.Velikhov (filiale de l'institut Kourtchakov), le NIIEFA (institut d'appareils électrophysiques "Efremov" de Leningrad), etc.

Krasnaia Pakhra = Troïtsk dirigée par Velikov

KMZ : usine n°16 (ancienne charaga de Glouchko).

Некоторое время работы по созданию космических лазеров продолжались. На 88 год был запланирован пуск «СкифаД1» с боевым лазером и турбогенераторами, а не с химическими электробатареями, как на «Д

Notes et bibliographie

[1] SEMIONOV, Y., РКК "Энергия" им. С.П. Королева, Vol. 1, pp. 419-420
[2] KORNILOV, Y., Космический аппарат "Полюс" - Полезная нагрузка для первого запуска РН "Энергия", in PERVOV, M., История развития отечественной пилотируемой космонавтики, Moscou, 2015, pp. 430-442
[3] ZAVIALOV
[4] Конструкторское Бюро Химавтоматики, Voroniezh, 2010
[5] BLAZHENKOV, I., et. al., КБ Химавтоматики - Страницы истории, Tome 1, Voroniezh, 1995, p. 91


Dernière mise à jour : 29 juillet 2022