Le TsNII RTK

L'Institut Central de Recherche scientifique en Robotique et Cybernétique (Центральный научно-исследовательский и опытно-конструкторский институт робототехники и технической кибернетики), ou TsNII RTK, est situé à Saint-Pétersbourg, au 21 avenue de Tikhoretsk.

1. Début du projet Soyouz et création de l'OKB TK

Les premiers vaisseaux spatiaux Vostok ne disposaient pas de système d'atterrissage en douceur, car le cosmonaute s'éjectait avant le contact avec le sol. Sur les vaisseaux Voskhod, le volume disponible dans le Compartiment de Descente (SA) n'étant pas suffisant pour pouvoir accueillir des sièges éjectables, un moteur d'atterrissage en douceur a été installé. Il était déclenché grâce à un signal que plusieurs tiges télescopiques provoquaient quand elles touchaient le sol.

Lors de la phase de conception du vaisseau de nouvelle génération Soyouz, son maître d'œuvre, le bureau d'études OKB-1 de Sergueï KOROLIOV, cherche une solution plus fiable, la méthode des tiges télescopiques ne donnant pas entière satisfaction [1]. L'OKB-1 confie ce travail au département d'automatique et de télémécanique de l'Institut Polytechnique de Leningrad (LPI), dont le premier directeur, de façon prémonitoire, s'appelait Andreï GAGARINE.

L'étude, placée sous la responsabilité de Evgueni YOURIEVITCH, est lancée officiellement le 23 mars 1965 [1]. Elle conclut qu'un altimètre à rayons gamma serait la solution la plus fiable pour assurer le déclenchement des moteurs d'atterrissage en douceur du nouveau vaisseau. Ce projet, baptisé Kaktus en référence à l'apparence du vaisseau Voskhod et ses tiges télescopiques [2], est entériné par l'accord n°435/1180 [4] du 7 juillet 1965 passé entre le département d'automatique et de télémécanique du LPI et l'OKB-1 [1][3].

Fig. 1 : Evgueni Ivanovitch YOURIEVITCH.
Crédit : TsNII RTK.

Au cours de l'exploitation du vaisseau Soyouz, le système Kaktus se révèlera particulièrement fiable. Il est d'ailleurs toujours utilisé de nos jours. Suite à cette réussite, Evgueni YOURIEVITCH souhaite aller plus loin et donner son indépendance au département d'automatique et de télémécanique.

Celui-ci devient un bureau d'études à part entière, baptisé Bureau d'Etudes Spécial des Techniques Cybernétiques, ou OKB TK. Sa création est entérinée par le décret n°15ss du 21 janvier 1968 [1], et YOURIEVITCH en devient naturellement le Constructeur Général. Il est toujours basé à Leningrad, à deux pas de l'Institut Polytechnique dont il vient de s'émanciper, et est rattaché directement au Ministère des Formations Spéciales Supérieures et Intermédiaires (Minvouz).

Fig. 2 : Le décret du 21 janvier 1968.
Crédit : История развития отечественной пилотируемой Космонавтики.

Une grande tour est construite dans l'enceinte de l'OKB TK, afin de réaliser des essais de divers matériels. Des largages de vaisseaux Soyouz étaient prévus dans la tour afin de tester le bon fonctionnement de l'altimètre Kaktus, mais la construction de la tour a pris du retard et, les premiers vols de Soyouz ayant eu lieu, il est devenu inutile de réaliser ces essais [2].

Fig. 3 : La tour de l'OKB TK.
Crédit : Nicolas PILLET.

L'OKB TK ne se cantonne pas au programme spatial, et réalise également des bras manipulateurs pour sous-marins. A la fin des années 1960, il est sélectionné pour développer l'altimètre des sondes lunaires E-8-5, qui est basé sur le même principe que le Kaktus de Soyouz.

En 1968, le système d'amarrage automatique Igla des vaisseaux Soyouz rencontre un certain nombre de difficultés, et l'OKB TK reçoit l'ordre de développer un système d'amarrage manuel qui servira de secours à Igla. C'est la technologie à photons qui est retenue pour ce système, baptisé Ars-1 (Аварийная Рентгеновская Система). Il équipe la première station orbitale de l'Histoire, Saliout, qui est lancée en 1971 [3].

Fig. 4 : Les éléments du système d'amarrage manuel Ars-1.
Crédit : TsNII RTK.

De nombreux autres projets sont réalisés à l'OKB TK dans les années 1970-1980, comme des capteurs d'étanchéité pour la station orbitale Mir et le vaisseau Soyouz (système Diouza), ou des systèmes de localisation pour les missiles du KB Youzhnoïe.

Le 24 juin 1981, en application du décret n°1225R du Conseil des Ministres d'Union soviétique, l'OKB TK devient le TsNII RTK. Il est chargé de construire le bras manipulateur Aist pour la navette spatiale Bourane. En 1986, il développe un robot afin de participer au déblaiement de la centrale nucléaire de Tchernobyl, suite à l'accident survenu sur son réacteur n°4 le 26 avril 1986. Un altimètre du TsNII RTK, baptisé Orion, équipe également les sondes Fobos (1F) à destination du système martien.

Fig. 5 : Le bras manipulateur de Bourane, dans le musée du TsNII RTK.
Crédit : Nicolas PILLET.

Le début des années 1990 est difficile pour le TsNII RTK, du fait de la crise économique sans précédent que la Russie connait suite à la dissolution de l'Union soviétique. Le 23 décembre 1991, Vitali LOPOTA prend la direction de l'institut, et lui permet de redresser sa situation [3]. Le 25 décembre 2009, son fils Aleksandr lui succède.

De nos jours, le TsNII RTK conçoit et construit de très nombreux systèmes robotiques pour de multiples applications, et continue de produire le système Kaktus pour les vaisseaux Soyouz qui desservent la Station Spatiale Internationale.

Fig. 6 : L'entrée du TsNII RTK.
Crédit : Nicolas PILLET.

Fig. 7 : Aleksandr LOPOTA, directeur et Constructeur général du TsNII RTK.
Crédit : TsNII RTK.

L'auteur tient à remercier Aleksandr ZHELEZNIAKOV, Boris SPASKI et Vera TCHOUKANTSOVA pour l'accueil qui lui a été réservé au TsNII RTK.

Bibliographie

[1] Histoire du TsNII RTK sur le site du TsNII RTK : http://www.rtc.ru
[2] Echanges oraux avec Aleksandr ZHELEZNIAKOV
[3] ZHELEZNIAKOV, A., Несколько страниц из истории ЦНИИ РТК, NK n°03-2002
[4] Cet accord porte le numéro 435/1189, selon [3]


Dernière mise à jour : 12 février 2017